India Leclercq, experte de l’Institut Pasteur, décrypte la maladie causée par la variole du singe. © dottedyeti, Adobe Stock
Santé

Variole du singe : une experte de l’Institut Pasteur décrypte une maladie « vraiment inhabituelle »

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[EN VIDÉO] La variole du singe, faut-il s'en inquiéter ?  Quels sont les symptômes, les modes de transmission et comment la traiter ? La variole du singe ou Monkeypox commence à inquiéter les populations. 

India Leclercq, enseignante-chercheuse à l'Institut Pasteur et à l'université Paris-Cité nous éclaire sur les cas de variole du singe présents en France et ailleurs depuis le mois de mai. Comment surveille-t-on la maladie en France et doit-on craindre une pandémie comme celle de la Covid-19 ? 

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La variole du singe continue de progresser en France et dans le monde. Au dernier recensement, 91 cas ont été confirmés en France et presque autant sont en cours d'investigation. Afin d'avoir toutes les clés pour comprendre cette maladie, son émergence et sa prise en charge, Futura s'est entretenu avec India Leclercq, enseignante-chercheuse à la Cellule d'Intervention Biologique d'Urgence de l'Institut Pasteur et à l'Université Paris-Cité. Avec ses collègues, elle étudie et surveille les maladies infectieuses émergentes en France et répond aux urgences biologiques 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

India Leclercq, enseignante-chercheuse à l'Institut Pasteur et à l'université Paris Cité répond à nos questions sur la variole du singe

Sait-on d'où vient la souche de la variole du singe qui circule hors d'Afrique depuis le début du mois de mai ?

India Leclerq : Récemment, nous avons obtenu un certain nombre de séquences complètes du génome. Même si les données doivent être consolidées, les premières analyses suggèrent que la souche qui circule actuellement dans les régions non endémiques est similaire à celle qui circulait en 2017-2018 au Nigeria et qui a été à l'origine d'un épisode épidémique notable. D'ailleurs, à cette époque, il y avait eu déjà quelques cas d'importation dans des régions non endémiques.

Le nombre de cas de variole du singe hors d'Afrique est inédit. Est-ce le signe que cette souche est plus transmissible que les autres ?

India Leclerq : C'est vraiment inhabituel, il n'y a jamais eu autant de cas hors d'Afrique. Mais il est encore un peu tôt pour affirmer que la souche est plus transmissible que les souches qui circulent en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale. Il faut avoir un peu plus de données épidémiologiques pour mieux caractériser la dynamique de transmission et de circulation du virus. Compte tenu du mode de transmission par contact direct et par gouttelettes respiratoires, le nombre de cas au niveau mondial est encore relativement faible. Ce qui laisse supposer que la souche qui circule aujourd'hui n'est pas forcément plus transmissible que celle qui se propage en Afrique.

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Y a-t-il un mode de transmission par voie sexuelle de la maladie comme certains médias l'affirment ?

India Leclerq : Tout dépend de ce que vous appelez par voie sexuelle. Nous n'avons pas de données permettant de dire que le virus se transmette par le sperme et les fluides vaginaux. En revanche, il se transmet par contact rapproché. Lorsque vous embrassez, caressez quelqu'un, vous avez des contacts rapprochés donc potentiellement une transmission. Le rapport sexuel peut effectivement favoriser la transmission du virus. On a beaucoup stigmatisé la communauté homosexuelle, mais n'importe quel rapport sexuel peut favoriser la transmission, qu'il soit hétérosexuel ou homosexuel.

Comment l'évolution des cas en France est-elle surveillée ?

India Leclerq : Le virus de la variole du singe était déjà sous surveillance, et identifié comme potentiellement émergent. La maladie est désormais à déclaration obligatoire. Il donc faut en référer aux autorités de santé dès lors qu'un cas est confirmé pour le monkeypox virus. Ça permet de suivre rapidement les personnes infectées et puis après, il y a tout un système d'informations et d'alertes de grande ampleur. Il y a des messages qui sont adressés aux professionnels de santé, justement pour alerter sur cette nouvelle maladie, disons plutôt sur cette maladie relativement méconnue des médecins à l'heure actuelle.

On suppose que le virus a circulé à bas-bruit, un peu sous les radars depuis plusieurs mois

Les cas sont diagnostiqués rapidement afin de permettre l'isolement des personnes infectées et éviter au maximum la propagation. On suppose que le virus a circulé à bas-bruit, un peu sous les radars depuis plusieurs mois. Les médecins sont plus avertis maintenant sur cette maladie relativement rare qui peut être facilement confondue avec la varicelle ou la syphilis. Il est très probable qu'il y ait eu des cas non identifiés comme étant la variole du singe.

Le vaccin contre la variole est aussi recommandé par la Haute Autorité de Santé pour limiter la propagation de la variole du singe.

India Leclerq : Oui, il est préconisé en post-exposition. Il est efficace s'il est administré dans les quatre jours qui suivent l'apparition des symptômes, il faut quand même se faire vacciner assez rapidement et la stratégie qui est adoptée, je crois, est celle de la vaccination en anneau, c'est-à-dire vacciner les personnes contaminées et les très proches pour limiter la propagation du virus et contenir plus rapidement le foyer d'infection.

D'ailleurs, les personnes immunisées contre la variole humaine sont-elles protégées contre la variole du singe ?

India Leclerq : Très probablement puisque le vaccin contre la variole protégerait entre 80 à 85 % contre l'infection, donc les gens qui ont été vaccinés contre la variole sont plus ou moins protégés contre le monkeypox virus. Et d'ailleurs, quand on regarde la tranche d'âge des contaminés, ce sont essentiellement des personnes entre 20 et 50 ans, des personnes qui n'ont pas reçu de vaccin contre la variole.

Comment les malades sont-ils pris en charge ?

India Leclerq : À l'heure actuelle, on ne traite que les symptômes de la maladie : on soigne avant tout les lésions cutanées pour éviter les surinfections bactériennes, et soulager les douleurs du patient. Pour les personnes immunodéprimées ou les jeunes enfants, ils sont encore très rares dans l'épidémie actuelle, on peut préconiser des traitements plus poussés. Des antiviraux existent, mais ils sont dirigés contre le virus de la variole.

Enfin, la question que tout le monde se pose : le virus de la variole du singe pourrait-il provoquer une pandémie mondiale ?

India Leclerq : Je n'ai pas de boule de cristal. Quand on se réfère à ce que dit l'Organisation mondiale de la Santé, elle évalue le risque mondial comme modéré. La dynamique de circulation n'est pas la même que pendant la Covid-19. Avec le SARS-CoV-2, on avait un virus qui se transmettait par voie aérienne, mais à longue distance et qui était extrêmement contagieux. À l'heure actuelle, les personnes infectées par le virus de la variole du singe le transmettent surtout lorsque les symptômes se sont déclarés. Les asymptomatiques sont très peu contagieux.

Les mesures de contrôle sont donc beaucoup plus simples à mettre en place. Une fois que la personne développe des symptômes, il est facile de l'isoler. Ce n'était pas le cas avec le SARS-CoV-2. En plus, il existe un vaccin et des antiviraux déjà prêts, qui ne sont pas spécifiques au virus, mais qui ont quand même montré leur efficacité. C'est aussi un virus qui mute moins à priori qu'un virus à ARN, les virus à ADN étant moins sujets aux mutations. Restons prudents, les virus sont imprévisibles par nature.

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