''Scène de Paris'' par Philippe Auguste Jeanron, en 1833 ; musée des Beaux-Arts de Chartres. © RMN - Grand Palais / Philippe Bernard.
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Histoire : 1832, le choléra arrive en France

Question/RéponseClassé sous :histoire , pandémie de choléra , épidémie en France
 

En 1832, le choléra fait sa première apparition en France : l'épidémie touche d'abord le nord-est du pays puis en mars, les premiers cas sont signalés à Paris. La violence de la maladie et sa méconnaissance sur le plan médical, vont profondément traumatiser les Français. Dans l'opinion publique, le spectre des grandes mortalités du passé resurgit, alors que des médecins affirment que la France est désormais à l'abri de toute épidémie meurtrière, compte tenu des progrès de l'hygiène et des mesures de prévention mises en place aux frontières et dans les ports.

De mars à septembre 1832, l'infection (une bactérie) provoque la mort de 18.400 personnes à Paris, faisant passer le nombre des décès enregistrés annuellement de 25.500 à plus de 44.000. Sur l'ensemble du territoire français, plus de 100.000 personnes sont fauchées par le choléra. La pandémie qui a son origine au Bengale (sous administration de la couronne britannique), s'éloigne de la France en 1834, après avoir causé des ravages dans le sud du pays, notamment en Provence.

"Le duc d'Orléans visitant les malades de l'Hôtel-Dieu pendant l'épidémie de choléra de 1832", par Alfred Johannot en 1832. Musée Carnavalet, Paris. © Paris Musées.

En 1846, un nouveau foyer d'épidémie mondiale se déclare en Chine : le choléra arrive en Europe par l'Angleterre et en France, par le port de Dunkerque en novembre 1848. Le « vibrion cholérique » qui n'a pas encore été découvert, se propage à travers les départements du Pas-de-Calais, de la Somme et du Nord. Ce sont des soldats déjà atteints et déplacés de Lille à Paris, qui apportent la contagion en région parisienne.

"Etude pour le choléra morbus à bord de la Melpomène" (frégate ancrée à Toulon en juillet 1833), par Horace Vernet en 1833. Musée des Beaux-Arts de Marseille. © RMN - Grand Palais.

Le choléra dévaste la capitale

Rapidement le choléra touche la banlieue nord de la capitale : le premier décès est officiellement enregistré à Paris, le 7 mars 1849. La mort qui survient dans la moitié des cas, est constatée dans les quarante-huit heures suivant l'apparition des premiers symptômes. La mortalité s'intensifie fortement en mai, connaît des sommets en juin au moment de grosses chaleurs ; l'épidémie cesse dans le courant du mois d'octobre. On dénombre à Paris, 19.184 décès dus au choléra dont 10.950 à domicile ; les personnes atteintes représentent environ 3,5 % de la population parisienne. Comme en 1832, toutes les classes d'âge sont concernées mais les jeunes enfants et les vieillards courent plus de risques. La médecine est dans l'incapacité d'enrayer l'évolution de la maladie et d'en limiter les effets.

"Souvenirs du choléra morbus", à Paris, par Honoré Daumier. National Library of Medicine, USA. © The National Library of Medicine, domaine public.

A Paris, mais cela reste valable partout où le choléra frappe, le caractère social de l'épidémie paraît évident : la comptabilisation des décès par quartiers indique des taux de mortalité nettement plus élevés dans les quartiers populaires que dans les secteurs aisés. Même constatation qu'en 1832 : les études sur les ravages de l'épidémie, montrent que les pauvres meurent plus que les riches ; la géographie du choléra se confond avec celle de la pauvreté. En 1832, les classes sociales s'accusent mutuellement : les bourgeois dénoncent une maladie du peuple qui les menace par contagion et les ouvriers accusent les autorités et le gouvernement de tentative d'empoisonnement visant à les éliminer. En 1849, l'aspect épidémique de la maladie qui sévit mondialement, n'est plus contesté et on admet qu'elle puisse toucher tout le monde, échappant à toute manipulation humaine.

Le choléra à Palerme, Sicile, en 1835. Wellcome Images. © Wikimedia Commons, domaine public.

Contagion ou infection ?

