La migraine toucherait environ 15 % des adultes dans le monde. © paulcannoby, Fotolia

Santé

Migraine : un nouveau mécanisme identifié

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Des chercheurs du CNRS, de l'Université Côte d'Azur et de l'Inserm ont identifié une mutation dans un gène qui favorise la migraine. Le mécanisme moléculaire qui vient d'être mis en évidence pourrait inspirer de nouveaux traitements contre la migraine.

Trois conseils pour en finir avec la migraine  En France, sept millions de personnes souffrent régulièrement de migraines. Arte et FutureMag sont partis à la rencontre du docteur Valade, ancien chef de service du centre d’urgence des céphalées de l'hôpital Lariboisière à Paris, afin d’avoir quelques conseils. 

Dans un communiqué commun publié lundi, les chercheurs rappellent que si le caractère héréditaire des migraines est déjà connu, on n'en connaissait pas jusqu'à présent le mécanisme. Les crises migraineuses, qui touchent 15 % de la population adulte dans le monde, sont liées entre autres à l'hyperexcitabilité électrique des neurones sensoriels. Leur activité électrique est contrôlée par des protéines génératrices de courant appelées canaux ioniques et notamment un canal « TRESK », qui a normalement une fonction inhibitrice sur l'activité électrique.

Les chercheurs ont mis en évidence qu'une mutation génétique induit son dysfonctionnement. Ce canal, normalement capable d'inhiber l'activité électrique responsable de la crise migraineuse, se scinde sous l'effet de la mutation d'un gène en deux protéines dont l'une est inactive tandis que l'autre, en ciblant d'autres canaux ioniques, stimule fortement l'activité électrique des neurones, provoquant la crise migraineuse.

Prévenir la crise migraineuse en agissant sur les canaux ioniques

L'idée est de cibler ces canaux ioniques afin de réduire l'activité électrique des neurones et prévenir ainsi le déclenchement de la migraine. « C'est une nouvelle cible potentielle pour des médicaments antimigraineux », souligne le chercheur du CNRS, Guillaume Sandoz, qui précise qu'un brevet a été déposé et que de premiers essais sur le rat doivent débuter en début d'année avec un laboratoire pharmaceutique.

Beaucoup d'antimigraineux actuels sont en fait des médicaments conçus pour d'autres cibles, comme les antiépileptiques ou les antidépresseurs. D'autres traitements de la migraine peuvent, s'ils sont trop consommés, induire des migraines (comme les triptans). « Trouver ce qui régule le mécanisme de la migraine et avoir une cible précise pour un éventuel traitement constituerait une véritable avancée », indique-t-il. La traduction de cette découverte en véritable traitement est encore lointaine, mais l'intérêt de l'industrie pharmaceutique dénote un potentiel intéressant. L'étude menée à l'Institut de biologie Valrose (CNRS/Inserm/Université Côte d'Azur) et signée de onze chercheurs est publiée dans la revue Neuron du 17 décembre.

Pour en savoir plus

Découverte du premier gène qui donne la migraine

Article d'Agnès Roux paru le 7 mai 2013

Les crises de migraine sont bien connues, mais peu de remèdes existent. Des chercheurs viennent d'identifier un gène muté qui jouerait un rôle dans cette pathologie. Ces travaux ouvrent la voie vers la mise en place d'un traitement contre cette maladie, qui peut s'avérer très handicapante.

La migraine ne se résume pas à un simple mal au crâne : elle peut avoir de lourdes répercussions sur la vie quotidienne. Outre de violents maux de tête, elle peut parfois s'accompagner de nausées, de vomissements, et même d'une hypersensibilité aux stimuli comme le son et la lumière. Ses victimes sont nombreuses, puisque l'on estime que près de 12 % des Français sont touchés, majoritairement des femmes.

Malheureusement, il n'existe pas de remède miracle, et les personnes migraineuses sont souvent handicapées en cas de crises. Une étude récente, publiée dans la revue Science Translational Medicine, offre néanmoins une lueur d'espoir. Des chercheurs américains de l'université de Californie à San Francisco ont découvert le premier gène lié à cette pathologie.

Les astrocytes possèdent une structure en étoile. Un défaut de fonctionnement de ces cellules pourrait être lié à l'apparition de migraines. © Karin Pierre, Institut de physiologie, Unil, EDAB

La migraine a souvent un caractère héréditaire, puisque 60 à 70 % des personnes touchées ont un parent ou un aïeul qui en souffre aussi. Les auteurs ont mené une étude génétique sur deux familles ayant un terrain favorable aux migraines. Leurs résultats montrent que la plupart des malades présentent une mutation sur un gène particulier, codant pour la caséine kinase 1δ (CK1δ). Les enfants de parents possédant le gène muté sont eux aussi souvent victimes de migraines.

La mutation du gène Ck1δ induirait la migraine

La protéine kinase CK1 est une enzyme essentielle qui contrôle de nombreuses fonctions cellulaires. À partir de cellules cultivées en laboratoire, les scientifiques ont pu montrer que la mutation de ce gène entraînait une baisse de production de la protéine CK1. Ce résultat démontre que la mutation du gène Ck1δ a un réel impact biochimique.

Ce dommage génétique est-il une cause de l'apparition de migraines ? Les scientifiques ont été cherchés la réponse chez des souris. « Il n'est pas possible de mesurer le mal de tête chez la souris, explique Louis Ptáček, directeur de l'étude. Il fallait donc trouver un autre moyen de mesurer l'état migraineux chez ces animaux ».

Les souris mutées ont plus mal au crâne que les autres

Pour ce faire, les chercheurs sont allés directement observer le cerveau de souris mutées, leurs astrocytes en particulier. Ces cellules cérébrales, qui jouent un rôle dans la protection et le support des neurones, seraient impliquées dans l'apparition de migraines. Les résultats concordent : la concentration en calcium des astrocytes est plus élevée chez les souris mutées.

Le gène Ck1δ est le premier gène découvert qui aurait un lien avec la migraine. Cependant, il n'est probablement pas le seul impliqué, et de nombreuses études devront être entreprises pour comprendre le mécanisme global d'apparition de cette pathologie.

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