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La Filiation de l'Homme (1871) et l'anthropologie de Darwin

Dossier - Darwin, théorie de l'évolution
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L'évolution jouit du privilège de l'actualité permanente. Beaucoup d'erreurs cependant ont gêné la compréhension de la théorie de Darwin.

  
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The Descent of Man and Selection in Relation to Sex, troisième grand ouvrage de synthèse de Darwin après The Origin et The Variation, a été introduit en France à travers la traduction de Jean-Jacques Moulinié (1872), où Descent (qui signifie le fait de « descendre de », d'être issu d'une souche ou d'une lignée, de provenir d'une origine, de procéder d'une série d'ancêtres, de représenter le point d'aboutissement actuel d'une généalogie, bref, d'avoir une ascendance) est rendu par « descendance », dont l'usage en français, dans un tel emploi, est rare et contesté. Des raisons sémantiques précises nous font aujourd'hui préférer pour cette traduction le terme de « filiation » pris dans son acception juridique - établir la filiation de quelqu'un consistant à authentifier son ascendance en remontant le long du lien (de descendance) qui unit jusqu'à lui des individus directement issus les uns des autres par un acte de génération. L'usage s'étant toutefois largement imposé, dans le cas présent, du terme de « descendance », nous le maintenons ici, en tenant compte toutefois de cette mise au point, dans les emplois où il n'entraîne pas de confusion conceptuelle.

Si l'on mesure dans toute son ampleur le choc produit dans les consciences par L'Origine des espèces, déjà amplement diffusée à ce moment aux États-Unis et sur le continent européen, on pourra évaluer l'intérêt que pouvait susciter en 1871 un ouvrage attendu et présenté comme l'extension à l'Homme de la théorie de la descendance avec modifications, et donc comme l'émancipation définitive du discours naturaliste par rapport au plus résistant des interdits théologiques, celui qui tendait à préserver ultimement l'Homme de son inscription au sein de la série animale. L'enjeu scientifique d'un tel livre apparaissait alors comme indissociable d'enjeux philosophiques et politiques déterminants au cœur d'une époque d'expansion et de consolidation des emprises coloniales, et dans une société en restructuration qui était le théâtre d'un conflit non seulement entre conservatisme et libéralisme, mais aussi bien entre différentes versions du libéralisme conquérant.

  • Le transformisme darwinien étendu à l'Homme

« L'unique objet de cet ouvrage », écrit Darwin, « est de considérer : premièrement, si l'Homme, comme toute autre espèce, descend de quelque forme préexistante; secondement, le mode de son développement; et, troisièmement, la valeur des différences existant entre ce qu'on appelle les races humaines

Le premier temps de la démonstration de Darwin consiste à établir la liste des phénomènes de ressemblance qui selon lui rendent indiscutable le lien qu'il veut établir entre la constitution anatomo-physiologique de l'Homme et celle des autres membres du groupe des VertébrésSes arguments, empruntés d'abord à l'anatomie comparée, et particulièrement à Huxley, sont déjà classiques : identité de conformation du squelette, des muscles, des nerfs, des vaisseaux, des viscères, et même de l'encéphale lorsqu'il s'agit des Singes supérieurs; communicabilité réciproque de certaines maladies entre les animaux - les Singes surtout - et l'Homme; parenté entre les parasites qui affectent les Hommes et les animaux; analogie également entre les processus qui, chez les uns et les autres, suivent les phases de la lune, entre les phénomènes cicatriciels, entre les comportements reproducteurs, entre les différences qui séparent les générations et les sexes, entre les stades et les mécanismes du développement embryonnaire, singulièrement lorsque l'on observe la parturition des Singes; communauté de la détention d'organes rudimentaires; existence d'un revêtement laineux (lanugo) chez le fœtus humain au sixième mois; traces persistantes, chez l'Homme, à l'extrémité inférieure de l'humérus, du foramen supra-condyloïde, ouverture par laquelle passe, chez « quelques Quadrumanes, les Lémuridés et surtout les Carnivores aussi bien que beaucoup de Marsupiaux », le « grand nerf de l'avant-bras et souvent son artère principale », etc.

