L’expédition Deep Time a embarqué 15 personnes dans une aventure hors du temps, pendant 40 jours, dans une grotte, sans plus aucun repère spatio-temporel. © Human Adaptation Institute
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Deep Time : retour à l’air libre après 40 jours de confinement

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[EN VIDÉO] Dans une grotte sans repère de temps : les premiers jours  Le 14 mars 2021, à l’initiative de l’institut de recherche Human Adaptation, une équipe de 15 volontaires s’est lancée dans une aventure hors du temps : ils resteront 40 jours enfermés dans la grotte de Lombrives (Ariège), l’une des plus vastes grottes d’Europe. Le tout sans aucune information de date ou d’heure. À leur tête, Christian Clot, qui raconte ici les premiers jours de l’expédition. Notez que l’enregistrement a été récupéré par l’équipe qui veille à l’extérieur le 23 mars 2021, sans avoir d’information sur la date à laquelle il a été fait. © Human Adaptation Institute 

L'aventure des « deeptimers » s'est terminée le samedi 24 avril. Après 40 jours sous terre, les participants se portent bien et les scientifiques vont pouvoir commencer l'analyse des nombreuses données récoltées. Retour sur cette expérience avec les premiers témoignages des participants. 

Après 40 jours passés sous terre, dans la grotte de Lombrives en Ariège, les quinze volontaires de la mission scientifique « Deep Time », ont revu la lumière du jour ce samedi. Accueillis à leur sortie par un ciel éclatant et une lumière éblouissante, ils étaient munis de lunettes de soleil pour se protéger. Ils reviennent avec des informations précieuses sur le fonctionnement du cerveau et de son rapport au temps.

En effet, les scientifiques à l'initiative de ce projet ont voulu savoir comment un collectif d'individus s'adapte aux conditions anomiques suivantes : isolés sans nouvelles de l'extérieur, sans aucun repère temporel, dans une température ambiante de 10 °C et avec taux d'humidité de 100 %. Pendant cette aventure, de nombreuses mesures biologiques ont été régulièrement effectuées sur les participants -- température corporelle, taux de cortisol et de mélatonine. Ces derniers ont aussi dû porter sur leur crâne un électroencéphalogramme pour analyser notamment leurs performances cognitives et leurs cycles de sommeil. Mais l'enjeu de cette mission était surtout d'évaluer la capacité de ce groupe à fonctionner ensemble, dans un milieu nouveau. 

Pour l'instant, d'après les premiers témoignages, « tout le monde va bien », mais leur cycle de sommeil a été décalé et tous n'ont pas vécu au même rythme. Quid de leurs fonctions cognitives et de leurs états émotionnels ? À quel point ont-ils été affectés ? Les données obtenues sont actuellement en cours d'analyse. Si vous souhaitez en savoir plus : vous pourrez écouter le podcast dédié à cette mission sur la chaîne youtube « Adaptation institute » et suivre le 5 mai, à 18 h 30, en live sur facebook, twitch et youtube, l'évènement proposé par Futura pour l'occasion. Au programme, vous retrouverez les trois participants : Christian Clot, chercheur, explorateur et écrivain, Carole Tafforin, ethologue et directrice scientifique d'Ethospace, et enfin, Stéphane Besnard, doctorant en neurologie spatiale.

Pour en savoir plus

Deep Time : une aventure hors du temps dans les entrailles de la Terre

Article de Nathalie Mayer publié le 3 avril 2021

Le 14 mars dernier, une équipe de 15 personnes, dont Christian Clot initiateur du projet et leader de l'expédition, s'est lancée dans une aventure scientifique et humaine hors du commun. Et hors du temps surtout. 40 jours à passer dans une grotte, totalement isolées du monde extérieur. En attendant de savoir comment le groupe a pu s'organiser et vivre sans le moindre repère temporel, Jérémy Roumian, directeur des opérations à l'institut de recherche Human Adaptation, partage avec nous, depuis l'entrée de la grotte de Lombrives (Ariège) où il veille, les enjeux de l'expédition.

Depuis quelques jours, la situation épidémique de notre pays se dégrade à nouveau. Et alors que nous craignons tous que nous soit imposé un nouveau confinement, eux ont choisi de se confiner -- alors même qu'ils ont été testés négatifs. Pendant 40 jours. Au fond d'une grotte. Froide et humide. Eux, ce sont les 15 participants à l'expédition scientifique et humaine Deep Time. « Sept femmes et sept hommes âgés de 27 à 50 ans. Conduits par Christian Clot, l'initiateur du projet et leader de l'expédition », nous précise Jérémy Roumian, directeur des opérations à l'institut de recherche Human Adaptation.

Depuis deux semaines, lui-même campe avec une équipe de bénévoles à l'extérieur de la grotte de Lombrives (Ariège), l'une des plus vastes grottes d'Europe. Pour veiller sur le groupe. En toute discrétion. Car, au-delà du fait que le groupe est totalement privé de lumière du jour et d'informations de date et d'heure, « le protocole exige que le lien avec l'extérieur soit totalement coupé ». C'est indispensable si les chercheurs associés à la mission veulent pouvoir en tirer des conclusions solides.