Depuis 1832, un débat agite les médecins et l'administration française : le choléra est-il une maladie contagieuse ou une infection ? L'importance de la question est telle qu'au-delà de l'aspect médical, la discussion a des prolongements sur le plan politique. Les grandes épidémies meurtrières n'ont plus touché la France depuis celle de la peste en 1720, mais le principe de contagion s'est imposé dès le Moyen Age. Dès qu'une épidémie est signalée à l'étranger et qu'elle peut entrer sur le territoire français, des mesures de protection sont prises pour isoler les personnes atteintes afin d'éviter la propagation. La pandémie de choléra qui se propage dès 1830, provoque une polémique chez les médecins à propos de la contagion ou de l'infection. L'idée retenue de « miasmes » proliférant dans l'air et contaminant des sujets prédisposés à contracter le choléra, va se développer rapidement. Le débat est d'autant plus vif que la nouvelle théorie, peu crédible sur le plan scientifique, permet de lever toutes les mesures protectionnistes (en particulier aux frontières) qui entravent le commerce international. Elle permet également d'éviter toute ségrégation entre classes aisées et pauvres.

"Le choléra à Paris" par Philippe Auguste Jeanron en 1832. National Library of Medicine, USA. © The National Library of Medicine, domaine public.

L’insalubrité, cause d’infection ?

Lors de l'épidémie de 1832, les statistiques relatives au choléra dans Paris, révèlent une véritable géographie de la maladie et affirment le lien entre misère et mort. Ces constatations rejoignent les craintes des médecins « hygiénistes » sur l'insalubrité des habitations. Le médecin français Louis Villermé reconnait comme une majorité de ses confrères, que la propagation des « miasmes » est favorisée par le manque d'hygiène (existence des taudis) et le surpeuplement. La bonne santé des  populations passe donc par une bonne hygiène de vie dans un logement suffisamment aéré, où la propreté corporelle doit être la règle, ainsi qu'une nourriture suffisante et saine. De telles conditions de vie supposent une aisance et une éducation qui font justement défaut dans les quartiers insalubres !

Portrait de Louis René Villermé (1782-1863) ; bibliothèque inter-universitaire de médecine, BIU Santé Paris. © Académie nationale de médecine.

Le diagnostic semble posé et les demandes de réponse politique deviennent pressantes ; les médecins dénoncent la menace des taudis mais l'assainissement d'autorité de quartiers entiers n'est pas réalisable. De nombreuses enquêtes sont effectuées sur les logements ouvriers à l'initiative des médecins hygiénistes qui visitent les grandes villes françaises. Louis Villermé (dans son Tableau de l'état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie, paru en 1840) va laisser de percutants témoignages sur les conditions de vie des ouvriers. Leur situation tragique, à laquelle des œuvres de charité privées tentent de porter remède, est une révélation pour la population aisée. En 1849, cet état de fait n'est plus ignoré.

"La soupe du matin" par Norbert Goeneutte en 1880 ; Sénat, Paris. © RMN - Grand Palais / C. Jean.

1849 : choléra et loi sur la salubrité des logements

Dès l'entrée du choléra sur le territoire français, les autorités rappellent qu'il n'y a pas de risque de contagion même si de nombreux médecins doutent ; l'Académie de médecine précise que si le choléra s'avérait contagieux, le devoir serait de ne pas le dire ! En janvier 1849, des médecins du Nord et du Pas-de-Calais insistent sur le développement de la maladie dans les quartiers insalubres. A Paris, les taux de mortalité les plus élevés se retrouvent, comme en 1832, dans les quartiers les plus défavorisés sur le plan de l'hygiène.

"L'éclair" d'Alexandre Antigna, (aspects de la misère urbaine au XIXe siècle). Musée d'Orsay, Paris. © RMN - Grand Palais / Philippe Bernard.

Les enquêtes sociales confirment l'importance du milieu et en particulier de l'habitation sur la santé. A l'approche de la seconde épidémie de choléra en 1849, on s'intéresse aux populations entassées dans des logements insalubres afin de freiner autant que possible la propagation de l'épidémie. Il est urgent de légiférer : la loi votée en avril 1850, reconnaît le principe d'insalubrité et incite à des mesures d'aménagement qui conduisent à la destruction de foyers d'infection (démolition de taudis anciens).

"The doctor" par Luke Fildes en 1891. Tate Gallery, Londres. © Wikimedia Commons, domaine public.

Parallèlement au débat contagion / infection, la notion d'hygiène publique triomphe, avec l'idée que des « miasmes » puissent être des agents propagateurs du choléra et qu'ils circulent particulièrement dans les endroits malsains. La controverse entre défenseurs de la contagion et ceux qui estiment que la maladie résulte d'une infection, ne repose encore sur aucune base scientifique. Des praticiens ont déjà évoqué au début du XIXe siècle, la possible existence de micro-organismes à l'origine de l'affection cholérique. La bactérie responsable du choléra (le Vibrio Cholerae), est découverte en 1854 par l'anatomiste italien Filippo Pacini et isolée en 1884, par le médecin allemand Robert Koch qui démontre le rôle de l'eau comme agent transmetteur de la maladie.

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