Mais les données mises en œuvre par la grande somme compilatoire et illustrative que constitue The Descent excèdent considérablement les seuls domaines de l'anatomie et de la physiologie comparées. Celles que Darwin emprunte également à l'anthropologie physique, à l'anthropométrie, à l'éthologie humaine et à l'étude des sociétés « civilisées » et des cultures exotiques (dont certaines remontent à sa propre expérience de voyageur) lui fournissent les éléments qui lui permettent de mettre en évidence le fait que la variabilité, prouvée chez l'Homme sur le terrain de l'anatomie, l'est également sur les plans raciologique et sociologique, et que, sous des modalités qui n'ont été, hélas, convenablement analysées que bien tard, la sélection se poursuit au sein de l'humanité.

  • L'effet réversif de l'évolution

Darwin se livre donc dans La Filiation à un essai - inévitable du point de vue de la cohérence et de la portée de sa théorie - d'unification de l'ensemble des phénomènes biologiques et humains sous l'opération d'un seul principe d'explication du devenir : ce dernier dérive très normalement des sciences naturelles qui viennent d'être énumérées, Darwin parcourant leurs différents domaines pour aboutir sans heurt au champ de ce que l'on nommerait aujourd'hui l'anthropologie sociale, ainsi qu'à des observations psychosociologiques et éthiques qui, pour être spécifiquement humaines, n'en sont pas moins évolutivement liées à des données et à des conduites dont l'analyse tend à faire apparaître l'origine au sein des groupes animaux.

Or, contrairement aux interprétations qui ont dominé pendant plus d'un siècle la lecture (en réalité, dans la plupart des cas, la non-lecture) du texte de La Filiation de l'Homme, ce continuisme ne fonde ni ce que l'on a appelé d'une manière expéditive le « darwinisme social », présent au contraire chez Spencer et Haeckel, ni, sous le motif de la « poursuite de la sélection », aucune forme ultérieure d'inégalitarisme social ou racial. En effet, La Filiation établit qu'un renversement s'est opéré, chez l'Homme, à mesure que s'avançait le processus civilisationnel. La marche conjointe du progrès (sélectionné) de la rationalité, et du développement (également sélectionné) des instincts sociaux, l'accroissement corrélatif du sentiment de sympathie, l'essor des sentiments moraux en général et de l'ensemble des conduites et des institutions qui caractérisent la vie individuelle et l'organisation communautaire dans une nation civilisée permettent à Darwin de constater que la sélection naturelle n'est plus, à ce stade de l'évolution, la force principale qui gouverne le devenir des groupes humains, mais qu'elle a laissé place dans ce rôle à l'éducation. Or cette dernière dote les individus et la nation de principes et de comportements qui s'opposent, précisément, aux effets anciennement éliminatoires de la sélection naturelle, et qui orientent à l'inverse une partie de l'activité sociale vers la protection et la sauvegarde des faibles de corps et d'esprit, aussi bien que vers l'assistance aux déshérités. La sélection naturelle a ainsi sélectionné les instincts sociaux, qui à leur tour ont développé des comportements et favorisé des dispositions éthiques ainsi que des dispositifs institutionnels et légaux anti-sélectifs et anti-éliminatoires. Ce faisant, la sélection naturelle a travaillé à son propre déclin (sous la forme éliminatoire qu'elle revêtait dans la sphère infra-civilisationnelle), en suivant le modèle même de l'évolution sélective - le dépérissement de l'ancienne forme et le développement substitué d'une forme nouvelle : en l'occurrence, une compétition dont les fins sont de plus en plus la moralité, l'altruisme et les valeurs de l'intelligence et de l'éducation. Sans rupture, Darwin, à travers cette dialectique évolutive qui passe par un renversement progressif que nous avons nommé l'effet réversif de l'évolution, installe toutefois dans le devenir, entre biologie et civilisation, un effet de rupture qui interdit que l'on puisse rendre son anthropologie responsable d'une quelconque dérive en direction des désastreuses « sociologies biologiques ». Il s'oppose ainsi expressément au racisme, au malthusianisme et à l'eugénisme, contrairement à l'erreur courante qui lui attribue la justification de ces trois systèmes de prescriptions éliminatoires. Cette remarquable dialectique du biologique et du social, qui se construit pour l'essentiel entre les chapitres III, IV, V et XXI de La Filiation et qui, en plus de s'opposer à toutes les conduites oppressives, préserve l'indépendance des sciences sociales en même temps qu'elle autorise et même requiert le matérialisme éthique déductible d'une généalogie scientifique de la morale, n'a été reconnue dans toute sa force logique qu'à partir du début des années 1980 P. Tort, La Pensée hiérarchique et l'évolution, Paris, Aubier, 1983, en particulier le chapitre intitulé « L'effet réversif et sa logique: la morale de Darwin », p. 165-197. Le continuum biologico-social darwinien, dont une bonne métaphore didactique est l'image topologique de la torsion du ruban de MöbiusVoir P. Tort, « L'effet réversif de l'évolution. Fondements de l'anthropologie darwinienne », dans Darwinisme et société, Paris, PUF, 1992, p. 13-46. est un continuum réversif, impliquant donc un passage progressif au revers de la forme antérieure de l'action sélective - la sélection naturelle, en tant que mécanisme en évolution, se soumettant elle-même, de ce fait, à sa propre loi. Il faudra sans doute revenir longtemps sur l'explication de ce concept qui rend caduque la prétention ordinaire de la plupart des philosophies à déclarer inconcevable la possibilité même d'un matérialisme intégral englobant l'éthique.