« Les confinements et les restrictions dus à la Covid-19 ont plongé 70 % des personnes dans des états de fatigues mentales légères à profondes. Ils ont même fait perdre la notion du temps à près de 40 % des personnes », nous rapporte Jérémy Roumian, se basant sur les résultats de l'étude Covadapt menée par l'équipe de Human Adaptation. « Ce n'est pas très étonnant dans le monde complexe et rempli d'incertitudes dans lequel nous évoluons aujourd'hui. » Et c'est pourquoi il apparaît plus que jamais important de mieux comprendre, à la fois la capacité de synchronisation fonctionnelle d'un groupe placé en situation d'anomie temporelle et la capacité de perception et de projection dans le temps des individus qui le composent. D'un point de vue biologique, bien sûr. « Mais surtout cognitif, car c'est un domaine que l'on connait encore très mal aujourd'hui », souligne le directeur des opérations de Deep Time. Ce sont les deux principaux objectifs de la mission.

L’équipe de Deep Time, le 14 mars 2021, juste avant de descendre dans la grotte de Lombrives (Ariège) où le groupe restera 40 jours. 40 jours, pour des raisons scientifiques, mais aussi pour la symbolique du nombre dans plusieurs civilisations. © Human Adaptation Institute

Qui sont les « deeptimers » ?

Dans l'ombre de cette expédition unique, une dizaine de laboratoires partenaires qui apportent leurs expertises et leurs connaissances scientifiques pour le dimensionnement des protocoles. Et l'institut de recherche Human Adaptation dans le rôle de l'intégrateur. « Si nous avons pu monter cette mission dans un temps record, c'est que nous étions déjà prêts. Nous développons en effet depuis plusieurs années un programme baptisé 4 x 30 jours. L'idée : embarquer un groupe de 20 personnes pour traverser 4 milieux extrêmes en 30 jours. En 2020, la situation sanitaire ne nous a pas permis d'aller au bout du projet. Mais les équipiers étaient sélectionnés. Ils avaient reçu une formation de base. Nous avons lancé un appel à volontariat parmi eux pour Deep Time. C'est ainsi que nous avons pu constituer rapidement notre groupe », nous explique Jérémy Roumian. Une bijoutière, un enseignant, un responsable de communication. Des profils très variés avec pour unique point commun : le fait d'être novice sur ce genre d'expédition scientifique.

« Ce qui nous importait aussi, c'était de pouvoir travailler sur le terrain, dans un milieu naturel. » Afin de conserver un rapport réel à l'écosystème. Ainsi la grotte de Lombrives a été spécialement aménagée pour l'occasion. Le temps de l'expédition, on y trouve donc :

  • un camp de vie dans lequel les participants peuvent préparer à manger, se retrouver, fonctionner au quotidien ;
  • un espace de sommeil ;
  • un abri scientifique, une petite pièce de 10 m2 destinée à permettre la mise en œuvre des protocoles en toute sérénité.

L'occasion pour Jérémy Roumian de nous préciser deux points centraux de la mission.

« La règle absolue dans la grotte, c'est de ne pas réveiller ses camarades. Chacun doit pouvoir aller se coucher et se lever quand il veut ou quand il en a besoin. Sans quoi, il nous sera difficile d'apprécier réellement l'effet de la perte de repères temporels sur les individus. »

D'ailleurs, une dizaine de jours après leur entrée dans la grotte, les équipiers semblent déjà s'être largement désynchronisés. « Si je suis à mon 9e cycle veille/sommeil, d'autres en sont à leur 10e, 7e ou 8e », fait savoir Christian Clot, le chef d'expédition, dans un premier rapport récupéré par l'équipe extérieure le 23 mars dernier.

Une partie des « deeptimers » réunis sur le camp de vie, dans la grotte de Lombrives (Ariège). © Human Adaptation Institute

Le quotidien dans la grotte

« L'abri scientifique, lui, existe pour offrir au groupe un espace protégé de l'humidité », reprend Jérémy Roumian. « Ce n'est pas un vain mot, confie de son côté Christian Clot. Depuis que nous sommes entrés, les températures oscillent entre 10,2 et 10,7 °C. L'humidité, elle, est à 100 %. Des conditions insidieuses, non extrêmes, mais difficiles à vivre au quotidien. »

« En pareille situation, il est nécessaire de faire preuve d'une certaine rigueur, d'une vigilance permanente », confirme le directeur des opérations de Deep Time. Un bidon étanche laissé ouvert par inadvertance, par exemple, et c'est en effet toute une réserve de riz qui peut rapidement se transformer en une bouillie infâme.

