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L’imagerie médicale numérisée au service de l’anthropologie

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Au Field Museum de Chicago, une technique numérique inspirée de l'imagerie médicale à rayons X a démontré son intérêt pour l'étude d'objets anthropologiques. La méthode se révèle précieuse pour la recherche mais aussi pour la gestion des réserves muséographiques.

Le masque péruvien vu de manière conventionnelle, dont aucun indice ne laisse supposer la présence de coquilles à l’intérieur du bourrage. © John Weinstein/The Field Museum

Ce sont plus d'un million d'objets qui sont concernés par cette nouvelle technique qui vient de faire ses preuves au Field Museum. Beaucoup n'auraient jamais pu être examinés avec un tel luxe de détails par manque de temps. Une journée suffit pour expertiser un objet par la méthode d'imagerie médicale mise au point par la Carestream Health, Inc., alors qu'une semaine de travail était requise par d'autres procédés, plus invasifs.

« La visualisation non invasive des spécimens et des objets façonnés peut apporter de nouvelles informations scientifiques inédites, et elle peut également fournir des indications cruciales pour la conservation appropriée des spécimens par nos soins », s'enthousiasme Robert D. Martin, directeur du département d'anthropologie biologique du musée.

A elles seules, les images d'une femme enceinte de l'Egypte antique illustrent la supériorité de la méthode. Les données numériques révèlent une érosion anormale des lobes pariétaux de la future maman, qui peuvent indiquer la présence de parasites morts, d'anémie sévère ou de malnutrition. Sur d'autres spécimens, les conservateurs du musée recherchent d'autres indices au niveau du cordon médullaire, dont la détérioration est symptomatique de la tuberculose.

Radiographie de la tête d’une Egyptienne enceinte qui révèle une érosion anormale des lobes pariétaux pouvant indiquer la présence de parasites morts, d’anémie sévère ou de malnutrition. © The Field Museum.

La tête d'un roi sauvée de justesse

La méthode a déjà permis d'étonnantes découvertes. Ainsi, l'examen d'un masque péruvien provenant de Pachamac (village côtier antique) a montré la présence de coquilles à l'intérieur du bourrage de l'objet façonné. La précision des images numériques a permis au docteur Chris Philip, directeur des collections anthropologiques, de les identifier comme appartenant à l'espèce Mesodesma donacium, un bivalve comestible commun dans les eaux occidentales d'Amérique du sud. On ignore s'il s'agit d'une offrande de nourriture ou si ces objets ont été utilisés à des seules fins de consolidation, et le cas est jusqu'ici unique.

Radiographie d’un masque péruvien (ou fausse tête) montrant la présence de coquilles ajoutées au bourrage intérieur. © The Field Museum

Dans un autre cas, les scientifiques ont découvert des morceaux de fer dans la tête d'une statue d'un roi irakien, qui avaient été vraisemblablement été introduits lors d'une restauration vers la fin des années 1940. Si les conservateurs avaient, comme ils en ont eu l'intention, plongé la statue dans l'eau afin d'en dissoudre le sel accumulé durant plusieurs millénaires d'enfouissement sous terre, le fer se serait oxydé, provoquant l'éclatement de cette pièce inestimable.

Le Field Museum de Chicago utilisait déjà la radiographie conventionnelle depuis plusieurs années pour examiner ses objets les plus précieux. Cependant, la grande précision des images numériques apporte de nouveaux éléments que personne n'aurait espéré obtenir il y a peu de temps et est utilisable aussi bien avec des objets organiques que métalliques ou aussi denses que la céramique ou la pierre.

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