Augmenter la biodisponibilité de la curcumine, une fausse bonne idée ? © Microgen, Adobe Stock
Santé

Le curcuma et ses effets indésirables dans le viseur de l'Anses

ActualitéClassé sous :Alimentation , Nutrition , compléments alimentaires

L'Agence nationale de sécurité de l'alimentaire, de l'environnement et du travail publie un communiqué évoquant des effets indésirables liés à la consommation de compléments alimentaires à base de curcuma. Parmi eux, ce sont ceux dont la formulation accroît la biodisponibilité de la curcmine qui seraient dans le viseur de l'agence.

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[EN VIDÉO] Curcuma : les différents bienfaits de l'épice or  Le curcuma, l'ingrédient principal du curry, est paré de plusieurs vertus, désignées par la tradition et plus ou moins retrouvées par la science. Cette épice est manifestement active contre un certain nombre de maux, avec notamment un effet anti-inflammatoire notoire. 

Dans le monde des compléments alimentaires, le curcuma bénéficie d'une réputation toute particulière. Cette substance est censée avoir de nombreux effets biologiques et cliniques : diminuer l'inflammation, l'oxydation, les douleurs articulaires, prévenir certains cancers, etc. Cependant, il subsiste un problème pour ceux qui sont convaincus que lesdits effets sont réels : la curcumine ne possède pas une bonne biodisponibilité.

Autrement dit, après ingestion de curcuma ou de gélules contenant de la curcumine sans substance permettant de la protéger de diverses enzymes ou de certaines conditions comme un pH légèrement alcalin, elle n'est pas détectable dans votre sang car elle est très vite métabolisée et laisse place à d'autres composés. Depuis quelques années, le marché des compléments alimentaires a redoublé d'efforts afin de trouver des moyens d'augmenter la biodisponibilité de la curcumine. Des innovations qui se révèlent potentiellement dangereuses. 

Quelle est la dose journalière admissible de la curcumine ?

Tous les produits qui entrent en contact avec les êtres humains doivent faire l'objet de tests toxicologiques afin de déterminer des doses de sécurité et éviter par conséquent les effets secondaires. Pour la curcumine, aliments et compléments compris ne doivent pas apporter plus de 153 mg de curcumine par jour. Un taux difficile à atteindre même lorsque l'on consomme beaucoup de curcuma et de compléments alimentaires classiques. Mais l'amélioration de la biodisponibilité rebat les cartes. Sans dépasser la dose journalière admissible en valeur absolue, il se pourrait bien que ces formules la dépassent en matière de biodisponibilité. 

Le réseau nutrivigilance de l'Anses a recensé plus de 100 signalements d’effets indésirables susceptibles d’être liés à la consommation de compléments alimentaires contenant du curcuma ou de la curcumine, dont 15 hépatites. © daniiD, Adobe Stock

Des cas d'hépatites en France et en Italie

Le réseau nutrivigilance de l'Anses a recensé plus de 100 signalements d'effets indésirables susceptibles d'être liés à la consommation de compléments alimentaires contenant du curcuma ou de la curcumine, dont 15 hépatites. Au mois de mai dernier, l'Anses a publié un rapport de plus de 170 pages qui reflète son avis relatif à l'évaluation des risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant du curcuma. Concernant l'hépatotoxicité, le rapport fait mention de plusieurs études qui suggèrent qu'à haute dose -- des doses que peut entraîner par exemple une biodisponibilité accrue --, l'effet de la curcumine pourrait être antagoniste aux effets communément observés in vitro, chez certains modèles animaux et parfois chez l'être humain, c'est-à-dire être pro-oxydant et favoriser la dégradation des hépatocytes. Des études mécanistes citées par l'Anses corroborent ces hypothèses.

Quel comportement adopter ?

Au regard de l'efficacité clinique controversée de la curcumine et de l'hétérogénéité de l'offre provenant du marché des compléments alimentaires, il convient d'être prudent. Si vous consommez des compléments alimentaires à base de curcuma, évitez les formules qui augmentent la biodisponibilité de son principe actif (couplage avec de la pipérine, enrobée dans une matrice lipidique, etc.). Enfin, l'Anses recommande aux personnes suivant un traitement médical et aux personnes atteintes de pathologies des voies biliaires d'éviter autant que possible la consommation de compléments alimentaires contenant de la curcumine.

  • Les compléments alimentaires à base de curcuma sont largement consommés et ces derniers bénéficient d'une solide réputation ; 
  • Des signalements d'effets indésirables dont 15 hépatites ont été recensées par le réseau nutrivigilance de l'Anses ; 
  • Pour l'heure, il convient d'éviter les formules de compléments alimentaires qui augmentent la biodisponibilité de la curcumine.

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