Quelles séquelles la Covid-19 va-t-elle laisser sur les personnes guéries ? © Nuthawut, Adobe Stock
Santé

La Covid-19 fragilise durablement la santé mentale des malades

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[EN VIDÉO] Covid longue : quand les symptômes durent des mois  De nombreuses personnes sont atteintes de Covid longue, une forme de la maladie qui peut s'étirer sur plusieurs mois. © Futura 

Ceux qui ont vécu la Covid-19 souffrent encore de séquelles physiques handicapantes. La plupart d'entre eux sont résilients et s'en sortent après des longues semaines de convalescence. Pour d'autres, cette expérience stressante peut être le facteur déclenchant de troubles psychiatriques comme l'anxiété ou l'insomnie. Les scientifiques commencent tout juste à estimer l'ampleur de ce phénomène.

Commerces et lieux culturels fermés, population masquée et confinée, rassemblements proscrits. Jamais de telles mesures sanitaires n'ont été prises en France pour limiter la propagation d'une maladie virale mortelle. Leur instauration était une nécessité pour soulager les hôpitaux submergés mais elles n'ont pas fait disparaître le virus. Cet espoir, et celui de retrouver un semblant de vie normale, réside désormais dans les campagnes de vaccination qui se déroulent aux quatre coins du monde. Cette situation pandémique a marqué au fer rouge les esprits de la population générale, des soignants, des commerçants, des familles endeuillées, des étudiants isolés, et encore plus celui de ceux qui ont été au cœur de la tempête : les malades de la Covid-19.

Les psychiatres commencent à mesurer l'impact de la Covid-19 sur la santé mentale des survivants. Si certains se battent longtemps contre des séquelles physiques, l'expérience de la maladie les rend particulièrement sensibles aux troubles de l'humeur et de l'anxiété, et même à la démence pour les plus âgés. Une publication dans The Lancet Psychiatry du 9 novembre 2020 a été un premier signal d'alerte.

Après trois mois, 18,5 % des malades de la Covid-19 ont développé des maladies mentales

Les chercheurs du département de psychiatrie de l'université d'Oxford ont suivi la progression des diagnostics psychiatriques chez les personnes ayant eu la Covid-19 dans les 90 jours suivant leur rétablissement. Leur analyse se base sur des données électroniques mises à disposition par la plateforme TriXNet, spécialisée dans la gestion de données de santé à destination de la recherche. Sur les 69 millions d'entrées entre les mains des scientifiques, ils n'ont conservé que les 62.354 qui mentionnent un diagnostic positif pour la Covid-19.

Il apparait que 18,5 % des survivants de la Covid-19 ont été diagnostiqués pour un trouble mental, quel que soit sa nature, entre 14 et 90 jours après leur guérison. Pour 5 % d'entre eux, il s'agit du premier diagnostic psychiatrique de leur vie. Les troubles anxieux sont les plus fréquents dans l'effectif considéré (4,7 %), suivis des troubles de l'humeur (2 %) et enfin, des insomnies (1,9 %). Chez les plus de 65 ans, la démence représente 1,6 % des cas de désordres psychiatriques diagnostiqués contre 0,44 % dans l'effectif global. 

Les scientifiques ont également retourné la question dans l'autre sens : est-ce que les maladies mentales sont un facteur aggravant de la Covid-19 ? L'analyse des données indique que ce soit bien le cas. Au même titre que l'hypertension, l'âge ou l'obésité, les maladies mentales constituent un facteur de risque. Selon les chercheurs de l'université d'Oxford, les personnes ayant eu un diagnostic psychiatrique de moins d'un an ont 65 % de risques en plus de contracter la Covid-19. Ce risque a été calculé indépendamment des autres facteurs de comorbidité des patients et est identique quelle que soit la nature de la maladie mentale diagnostiquée.

