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Lune et colonisation de Mars : les ambitions élevées de la Russie

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Les projets de l'Agence spatiale russe viennent d'être dévoilés. Comme on s'en doutait, ils sont audacieux. Au programme d'ici à 2030 : la Lune et Mars pour les vols habités ainsi que Vénus et Jupiter pour l'exploration robotique. Malgré les incertitudes sur les financements futurs et le gap générationnel à franchir, la Russie souhaite rester l'une des trois grandes agences spatiales avec celles des États-Unis (Nasa) et de l'Europe (Esa).

Les ambitions spatiales russes, telles qu'elles viennent d'être dévoilées, font la part belle aux partenariats internationaux. Que ce soit pour l'exploration, les vols habités vers Mars ou l'achat de technologie étrangère, la Russie veut se donner les moyens de rester une des trois grandes agences spatiales. © Nasa

Les destinations incontournables que sont la Lune et Mars sont au programme de l'Agence spatiale russe qui vient de dévoiler ses ambitions d'ici à 2030 dans un rapport que s'est procuré le quotidien économique Kommersant. Point d'orgue de cette ambitieuse feuille de route : une série de missions habitées à destination de la Lune et la préparation, avec des partenaires internationaux, des premières étapes des vols humains vers Mars. Pour y aller, la Russie devra renouveler sa gamme de lanceurs, déjà en développement (famille Angara) et développer un nouveau système de transport spatial capable de s'éloigner de la Terre, ce que ne peut pas faire l'actuel Soyouz.

Les grandes lignes de ce futur programme ont été présentées au gouvernement russe. Cependant, plusieurs obstacles se dressent devant la réalisation de ses objectifs : le financement n'est pas garanti, l'industrie spatiale est en perte de vitesse et les ressources humaines sont une source de préoccupation.

L'objectif Lune de la Russie pourra-t-il être atteint ? © Nasa

La Russie pourra-t-elle tenir son programme spatial ?

Il va de soi qu'un programme de si long terme sera très difficile à financer sur les seuls deniers de l'État russe. Pour y parvenir, les auteurs du rapport recommandent que le secteur privé s'investisse et joue un rôle bien plus significatif qu'aujourd'hui.

Quant à la situation de l'industrie spatiale russe, si elle ne retrouve pas son lustre d'antan, les objectifs de ce programme seront difficilement atteints. Telle qu'elle est organisée aujourd'hui, elle a bien du mal à faire jeu égal avec les autres puissances spatiales de premier plan. En surcapacité chronique, elle décroche sur la compétitivité et tarde à se réorganiser. En 2009, les responsables politiques souhaitaient qu'à l'horizon 2015, la centaine d'entreprises et de laboratoires spatiaux puissent être regroupés en trois ou quatre holdings. La réorganisation de la kyrielle d'entités autour de clusters d'excellence tarde donc à se matérialiser avec des conséquences dramatiques sur la qualité, comme en témoigne la série noire qui a touché les lanceurs Soyouz.

C'est pourquoi les auteurs recommandent une modernisation à marche plus ou moins forcée. Ils ont également fait la proposition d'autoriser l'achat de technologies étrangères sur étagères pour les futurs systèmes de transport spatiaux.

Enfin, concernant les ressources humaines, la Russie est confrontée à plusieurs problèmes de taille susceptibles de freiner ses ambitions. D'une part ses cerveaux les plus brillants migrent vers des pays occidentaux et asiatiques aux salaires et conditions de vie et de travail bien meilleurs qu'en Russie. Et d'autre part, avec des salaires peu attrayants, son industrie spatiale a bien du mal à remplacer par de jeunes talents une main-d'œuvre vieillissante et rompue aux systèmes datant des années 1960. Ce qui pourrait expliquer la série d'échecs sans précédent que connaît ce secteur.

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