Les personnes obèses sont plus susceptibles de tomber malades même lorsqu’elles sont vaccinées. © kwanchaichaiudom, Adobe Stock
Santé

Coronavirus : pourquoi le vaccin pourrait ne pas marcher chez les personnes obèses

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Non seulement l'obésité est un facteur de gravité majeur de la Covid-19, mais elle pourrait en plus créer une résistance dans la réponse au vaccin. De quoi interroger sur la stratégie vaccinale, qui préconise de viser prioritairement les personnes à risque.

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[EN VIDÉO] L'immunité collective est-elle la solution contre la Covid ?  Un groupe de scientifiques publie une tribune dans The Lancet, soulignant la dangerosité de la stratégie d’immunité collective, qui consiste à laisser s’infecter naturellement une part de la population moins vulnérable. 

L'obésité est un facteur de gravité désormais bien connu dans la Covid-19. Une étude menée par les équipes du CHU de Lille montre notamment que plus de 47 % des patients infectés entrant en réanimation sont en situation d'obésité, et qu'une obésité sévère (indice de masse corporelle supérieur à 35) augmente significativement le risque d'être placé sous respiration mécanique invasive, indépendamment de l'âge, de l'hypertension artérielle et du diabète. Une autre large étude réalisée dans la région de New York indique que l'obésité multiplie par 2,7 le risque d'hospitalisation en raison de la Covid-19 et jusqu'à 6,2 pour un IMC supérieur à 40. Face à ce constat sans appel, il apparaît donc logique de placer les personnes obèses sur la liste prioritaire des personnes à vacciner dès qu'un vaccin sera disponible.

Les personnes obèses produisent une moindre réponse immunitaire

Sauf que malheureusement, le vaccin contre la Covid-19 risque justement d'être inefficace chez les personnes obèses. Plusieurs facteurs contribuent à cet état de fait. L'obésité peut perturber les réponses immunitaires, ce qui rend les patients obèses plus vulnérables aux infections en général, qu'elles soient bactériennes, ou virales. Selon une étude de 2017, les adultes obèses ont deux fois plus de chance d'attraper quand même la grippe quand ils sont vaccinés que les personnes avec un poids normal. La production d'anticorps reste pourtant identique, mais les lymphocytes T, qui activent la destruction des virus, sont affectés. « Nous avons constaté que les cellules T CD4+ et CD8+ d'adultes obèses et en surpoids sont moins efficaces et fonctionnelles que celles d'adultes de poids sain », écrivent les auteurs.

Une altération du microbiote réduit l’efficacité des vaccins. © nobeastsofierce, Adobe Stock

Tissu adipeux et microbiote

On sait également qu'il existe des interactions complexes entre le tissu adipeux et le système immunitaire, ainsi qu'entre les perturbations métaboliques et l'inflammation. L'inhibition de l'activité enzymatique de la DPP4, une protéine transmembranaire du tissu adipeux, supprime par exemple la prolifération des cellules T et la sécrétion de cytokines pro-inflammatoires, telles que les interleukines. L'obésité est par ailleurs liée à une altération du microbiote intestinal, nasal et pulmonaire. Or, le microbiote exerce une grande influence sur le système immunitaire. En 2009, des chercheurs ont ainsi montré que la prise d'antibiotiques, qui détruisent les bactéries intestinales, entraîne « une altération significative de la réponse au vaccin contre la grippe H1N1 ».

Vacciner les personnes obèses contre la Covid, est-ce inutile ?

D'autres études ont déjà montré une moindre efficacité du vaccin contre la grippe, l'hépatite B ou la rage chez les personnes obèses. Bien que les données soient encore absentes concernant le SARS-CoV-2, il est probable que la tendance soit la même. Alors que faire ? Une des possibilités serait de compenser la moindre efficacité par une dose plus forte de vaccin. « Il serait par exemple possible d'administrer aux personnes obèses trois injections au lieu de deux, ou avec des doses plus élevées », suggère Donna Ryan, spécialiste de l'obésité au Pennington Biomedical Research Center en Louisiane (États-Unis). La stratégie vaccinale, qui préconise de vacciner en priorité les personnes à risque, n'est peut-être pas non plus si pertinente que ça. « Paradoxalement, il serait peut-être plus avantageux de vacciner d'abord les enfants, dont le système immunitaire répond mieux aux vaccins », explique ainsi Alberto Giubilini, chercheur en bioéthique à l'université d'Oxford. On pourrait aussi penser à vacciner l'entourage des personnes obèses, afin qu'elles ne puissent pas leur transmettre la maladie.

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