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L’ocytocine, hormone de l’accouchement, protégerait contre l’autisme

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Un médicament diurétique peut atténuer la sévérité des symptômes autistiques chez l'enfant. Pourquoi ? Dans une nouvelle étude, l'équipe française à l'origine de cette découverte datant de 2012 vient de déterminer les raisons de cette efficacité.

Les troubles envahissants du développement recoupent plusieurs maladies, qui se caractérisent notamment par des déficits dans la communication et la socialisation. Ou encore par le besoin de trier certains objets d'une façon bien précise, comme le montre cette image. Cette nouvelle étude met en lumière le lien entre la concentration de chlore dans le cerveau et le développement de l’autisme. © Andwhatsnext, Wikipédia, cc by sa 3.0

Au cours de la phase embryonnaire, les neurones possèdent des taux élevés de chlore, qui baissent ensuite régulièrement après la naissance. Cela permet au principal médiateur chimique du cerveau, le Gaba, d'avoir une action différente pendant et après la vie in utero : chez l'embryon, il excite les neurones alors qu'il les inhibe ensuite.

Dans de nombreuses pathologies cérébrales comme les épilepsies infantiles et les traumas crâniens, les niveaux de chlore sont anormalement élevés. Qu'en est-il de l'autisme ? Récemment, des chercheurs de l'Inserm se sont penchés sur cette question et ont montré que l'administration d'un diurétique, qui réduit les taux de chlore dans les neurones, avait des effets bénéfiques sur les symptômes des enfants autistes. Dans une nouvelle étude, publiée dans la revue Science, ils ont démontré que des souris autistes présentaient effectivement une concentration anormalement élevée de chlore dans le cerveau et ont décrypté le mécanisme mis en jeu dans ce phénomène.

Sécrétée par l’hypophyse, l’ocytocine est une hormone qui favorise l’accouchement. Mais son rôle ne s’arrête pas là. Elle intervient aussi dans le développement du lien entre une mère et son enfant, facilite également les relations sociales et rendrait même plus fidèle. Une nouvelle étude montre également qu’elle prévient l’autisme. © Fvasconcellos, Wikipedia Commons, DP

Pour ce faire, les chercheurs ont enregistré l'activité des neurones avant et après la naissance afin d'observer les modifications des taux de chlore. Les enregistrements révèlent qu'ils sont trop élevés. D'autre part, contrairement aux animaux contrôles chez lesquels les niveaux de chlore chutent après la naissance, les souris autistes conservent des taux élevés. En conséquence, Le Gaba continue d'exciter fortement les neurones au lieu de les inhiber. Les chercheurs ont en effet enregistré des activités électriques aberrantes dans le cerveau des souriceaux autistes, qui persistent chez les rongeurs adultes. Cet effet est dû à la baisse de l'activité d'un transporteur de chlore qui empêche son expulsion en dehors du neurone. « Les taux de chlore pendant l'accouchement sont déterminants dans l'apparition du syndrome autistique », explique Yehezkel Ben-Ari, le directeur de cette recherche.

L’ocytocine réduit naturellement les taux de chlore dans le cerveau

Les scientifiques ont ensuite administré pendant 24 heures un traitement diurétique à des souris enceintes. Cela a eu l'effet escompté, puisqu'ils ont observé une chute des niveaux de chlore dans les neurones plusieurs semaines après cette opération. D'autre part, ce traitement a permis de restaurer les activités cérébrales et de corriger les troubles autistiques chez les animaux adultes.

Comment les niveaux de chlore diminuent-ils chez les animaux sains ? Pour répondre à cette question, les auteurs ont étudié l'effet de l'ocytocine, ou hormone de l’accouchement, bien connue pour ses nombreuses actions bénéfiques sur le cerveau du nouveau-né. Ils ont alors montré qu'elle agissait comme le diurétique en réduisant les taux de chlore intracellulaires. Les chercheurs ont ensuite testé les effets à long terme du blocage de l'ocytocine avant la naissance. Ils ont montré que cela induisait le développement de syndromes autistiques, à la fois physiologiques et comportementaux. Ces expériences montrent ainsi que l'ocytocine a un rôle crucial dans le développement de l'autisme.

« Ces données valident l'effet du diurétique et suggèrent que l'ocytocine contrôle l'expression du syndrome autistique », explique Yehezkel Ben-Ari. L'ensemble de ces observations suggère qu'un traitement précoce est indispensable pour prévenir cette maladie. Il soulève également l'importance de nouvelles études pour mieux la comprendre et évaluer l'effet de complications à l'accouchement sur le développement de l'autisme.

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