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Le blé et le chat...

Dossier - Le chat domestique à l'origine de la civilisation ?
DossierClassé sous :zoologie , chat , animaux de compagnie

Notre chat domestique, cette boule garnie de poils et de moustaches qui ronronne sur nos genoux en ne tolérant pas le moindre dérangement, est une énigme. Depuis longtemps, les scientifiques tentaient de découvrir son origine parmi les espèces sauvages connues. Sans succès. Du moins, jusqu'à ce que des recherches sur l'ADN permettent de mieux connaître l'histoire de ce félin et en retracer l'origine à… la dernière glaciation ! Et même auparavant.

  
DossiersLe chat domestique à l'origine de la civilisation ?
 

Là, il convient d'ouvrir une petite parenthèse. Sans rapport avec notre chat, mais qui s'y intéressera probablement. Pourquoi le blé a-t-il remporté tant de succès et est-il devenu la plante emblématique que l'on connaît aujourd'hui ?

Le blé et la chat... © Motorjan11, Pixabay, DP

Le blé est une plante autofertile, c'est-à-dire que son propre pollen peut féconder ses propres ovules. L'avoine, le riz et le sorgho appartiennent aussi à cette catégorie. Et cela fait de sa culture une formidable machine à sélectionner, même sans volonté consciente.

Lorsqu'on sème des grains de blé, on obtient des épis semblables à leurs père et mère, qui étaient originaires d'un même pied : il s'agit de lignées pures, pratiquement sans hybridation. Mais le principe de sélection se trouve ailleurs. Lorsqu'on sème dans un endroit déterminé des grains provenant de clairières différentes, ceux-ci appartiennent aussi à des lignées différentes cumulant un grand nombre de caractères génétiques adaptés à leurs provenances diverses.

Le champ de blé en pleine croissance. © 2007 David Monniaux

Parmi ces plantes, certaines pousseront plus rapidement que d'autres, des grains ne germeront pas tout de suite, d'autres pas du tout. Ils ne sont pas morts : on sait aujourd'hui que la nature programme des « dormants », graines qui renferment dans leur enveloppe des substances qui inhibent la germination et conçues pour ne germer qu'après une ou deux années en raison de conditions particulières, et donc peu productives.

Les graminées autofertiles, une bénédiction pour l'Homme

Mais si l'agriculteur prend l'habitude de récolter à date fixe, par exemple fin juin, et qu'il conserve une partie des graines comme semences, l'année suivante, il ne sèmera ensuite que des graines qui avaient poussé et étaient mûres exactement fin juin. Au bout de quelques cycles, il aura obtenu des lignées pures de graines réunissant toutes les caractéristiques les plus intéressantes dans son cas particulier, mûrissant toutes au même moment et dont les graines, sans dormants, germent chaque année. Autre fait capital, l'autofertilité de la plante permet d'accélérer considérablement le processus. Des scientifiques américains, qui ont tenté l'expérience avec une graminée de prairie, sont arrivés à la domestiquer en une quarantaine d'années. Il est donc possible que le blé l'ait été en un siècle environ, mais le processus a pu s'accomplir à des époques différentes en des endroits divers. N'empêche, historiquement parlant, ce délai est très court. Mais ce n'est pas tout.

Alors que dans la savane le blé s'était lui-même programmé pour surmonter les plantes avoisinantes et puiser l'énergie du Soleil, dans les premiers champs, l'Homme a rapidement pris l'habitude d'arracher les mauvaises herbes... et le blé s'est ainsi trouvé en compétition avec lui-même. Chaque épi va donc tenter de monter plus haut et plus vite que ses voisins, pour prendre le soleil aux autres et germer le premier. Or, cette rapidité de germination dépend de la réserve de matière organique directement utilisable contenue dans les grains, autrement dit les sucres. Ainsi, seront favorisés les gros grains ayant une réserve importante en sucre.

Felis sylvestris, un véritable félin.

Et notre chat sauvage, que vient-il faire là-dedans, me demanderez-vous ? Patience, il arrive…

Il est bien compréhensible qu'une plante présentant autant de vertus que le blé, dont les caractéristiques et la commodité de culture s'amélioraient comme par miracle, ne pouvait qu'impressionner les premiers agriculteurs. De là à la déifier, le pas fut rapidement franchi, et l'on retrouve des épis de blé dans l'iconographie de toutes les divinités. Mais il restait un obstacle à franchir.