Le traitement de la sélection sexuelle dans La Filiation est extrêmement documenté, et parcourt un domaine zoologique très vaste avant de revenir à l'Homme après un long détour passant par l'interrogation de la proportion numérique des sexes (sex-ratio) et des différences entre les sexes dans les espèces animales.

La sélection sexuelle dépend « de l'avantage que certains individus ont sur d'autres de même sexe et de même espèce, sous le rapport exclusif de la reproduction » (ch. VIII). En d'autres termes, la sélection sexuelle ne repose pas directement sur la lutte pour l'existence, mais essentiellement sur une rivalité des mâles dans la compétition pour la possession des femelles, compétition dont les effets, moins rigoureux en règle générale que ceux de la sélection naturelle, sont momentanément disqualifiants pour les vaincus ou les évincés, sans être en principe définitivement éliminatoires. La sélection sexuelle, qui sélectionne des caractères sexuels secondaires et repose en grande partie sur l'hérédité « liée à un seul sexe », assure généralement le triomphe des mâles les plus vigoureux et les plus combatifs, ou de ceux qui possèdent une particularité morphologique favorisant leur suprématie au sein de cette compétition (cornes et ergots plus développés respectivement chez le Cerf et le Coq, crinière plus épaisse chez le Lion, plumage plus éclatant et chant plus mélodieux chez les Oiseaux). La préférence et le choix exercés par les femelles jouent dans ce processus un rôle déterminant. Darwin retrouve au sein de l'espèce humaine des traits de comportement qui manifestent la persistance d'une sélection sexuelle sous les critères (variables suivant les cultures) de la beauté masculine et féminine, et reconnaît le rôle qu'ils jouent lors des choix nuptiaux. La sélection sexuelle, complément de la sélection naturelle, peut cependant avoir des effets anti-adaptatifs : par exemple la lourde parure de noce de tel Oiseau mâle pendant la période des parades nuptiales peut l'empêcher quasiment de voler et constituer ainsi un obstacle à sa survie. Que la tension vers l'union sexuelle reproductive - qui possède à l'évidence un lien d'origine avec ce que l'on appelle l'amour - puisse comporter d'une manière intime et permanente un risque de mort est une observation darwinienne qui ne devrait pas échapper à la perspicacité de la psychanalyse.

  • Sélection sexuelle et sélection naturelle

La sélection sexuelle, on l'a dit, sélectionne des caractères sexuels secondaires, c'est-à-dire des organes ou des traits morpho-anatomiques appartenant en propre à un seul sexe (le sexe mâle en l'occurrence), lesquels, sans avoir un lien direct avec la génération, en favorisent cependant l'accomplissement : c'est le cas par exemple des organes de préhension développés chez les seuls mâles de nombreuses espèces (certains Crustacés notamment), et qui leur servent à saisir et à maintenir la femelle lors de l'accouplement.