La vie, elle, doit s'organiser. « Les équipiers doivent produire leur énergie en pédalant, récupérer de l'eau, cuisiner, entretenir leur camp et évacuer les déchets vers un sas prévu à cet effet, rendre leur univers vivable. Pendant environ deux heures par "jour", ils doivent se concentrer sur les protocoles scientifiques. Le reste du temps, ils peuvent se détendre ou explorer la grotte. Bref, faire ce qui leur fait envie. »

Un premier témoignage

« Les premiers cycles ont été consacrés à l'organisation de nos espaces de vie et de travail et aux tests de nos protocoles scientifiques. Mais des décalages sont rapidement apparus dans nos rythmes. Les différences des premiers cycles ont été atténuées par la volonté de rester au mieux en groupe avec, à chaque fois, des resynchronisations naturelles. Mais, avec le temps, cela s'avère de moins en moins possible. Nous n'avons clairement pas les mêmes timings biologiques ou mentaux. Il y a toujours au moins une personne réveillée dans la grotte. Une forme de 3 x 8 involontaire qui suit pourtant les rythmes de chacun. Le plus gros inconvénient est dans la capacité à organiser les tâches collectives avec quelques tensions ici et là, heureusement vite apaisées. Toute la question est maintenant de savoir si, au rythme des cycles, nous allons parvenir à trouver une synchronisation collective, si cela ne se fera que par petits groupes ou au contraire si nous n'y parviendrons jamais durant nos 40 "jours" de notre vie sous terre », raconte Christian Clot, depuis le fond la grotte de Lombrives.

Nous n’avons clairement pas les mêmes timings biologiques ou mentaux

« En plus des trois espaces évoqués précédemment, il faut savoir que le groupe dispose de deux espaces supplémentaires : un espace de silence qui permet à celui qui en ressent le besoin de s'isoler du groupe et un espace de parole qui permet d'assurer notamment un suivi psychologique et à ceux qui le désirent, de s'exprimer devant une caméra. Comme un exutoire, nous précise Jérémy Roumian. Mais attention, je le répète, il n'y a jamais d'échange avec la surface. Si les équipiers peuvent faire remonter des informations, des sons ou des images, nous ne pouvons pas entrer en contact avec eux. »

L'expédition se poursuit donc à l'abri des regards et il nous faudra patienter quelques jours encore pour avoir plus de nouvelles de ces aventuriers d'un genre nouveau.


DeepTime : une expérience inédite de 40 jours, sous terre, coupés du monde

Le confinement, consécutif à la crise sanitaire de la Covid-19, a révélé bien des fragilités, souvent causées par des pertes de repères, notamment affectifs. Pour étudier les capacités du cerveau à gérer cette rupture d'un point de vue émotionnel et à s'adapter à de nouvelles conditions de vie, l'expédition Deep Time veut pousser le confinement à l'extrême en embarquant durant 40 jours, dans une grotte, une quinzaine de personnes qui seront privées de toutes informations temporelles.

Article de Futura avec l'AFP-Relaxnews paru le 15/03/2021

Dans le cadre d'une expérience à visée scientifique, 15 hommes et femmes vont vivre pendant 40 jours, coupés du monde et sans notion du temps, dans la grotte de Lombrives, en Ariège. © martinscphoto, Adobe Stock

Un an après le premier confinement, 15 femmes et hommes de 27 à 50 ans vont vivre à partir de dimanche, et pendant 40 jours, dans une grotte en Ariège sans notion du temps, une expérience à visée scientifique. Objectif ? Étudier les capacités d'adaptation de l'être humain à la perte de repères spatio-temporels, une question soulevée notamment avec la crise sanitaire, explique Christian Clot, le chef de mission. « Dans un contexte extrême, avec un nouveau mode de vie, nous ne savions visiblement pas bien, en tant que groupe, comment répondre aux impacts provoqués par ces changements », fait le constat, en septembre 2020, cet explorateur et fondateur du Human Adaptation Institut.

C'est ainsi que va naître le projet Deep Time, qui a débuté dimanche à 20 h. Sans montre, sans téléphone ni lumière naturelle, sept hommes, sept femmes et Christian Clot lui-même, doivent aussi s'habituer aux 12 degrés et 95 % d'humidité de la grotte de Lombrives, générer leur électricité par un système de pédalo et puiser l'eau dont ils ont besoin à 45 mètres de profondeur. Ils seront munis de capteurs permettant à une dizaine de scientifiques de suivre depuis la surface.

 Privés d'informations temporelles, comment vont réagir et s'adapter ces 15 êtres humains, confinés dans une grotte en Ariège, durant 40 jours ? © Christian Clot, explorer, compte Facebook

Étudier les mécanismes cognitifs et émotionnels

« Cette expérience est une première mondiale, estime le professeur Étienne Koechlin, directeur du laboratoire de neurosciences cognitives et computationnelle à l'ENS. Jusqu'à maintenant, toutes les missions de ce type avaient pour objectif l'étude des rythmes physiologiques du corps, mais jamais l'impact de ce type de rupture temporelle sur les fonctions cognitives et émotionnelles de l'être humain. »

Les 14 volontaires -- dont une joaillière, médecin anesthésiste, agent de sécurité ou cordiste, entre autres - originaires des quatre coins de la France et issus de la société civile, participent au projet bénévolement, sans aucune indemnisation. Au total, Deep Time a requis 1,2 million d'euros de financement : des partenaires privés, mais surtout du Human Adaptation Institute.

L'entrée de la grotte de Lombrives, dans l'Ariège. © Georges Gobet, AFP
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