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L’astronaute Thomas Pesquet revient sur l’arrêt des navettes

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Alors que le dernier vol d'une navette est annoncé pour le 8 juillet, Thomas Pesquet, astronaute français de l'Agence spatiale européenne, nous fait part de son sentiment en voyant cet engin partir à la retraite et aborde brièvement l'avenir des vols habités.

Ingénieur de formation, Thomas Pesquet qui a travaillé au Cnes et chez Air France a réussi sa formation d’astronaute. Il sera le dixième Français à voler dans l’espace. On le voit ici lors de l'inauguration de l'exposition consacrée à l'espace durant de la Foire internationale de Lyon (mars 2011). © Elisabeth Rull

Après plus de vingt-cinq missions réussies dans l'espace, Endeavour vient de terminer sa carrière et rejoint Discovery qui a réalisé son dernier vol en mars de cette année. Alors que la dernière navette encore en service, Atlantis, s'apprête à voler pour la dernière fois, nombreux sont les astronautes à avoir un pincement au cœur, conscients qu'une « page de l'Histoire des vols habités se tourne », comme nous l'explique Thomas Pesquet. Le retrait des navettes inspire « tristesse et nostalgie » à ce jeune astronaute français de l'Agence spatiale européenne, sélectionné en mai 2009, et qui vient d'achever sa formation.

Même si la décision de remiser les navettes se justifie, certains experts la regrette car, on a tendance à l'oublier, chaque navette avait été conçue pour réaliser une centaine de missions, de sorte que l'on ne connaîtra jamais tout leur potentiel. Cet engin spatial reste à ce jour une merveille de l'ingéniosité humaine mais les deux accidents tragiques qui ont endeuillé son histoire et occasionné la perte de deux équipages ont irrémédiablement brisé sa carrière. Chacun de ses derniers vols a nécessité une surveillance très pointue et des réparations ou adaptations constantes pour assurer la sécurité. Reste que l'avenir de l'exploration spatiale sera profondément marqué par l'arrêt des navettes. En effet, la décision américaine de revenir aux capsules habitables qui ont fait le succès du programme Apollo et les beaux jours de la Russie avec ses Soyouz laisse à penser que « de nouvelles destinations pourraient être atteintes », mais dans un délai qui reste cependant incertain.

Futura-Sciences : Que vous inspire l’arrêt des navettes ?

Thomas Pesquet : C'est avec beaucoup de nostalgie que je vois partir cet engin à la retraite. J'ai grandi avec des posters de navettes et je me rends compte que je n'aurai pas la chance de voler dessus. C'est quand même l'engin le plus incroyable jamais conçu pour aller dans l'espace et en revenir. Il fallait oser mettre en place un tel système.

FS : Bon nombre d'astronautes ont envie de dépasser cet horizon qu'est l'orbite basse où se fait aujourd'hui toute l'activité humaine dans l'espace. Êtes-vous dans cet état d'esprit ?

Thomas Pesquet : Oh oui. Il me plaît à imaginer que je volerai à bord d'un véhicule spatial dans des endroits où personne n'est jamais allé encore. Mais, il faut se rendre à l'évidence que ces dix prochaines années, nous resterons cantonnés à l'orbite basse.

Thomas Pesquet : « Notez que le plus difficile c’est de faire les 500 premiers kilomètres. Ensuite c’est tout de suite beaucoup plus simple ». Les rendez-vous orbitaux sont l’avenir de l’exploration humaine du Système solaire. © Nasa

FS : Astéroïdes, Mars et retour sur la Lune ?

Thomas Pesquet : Ce sont effectivement les destinations que nous envisageons tous d'atteindre d'ici quelques années. Les futurs programmes des grandes agences spatiales sont orientés en fonction de cette idée. On le voit avec la Nasa qui vise désormais un astéroïde avant de débarquer sur la planète Mars et l'Esa engagée dans des programmes précurseurs de ce type de missions.

FS : Cela nécessitera-t-il une coopération internationale ?

Thomas Pesquet : C'est probable. Lorsque l'on parle de retourner sur la Lune ou visiter des astéroïdes, cela demande de développer des capacités que l'on n'a pas et qu'il serait judicieux de mettre au point dans le cadre de coopérations internationales. On entre dans une période excitante qui verra des idées émerger. Il y a des projets dans les cartons qui vont nous occuper plusieurs années car, dans le spatial, les cycles de développement sont très longs. Des projets engagés aujourd'hui ne verront pas le jour avant une quinzaine d'années.

Projet européen de faire évoluer l'ATV. L'idée est de remplacer le module de fret de l'ATV par un module de rentrée servant à ramener sur Terre en toute sécurité des charges utiles et des expériences. © Esa/D. Ducros

FS : Et l’Europe dans tout ça ?

Thomas Pesquet : Même si à proprement parler nous n'avons pas en développement de véhicule spatial, les projets européens sont tout de même excitants. Les évolutions du Véhicule de transfert automatique (ATV), vers un ARV (pour simplifier un ATV avec une capsule récupérable) et à terme un véhicule de retour des équipages (CRV) montrent que les idées ne manquent pas. Ce qui est intéressant, c'est que l'Esa a décidé d'impliquer le corps des astronautes pour qu'ils puissent donner leur avis sur ces études.

FS : Sans navettes, quelles sont vos opportunités de voler dans l’espace ?

Thomas Pesquet : Plus faibles que celles de mes prédécesseurs. On doit accepter l'idée que nos opportunités de lancement ne seront plus aussi grandes que celles qui ont existé jusqu'à tout récemment. Elles sont certes plus restreintes, mais elles existent toujours. Aujourd'hui, nous avons des créneaux de lancement pour les années 2013, 2014, 2015, 2017 et 2019. À chaque fois c'est pour des missions de six mois. Des six astronautes sélectionnés en mai 2009, c'est l'Italien Luca Parmitano qui volera en premier, en 2013.

Thomas Pesquet : « C'est évident que ce ne sont plus les mêmes carrières qu’avant mais on doit s’adapter et préparer le terrain pour la génération suivante d’astronautes qui nous remplacera, le plus tard possible... ». © Nasa

L'avenir du spatial sans les navettes

On a donc moins de flexibilité mais les opportunités de voler dans l'espace sont réelles. À partir de 2013, un équipage sera lancé tous les six mois de sorte qu'on peut espérer, à l'issue d'une carrière de 15 ou 17 ans, avoir réalisé au moins deux vols de longues durées. Cela peut paraître peu, mais entre la période d'entraînement et de préparation qui dure environ deux ans et demi, la mission en elle-même de six mois et une année pour satisfaire à toutes les exigences après une mission spatiale, on est bien occupé.

Notez que cette nouvelle organisation a conduit à l'abandon des doublures. C'est l'équipage lancé six mois après qui est la doublure de celui qui est lancé six mois auparavant.

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