L'hérédité liée à un seul sexe est donc nécessaire pour penser la transmission des caractères sexuels secondaires. Lorsque ces derniers sont l'occasion d'une supériorité dans la lutte, les individus qui en sont porteurs, et qui sont de ce fait capables d'engendrer un plus grand nombre de descendants et d'en assurer la protection, transmettent à ceux-ci cet avantage. Certes, la sélection naturelle suffit à expliquer chez le mâle l'existence d'organes tels que les organes des sens et de la locomotion, qui servent à trouver la femelle, en même temps (pour les seconds) qu'au maintien de la femelle pendant l'accouplement. Cependant, la sélection sexuelle a dû jouer un rôle non négligeable dans la formation et le perfectionnement de ces organes, dans la mesure où c'est ce perfectionnement même qui assure à certains mâles leur domination sur d'autres mâles, et confère aux mieux armés la faculté de transmettre cet avantage à leurs descendants mâles. Il faut également noter que les mâles avantagés ayant la possibilité de conquérir les femelles les plus saines et les plus vigoureuses, qui sont également les plus précoces sous le rapport de la capacité d'engendrement, l'avantage se répartit entre les descendants des deux sexes sous la forme commune d'une santé et d'une vigueur physique augmentées.

« La sélection sexuelle », écrit Darwin, « a dû provoquer le développement de beaucoup d'autres conformations et de beaucoup d'autres instincts; nous pourrions citer, par exemple, les armes offensives et défensives que possèdent les mâles pour combattre et pour repousser leurs rivaux; le courage et l'esprit belliqueux dont ils font preuve; les ornements de tous genres qu'ils aiment à étaler; les organes qui leur permettent de produire de la musique vocale ou instrumentale et les glandes qui répandent des odeurs plus ou moins suaves; en effet, toutes ces conformations servent seulement, pour la plupart, à attirer ou à captiver la femelle. Il est bien évident qu'il faut attribuer ces caractères à la sélection sexuelle et non à la sélection ordinaire, car des mâles désarmés, sans ornements, dépourvus d'attraits, n'en réussiraient pas moins dans la lutte pour l'existence, et seraient aptes à engendrer une nombreuse postérité, s'ils ne se trouvaient en présence de mâles mieux doués. Le fait que les femelles, dépourvues de moyens de défense et d'ornements, n'en survivent pas moins et reproduisent l'espèce, nous autorise à conclure que cette assertion est fondée. » (Ch. VIII.)

Ainsi, la sélection sexuelle se superpose à la sélection naturelle, travaillant elle aussi à une amélioration qui, pour être de l'ordre de l'aptitude reproductrice et de la transmission en ligne mâle de caractères sexuels secondaires avantageux, n'en atteint pas moins bénéfiquement l'ensemble de la conformation et de la santé foncière des individus des deux sexes, par le double mouvement qui pousse les mâles les mieux doués à s'emparer des femelles les plus saines et les plus tôt prêtes à la fécondation, et les femelles à préférer les mâles les plus attrayants, ce qui a pour conséquence une amélioration globale du niveau physique de la progéniture : il devient dès lors difficile de démêler ce qui est dû à la sélection sexuelle et ce qui est l'effet ordinaire de la sélection naturelle.

Il est intéressant de noter que le raisonnement qui chez Darwin sert à établir la naturalité de la sélection sexuelle est le même qui a servi à établir celle de la sélection naturelle : de même en effet que l'Homme pratique une sélection sexuelle artificielle sur ses animaux domestiques - améliorant dans le sens de ses goûts ou de ses besoins telle ou telle race de Coqs par exemple -, de même il en ressort que la nature détient la capacité de sélectionner les caractères sexuels secondaires (dont la variabilité est nettement accusée), dans le sens d'un avantage reproductif, et d'améliorer ainsi l'aspect physique des mâles de telle ou telle espèce. La démarche explicative de Darwin à propos de la sélection sexuelle dans La Filiation de l'Homme est en effet exactement parallèle à celle qui a été mise en œuvre en 1859 dans L'Origine des espèces pour faire comprendre, à travers l'existence avérée de la sélection artificielle, l'existence probable d'une sélection opérant librement au sein de la nature :

