Le vaccin MucoRice-CTB est obtenu via du riz génétiquement modifié. © alcidesota, Flickr
Santé

Un vaccin contre le choléra mis au point dans du riz transgénique

ActualitéClassé sous :Vaccin , OGM , vaccin contre le choléra

Des chercheurs japonais ont mis au point un vaccin contre le choléra ultra-simple à fabriquer et à stocker, qui pousse dans du riz. Un vaccin oral qui induit une réponse immunitaire plus forte mais aussi plus aléatoire.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Une plante de tabac pour un vaccin contre le coronavirus  Le projet européen Newcotiana tente d'utiliser du tabac génétiquement modifié comme «bio-usine» pour produire des molécules pharmaceutiques qui serviraient de vaccin contre le coronavirus. 

Boire un simple verre d'eau plutôt que de se faire piquer le bras : l'idée est plutôt séduisante. Des chercheurs japonais ont conçu le premier vaccin contre le choléra à partir d'un riz génétiquement modifié pour exprimer un antigène de la toxine produit par la bactérie Vibrio cholerae, responsable de la maladie. Cette toxine se fixe aux récepteurs de surface des cellules de l'intestin et provoque une intoxication majeure, se traduisant par des diarrhées et une déshydratation sévère.

Il existe déjà quatre vaccins oraux contre le choléra, administrés sous forme de gouttes à mettre sous la langue. Mais ces vaccins, fabriqués à partir de souches de Vibrio cholerae entières tuées ou atténuées, nécessitent d'être conservés au froid et peuvent entraîner des effets secondaires (fatigue, douleurs abdominales, nausées...). Le nouveau vaccin comestible, appelé MucoRice-CTB, reste, lui, stable à température ambiante et se présente sous forme de poudre à diluer dans un peu d'eau.

Des plantes transgéniques comme usines à vaccin

Le vaccin pousse dans des plants de riz japonais à grains courts, génétiquement modifiés pour produire une portion non toxique de la sous-unité B (CTB) qui est reconnue par le système immunitaire. Les CTB, produits dans les graines, s'accumulent ensuite dans les corps protéiques, des organites de la cellule entourés d'une membrane, qui agissent comme une « capsule naturelle » pour protéger l'antigène des enzymes digestives. Les plants de riz sont cultivés en ferme hydroponique dans des bâtiments pour éviter toute contamination environnementale.

Le vaccin MucoRice-CTB est fabriqué dans du riz génétiquement modifié et se stocke à température ambiante. © Hiroshi Kiyono

MucoRice-CTB n'est pas le premier vaccin à être développé via des plantes transgéniques. La start-up canadienne Medicago est sur le point de commercialiser un vaccin contre le SARS-CoV-2 produit dans des plants de tabac, et actuellement en essai de phase 3. Le projet européen Newcotiana travaille lui aussi depuis plusieurs années sur des vaccins fabriqués par du tabac OGM reprogrammé. Plusieurs autres vaccins contre la grippe aviaire ou Ebola ont été développés avec cette technique. Mais la plupart sont fabriqués par les feuilles de la plante, et doivent ensuite être extraits et purifiés. L'utilisation des grains de riz permet, elle, d'éviter ces étapes délicates : il suffit de moudre les grains en poudre et de la stocker dans des petits sachets, facilement transportables et stockables.

Un vaccin efficace… si vous avez un bon microbiote

L'autre atout de ce vaccin est qu'il utilise le système immunitaire intestinal pour produire davantage d'anticorps, explique Hiroshi Kiyono, de l'Institut des sciences médicales de l'université de Tokyo et qui dirige le projet MucoRice. Exposées au vaccin, les muqueuses intestinales produisent des anticorps spécifiques IgG et IgA, là où un vaccin injecté dans un muscle n'induit généralement que des IgG. Les chercheurs ont testé le vaccin sur 30 volontaires avec différents dosages, et constaté que la majorité d'entre eux avaient bien produit des anticorps IgG et IgA après deux et quatre mois.

Néanmoins, chez 11 des 30 patients, la réponse immunitaire s'est avérée faible ou nulle, ce qui suggère que le microbiote de chaque individu pourrait interagir avec le vaccin. « Ceux qui ont bien répondu au vaccin avaient un microbiote bien plus diversifié », atteste Hiroshi Kiyono dans un communiqué de l’université. Cette interaction est d'ailleurs le plus gros problème rencontré par les vaccins oraux comme ceux de la polio ou du choléra, qui induisent une forte disparité dans les réponses immunitaires. Mais, même les vaccins à injecter comme ceux de la Covid-19 peuvent présenter ce type de différence, souligne Hiroshi Kiyono. L'équipe compte à présent nouer des partenariats avec des laboratoires pharmaceutiques pour développer des essais de plus grande ampleur et confirmer l'efficacité du MucoRice-CTB.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !