Santé

Éviter les naissances prématurées en ciblant des microARN ?

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De nouvelles données apportées par une équipe de recherche américaine indiquent que les microARN sont impliqués dans le mécanisme régulateur de l'accouchement. Ces connaissances ouvrent la voie vers un meilleur contrôle des naissances prématurées.

L'accouchement est régulé par un mécanisme complexe, mêlant hormones, protéines et microARN. © MOLEC, Flickr, CC by-nc-nd

L'accouchement est un processus naturellement régulé par les hormones. En effet, la progestérone, une hormone stéroïdienne, est synthétisée par le corps jaune tout au long de la grossesse, sous le contrôle de l'hormone hypophysaire LH. Alors que chez la plupart des mammifères la chute du taux de progestérone induit les contractions de l'utérus qui mènent à la parturition, chez la femme en revanche, le taux de progestérone reste stable mais les récepteurs de la progestérone sont fonctionnellement inactivés, ce qui mime une diminution du taux de l'hormone.

Alors que les médecins sont en mesure de provoquer l'accouchement en administrant une autre hormone essentielle, l'ocytocine, il leur est difficile de le retarder. Il est donc délicat d'enrayer la survenue de naissances prématurées (en augmentation notamment en France) et qui sont une des causes de mortalité infantile et de handicap.

Un mécanisme de régulation complexe

Une nouvelle étude, réalisée sur la souris et publiée dans la revue Pnas, a permis de mieux comprendre le mécanisme mis en place au cours de l'accouchement. Carole Mendelson et ses collègues chercheurs à l'université du Texas à Dallas, ont analysé l'expression des gènes au moment des contractions de la paroi utérine et ont découvert un mécanisme de régulation très complexe, avec pour acteurs la progestérone, les gènes ZEB1 et ZEB2 (zinc finger E-box binding homeobox proteins 1 et 2) et des microARN.

Selon les résultats obtenus par microarray, la famille de microARN appelée miR-200 augmente significativement dans les cellules utérines à la fin de la grossesse et pendant le travail. Cette famille de microARN interagit de manière réciproque avec les protéines ZEB1 et ZEB2 : ZEB1 inhibe l'expression de la famille miR-200, et miR-200 inhibe celle des gènes ZEB1 et ZEB2.

La protéine ZEB1 (en rouge) est présente dans le myomètre de l'utérus de souris pendant la gestation. Les noyaux des cellules sont colorés en bleu. © Carole Mendelson, Pnas

La protéine ZEB1 (en rouge) est présente dans le myomètre de l'utérus de souris pendant la gestation. Les noyaux des cellules sont colorés en bleu. © Carole Mendelson, Pnas

La protéine ZEB1 est exprimée tout au long de la grossesse, lorsque le niveau de progestérone sanguin est élevé, car elle possède une séquence promotrice sensible à la progestérone. À la fin de la grossesse, la chute du taux de progestérone entraîne une diminution de l'expression du gène ZEB1, et donc une augmentation du taux des miR-200.

De façon très intéressante, les chercheurs ont pu montrer que ces gènes ZEB1 et ZEB2 ont pour rôle d'inhiber l'expression des protéines impliquées dans la contraction des muscles, dont le récepteur de l'ocytocine. Le myomètre (le muscle utérin) ne peut plus se contracter et le travail ne peut donc avoir lieu.

Des thérapies envisageables

L'étude de l'expression des gènes sur des modèles murins d'accouchements prématurés (par injection d'ocytocine ou par induction d'une inflammation par des toxines bactériennes) a montré que le mécanisme de régulation par les microARN et les gènes ZEB est identique. Ce processus semble également conservé chez la femme puisque les chercheurs ont observé les mêmes régulations sur des cellules de la paroi utérine en culture.

D'après ces résultats, les microARN miR-200 pourraient donc être une bonne cible pour retarder les accouchements. Les biologistes à l'origine de cette étude seraient déjà en train de rechercher des molécules qui leur seraient antagonistes.

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