« De même que l'homme peut améliorer la race de ses coqs de combat par la sélection de ceux de ces oiseaux qui sont victorieux dans l'arène, de même les mâles les plus forts et les plus vigoureux, ou les mieux armés, ont prévalu à l'état de nature, ce qui a eu pour résultat l'amélioration de la race naturelle ou de l'espèce. Un faible degré de variabilité, s'il en résulte un avantage, si léger qu'il soit, dans des combats meurtriers souvent répétés, suffit à l'œuvre de la sélection sexuelle; or, il est certain que les caractères sexuels secondaires sont éminemment variables. De même que l'homme en se plaçant au point de vue exclusif qu'il se fait de la beauté, parvient à embellir ses coqs de basse-cour, ou pour parler plus strictement, arrive à modifier la beauté acquise par l'espèce parente, parvient à donner au Bantam Sebright, par exemple, un plumage nouveau et élégant, un port relevé tout particulier, de même, il semble que, à l'état de nature, les oiseaux femelles, en choisissant toujours les mâles les plus attrayants, ont développé la beauté ou les autres qualités de ces derniers. » (Ch. VIII.)

Il semble donc d'une manière générale que chez presque tous les animaux à sexes séparés, il doive y avoir une compétition « périodique et constante » entre les mâles pour la possession des femelles, compétition au sein de laquelle la force, les armes et la beauté physiques des mâles d'une part, le choix exercé par les femelles d'autre part, jouent un rôle déterminant.

Au terme d'un long recensement, Darwin aboutit à la conclusion suivant laquelle les caractères sexuels secondaires sont généralement plus accentués chez les mâles des espèces polygames. En voici la raison : on admet au départ qu'une prépondérance numérique des mâles sur les femelles constitue une condition favorable à la rivalité des mâles, donc au développement chez ces derniers de caractères sexuels secondaires plus ou moins marqués selon les individus, d'où il suit que les mieux armés l'emporteront dans la compétition reproductive. Or la polygamie, qui est la situation où un seul mâle, en raison de sa force, de sa combativité ou de sa séduction, gouverne un harem de femelles, produit les mêmes effets que l'inégalité numérique des sexes : de nombreux mâles - « et ce sont certainement », écrit Darwin, « les plus faibles et les moins attrayants » (ch. VIII) - , ne pourront pas s'accoupler. On peut penser également qu'étant donné cette situation, il faudra d'autant plus de qualités à un mâle non seulement pour conquérir, mais pour conserver ses femelles et protéger ses petits. Les mâles écartés de l'accouplement ne le sont toutefois pas généralement d'une manière définitive, mais ne peuvent la plupart du temps s'unir qu'à des femelles moins vives, ce qui rejaillit négativement sur la qualité de leur progéniture des deux sexes.

Les modifications qui déterminent les différences intersexuelles de l'apparence extérieure chez de nombreuses espèces sont généralement plus accusées chez le mâle que chez la femelle. Le fait que les mâles soient plus ardents, plus combatifs, et qu'ils aient presque toujours l'initiative de la poursuite amoureuse, entraîne indirectement un développement plus fréquemment remarquable des caractères sexuels secondaires chez le mâle. Il faut cependant se souvenir de ce que l'apparente passivité des femelles n'exclut pas cependant de leur part un certain choix dans l'acceptation du mâle.

Une dernière idée doit être ici évoquée, en réponse à un erreur courante qui a voulu faire de Darwin le théoricien de l'infériorité naturelle des femmes. Certes, Darwin analyse en termes évolutifs, puis historiques, les raisons de l'infériorité statutaire des femmes dans la société qui lui est contemporaine. Mais il voit dans l'éducation le ressort de leur égalité à venir, et la conviction qu'il défend d'une détention par les femmes de cette forme originaire et germinale de l'instinct social (base des sentiments moraux) qu'est l'amour maternel le conduit en toute logique à placer en elles l'espoir de l'évolution affective et éthique future de l'humanité Voir l'article « Femmes » du Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution, vol. 2.