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Dossier - Darwin, théorie de l'évolution
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L'évolution jouit du privilège de l'actualité permanente. Beaucoup d'erreurs cependant ont gêné la compréhension de la théorie de Darwin.

  
DossiersDarwin, théorie de l'évolution
 

En 1839, Darwin devient membre de la Royal Society de Londres, épouse sa cousine Emma Wedgwood (avec laquelle il s'installera trois ans plus tard à Downe, au sud-est de Londres), et entreprend une enquête par questionnaire sur l 'élevage. En 1842, il publie son ouvrage sur les récifs de corailThe Structure and Distribution of Coral Reefs, et crayonne sous la forme de notes manuscrites la première esquisse de sa théorie de la transformation des espèces. Il travaille en même temps à un ouvrage sur les îles volcaniques, dont il poursuivra la rédaction l'année suivante, et qui formera en 1844 le second volume de la Geology du Voyage, d'orientation uniformitariste. Au cours de cette même année, il achève un Essay sur l'ascendance commune des espèces et leur formation progressive par modifications sélectionnées (seconde esquisse, qui ne sera publiée qu'en 1909 par Francis Darwin sous le titre The Foundations of the Origin of Species), qu'il recommande aux soins de son ami le botaniste John Dalton Hooker, craignant que sa mauvaise santé ne l'empêche d'aller plus loin. Son ouvrage sur la géologie de l'Amérique du Sud paraît en 1846. Il entreprend ensuite la rédaction d'une monographie sur les Crustacés Cirripèdes vivants et fossiles, qui l'occupera jusqu'à sa publication (1851-1854, 4 vol.). En 1855 et 1856, il se concentre sur la distribution géographique des organismes, en même temps qu'un naturaliste plus jeune, Alfred Russel Wallace (1823-1913), dont les idées convergent de plus en plus nettement avec les siennes. Préoccupé par le risque de voir son ami dépouillé de la paternité de sa découverte, Lyell intervient pour convaincre Darwin de publier sa théorie. Darwin entreprend alors la réalisation d'un immense ouvrage qui deviendra, après allégement, L'Origine des espèces.

Ayant reçu un manuscrit de Wallace où se trouve développée l'idée d'une transformation des espèces par le jeu de la sélection naturelleDarwin, conscient de sa réelle antériorité et stimulé par l'amitié de Lyell, Huxley et Hooker, accepte que Lyell organise devant la Linnean Society de Londres une communication commune avec Wallace (« On the Tendency of Species to form Varieties, and on the Perpetuation of Varieties by Natural Means of Selection »), qui a lieu le 1er juillet 1858. Darwin résume ensuite son manuscrit et le publie enfin sous le titre On the Origin of Species by Means of Natural Selectionor The Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life, le 24 novembre 1859. La première édition est épuisée sitôt parue. Prudemment, Darwin introduit dans la deuxième (1860) la mention expresse du Créateur, mais sa pensée s'est déjà détachée sans retour du conformisme religieux et de la théologie naturelle finaliste qui ont régné sur ses années d'apprentissage. L'idée providentialiste est congédiée à jamais, au profit d'une explication naturelle des équilibres et des dynamiques qui régissent le devenir du monde vivant. Dès l'année suivante (1861), il commence un ouvrage sur la variation des organismes. En 1862, il publie un livre sur la fécondation des Orchidées, puis, en 1863, travaille sur le dimorphisme floral, sur le mimétisme, de nouveau sur la fécondation des Orchidées, sur la génération spontanée et sur la sélection naturelle, sans abandonner pour autant la géologie. En 1864, il rédige une étude sur les plantes grimpantes qui sera publiée l'année suivante, et obtient la médaille Copley de la Royal Society of London. En 1868, il publie The Variation of Animals and Plants under Domestication, vaste illustration des thèses de L'Origine qui contient dans son dernier chapitre une « hypothèse provisoire » sur la génération assez sensiblement inspirée de la tradition newtonienne (Buffon, Maupertuis), la théorie de la « pangenèse », et commence à travailler à The Descent of Man, and Selection in relation to Sex, ouvrage majeur qui paraîtra en 1871.

Carte du voyage

En 1872 paraissent la 6e édition (regardée comme définitive) de The Origin, et The Expression of the Emotions in Man and Animals, qui jouera un rôle dans l'inspiration théorique de la psychologie comparée et l'éthologie modernes. En 1875 paraissent Insectivorous Plants et l'édition en volume du travail sur les plantes grimpantes, On the Movement and Habits of Climbing Plants. En 1876, The Effects of Cross and Self Fertilisation in the Vegetable Kingdom. En 1877, The Different Forms of Flowers on Plants of the same Species. En 1880, The Power of Movement in Plants. En 1881, The Formation of Vegetable Mould, through the Action of Worms. Le 19 avril 1882, Darwin s'éteint à Down, laissant une immense correspondance, des notes inédites et une Autobiographie rédigée en 1876 à l'intention de ses enfants, que le souci de respectabilité d'Emma Darwin - eu égard, principalement, aux convictions exprimées en matière de religion - amputera pour un temps de certains de ses plus intéressants passages. La dépouille de Darwin, accompagnée par des personnalités éminentes, sera inhumée une semaine plus tard, au terme d'un cérémonial imposant, dans le « Panthéon anglais » de l'Abbaye de Westminster.

L'actualité permanente de la pensée darwinienne (toujours en débat à l'intérieur comme à l'extérieur de son champ d'application strictement naturaliste) est le signe de la constance et de la force exceptionnelles de ses enjeux. Si la résurgence périodique et multiforme du créationnisme (théorie biblique, plus ou moins adaptée selon les circonstances et les courants, de la création séparée des espèces par un dieu personnel omniscient), en dépit des réajustements récents de l'Église catholique reconnaissant le fait de l'évolution tout en essayant encore d'écarter ses conséquences théoriques légitimes, répète à l'identique la structure des premières résistances et objections opposées (par les créationnistes fixistes ou certains « évolutionnistes » finalistes) au transformisme darwinien, d'autres stratégies (comme celles mises en œuvre par la sociobiologie américaine dans ses applications les plus brutales à la vie des sociétés humaines) visent au contraire à tirer d'une référence radicale, exclusive et sommaire aux concepts fondateurs de la théorie sélective des conséquences illégitimes et contraires à la logique expressément développée par Darwin au fil de sa réflexion biologique et anthropologique. Ces débats perpétuellement renaissants reposent le plus souvent sur une méconnaissance foncière des textes et de la rationalité propre à la théorie darwinienne saisie dans la totalité de ses dimensions.