Initialement prévu le 10 avril 1981, le lancement de la première navette fut reporté de deux jours et coïncida avec le trentième anniversaire du vol de Youri Gagarine, le premier Homme dans l'espace. La mission se déroulera sans incident. Deux jours plus tard, le 14, la navette Columbia atterrissait sur la base du Centre de recherche en vol, le centre Dryden. © Nasa

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Le 12 avril 1981, premier vol d'une navette

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Le cinquantième anniversaire du lancement dans l'espace du premier humain ne doit pas faire oublier un autre anniversaire d'importance pour le monde spatial. En effet, le 12 avril 1981 décollait pour la première fois un engin réutilisable qui promettait de révolutionner la façon d'accéder à l'espace et d'y travailler.

Il y a trente ans jour pour jour, les astronautes John W. Young et Robert L. Crippen prenaient place à bord de la navette Columbia pour le premier vol d'un lanceur d'un nouveau genre, dix ans après le lancement du programme par le président Richard Nixon. La navette américaine fut le premier vaisseau spatial conçu pour pouvoir décoller comme une fusée, atterrir comme un avion et être réutilisée à plusieurs reprises. Chaque navette devait l'être au moins 60 fois. Il n'en sera rien...

Columbia est la première navette mise en service. Livrée au Centre spatial Kennedy (KSC) de la Nasa en mars 1979, elle s'est désintégrée lors de sa rentrée atmosphérique le 1er février 2003, causant la perte de son équipage (STS-107). Challenger a été livrée en juillet 1982 mais a dramatiquement explosé 73 secondes après son décollage, le 28 janvier 1986 (STS-51 L). Quant à Discovery, elle a été livrée en novembre 1983, suivie d'Atlantis dix-sept mois plus tard, en avril 1985. Enfin, Endeavour a été construite en remplacement de Challenger et remise à la Nasa au mois de mai 1991.

Les astronautes John W. Young et Robert L. Crippen dans le poste de pilotage de Columbia lors du premier vol d'une navette. © Nasa

Un bilan mitigé

Aujourd'hui, seules trois navettes sont en état de vol. Discovery a réalisé son dernier vol en février et Endeavour et Atlantis s'apprêtent à voler une dernière fois en avril (STS-134) et juin (STS-135). Ces navettes n'ont plus rien à voir avec la Columbia de 1981 ! Elles n'ont jamais cessé d'être modifiées dans un souci de fiabilité, de réduction des coûts et de gain de masse. Parmi les modifications majeures, on citera celles liées à la motorisation, au tableau de bord, aux systèmes informatiques ainsi que les commodités de bord.

Le système de lancement a lui aussi évolué. Dès le troisième vol, le gros réservoir ventral n'a plus reçu de peinture, économisant ainsi 80 kilos. Il est encore allégé entre 1983 et 1992, permettant d'emporter 7,26 tonnes supplémentaires de fret dans la soute de la navette. Quant aux accélérateurs à poudre, l'accident de 1986 a conduit à leur amélioration : les dispositifs d'étanchéité entre les segments qui les composent ont, par exemple, été entièrement revus. Les dernières modifications significatives sont consécutives à la perte de Columbia et de son équipage. Elles portent essentiellement sur la protection isolante du réservoir externe, la prise d'images du lancement et de la rentrée, l'inspection et la réparation de la projection thermique et enfin les boulons retenant les propulseurs à poudre.

En s'élançant du Centre spatial Kennedy, Columbia ouvrait un nouveau chapitre de la conquête spatiale et promettait de rendre l'accès à l'espace beaucoup plus simple et beaucoup moins onéreux. Cependant, après trente ans d'utilisation, le bilan est mitigé. Alors que l'avènement de la navette spatiale aurait dû abaisser sensiblement le coût de la mise en orbite, il n'en a rien été, bien au contraire. Plusieurs raisons sont en cause, dont l'impossibilité avérée de réutiliser les boosters comme cela avait été prévu à l'origine (surtout pour des raisons de sécurité), mais aussi le prix de l'entretien et de la remise en état du shuttle lui-même entre deux vols. Les tuiles de la protection thermique vont rapidement devenir le cauchemar des techniciens en charge de l'entretien des navettes. À chaque retour de mission, elles sont inspectées une à une, dès l'atterrissage.

Retour sur Terre de Columbia après son vol inaugural. Une mission parfaitement réussie... si ce n'est qu'un nombre significatif de tuiles de la protection thermique auront beaucoup souffert. C'est à ne pas en douter le point faible de la navette. © Nasa

1,5 milliard de dollars le vol !

Avec la navette, la place de l'Homme dans l'espace s'est trouvée considérablement renforcée : vols du laboratoire européen Spacelab installé dans la soute, neuf missions vers la station russe Mir, missions d'entretien du télescope spatial, assemblage de la Station spatiale, transport et le largage de satellites... La flotte de navettes a rendu possible le travail dans l'espace.

Mais si la navette n'a pas rempli les objectifs pour lesquels elle avait été conçue, sa réalisation reste un succè

  • premier vol d'essai réalisé directement avec un équipage ;
  • première utilisation d'un moteur cryogénique à partir du sol ;
  • premier véhicule spatial réutilisable ;
  • premier atterrissage au sol en douceur.

Reste que si l'héritage technologique de la navette a donné au programme spatial l'élan que lui avait procuré en un autre temps le programme Apollo, son coût pour le contribuable américain est faramineux. Le Congrès américain a accordé plus de 192 milliards de dollars, ce qui signifie que chaque vol de navette a coûté quelque 1,5 milliard de dollars ! Cependant, sans ce programme d'exception, peut-être en avance sur son temps, l'astronautique ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui.

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