La courbe d'incidence des premiers diagnostics d'une maladie psychiatrique, d'un trouble de l'humeur et d'un trouble de l'anxiété pour la Covid-19 et la grippe. © Maxime taquet et al. The Lancet Psychiatry

Six mois après la maladie, les séquelles sont toujours là

Dans une étude parue plus récemment en prépublication et non relue par les pairs, le même groupe de scientifiques a poursuivi ses recherches en étendant la durée de suivi à six mois. Ces résultats ont été obtenus à partir de 236.379 survivants de la Covid-19, hospitalisés ou non, issus de la base de données TriXNet. À six mois, les séquelles psychiatriques de la maladie sont toujours présentes et même plus fréquentes. L'incidence des diagnostics psychiatriques à six mois est de 33 % contre 18,5 % à trois mois, et celle des premiers diagnostics de 12,8 % contre 5 % à trois mois. Les troubles de l'anxiété explosent et concernent alors 24 % des diagnostics. La tendance est la même pour les troubles de l'humeur et les insomnies qui représentent respectivement 13 et 5 % des diagnostics. Des troubles plus inquiétants, qui rappellent la maladie de Parkinson et le syndrome de Guillain-Barré, ont également été identifiés.

Une question se pose alors, ces observations sont-elles caractéristiques de la Covid-19 ou sont-elles les mêmes pour d'autres maladies ? L'équipe d'Oxford s'est frottée à la question. Les chercheurs ont effectué les mêmes analyses chez des patients ayant eu la grippe, une infection respiratoire autre que la Covid-19 et la grippe, une infection cutanée, des calculs biliaires, des calculs rénaux et enfin, une fracture osseuse. Aucune de ces conditions n'est reliée à une incidence accrue de diagnostics psychiatriques chez les survivants, comme c'est le cas pour la Covid-19.

Les infections respiratoires (autres que la grippe et la Covid-19) sont les maladies testées qui fragilisent mentalement le plus les personnes. Dans cette cohorte, l'incidence de diagnostics psychiatriques est de 3,4 % contre 2,5 % pour la grippe ou une fracture osseuse. Les calculs biliaires et les infections de la peau sont aussi particulièrement éprouvants, le taux d'incidence de maladies psychiatriques est respectivement de 3,2 et 3,4 %.

Il y a donc un lien intime entre la Covid-19 et la santé mentale des malades. Comment l'expliquer ?

Une nouvelle pandémie qui se profile ?

La première piste à explorer est celle de l'agent étiologique de la Covid-19, le SARS-CoV-2. Ce coronavirus provoque des symptômes neurologiques (maux de tête, perte de goût et de l'odorat, perte de repère, etc.), et les recherches les plus récentes attestent de sa capacité à infecter les neurones, chez la souris pour le moment. Des lésions cérébrales ont été observées dans des coupes de tissus issues de patients décédés de la maladie.

De plus, la présence du SARS-CoV-2 provoque une réaction inflammatoire systémique et intense qui semble aussi atteindre le cerveau, en dépit du fait qu'il soit protégé par la barrière hémato-encéphalique. Le lien entre ces observations physiologiques et les symptômes neurologiques n'a pas encore été clairement établi. Difficile donc de conclure que l'infection par le SARS-CoV-2 est à l'origine des séquelles mentales observées chez les survivants de la Covid-19, d'autant plus qu'il n'y a pas de grandes différences dans l'incidence des diagnostics psychiatriques entre les personnes hospitalisées et non hospitalisées, témoins de la sévérité de l'infection.

En plus du stress de se savoir malade, le confinement et l'ambiance pandémique de cette dernière année sont probablement à l'origine de cette augmentation inquiétante des diagnostics psychiatriques chez les survivants de la Covid-19. Et ils ne sont pas les seuls à en souffrir, les étudiants, le personnel soignant et la population générale ont aussi partagé leur fatigue et leur angoisse. Les scientifiques, qui travaillent dans le domaine de la psychologie et des neurosciences, ont aussi partagé leurs inquiétudes dans un bon nombre d'articles publiés dans des revues scientifiques prestigieuses et ce, depuis plusieurs mois. L'équipe d'Oxford n'a pas pu déterminer la temporalité des troubles anxieux, de l'humeur et des insomnies ; après les six mois, ils étaient toujours présents. Lorsque la pandémie de coronavirus aura pris fin, il s'agira d'en affronter une deuxième : celle des maladies mentales.

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