C'est sur l'archipel du Svalbard (Norvège), tout au nord de l'océan Atlantique, qu'a été lancé le projet de Réserve mondiale de semences, destiné aux générations futures. © Morten, Fotolia

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Réserve mondiale de semences du Svalbard : un million de graines déposées

ActualitéClassé sous :développement durable , Svalbard , graine

La réserve mondiale de semences du Svalbard (Norvège), qui a pour objectif de protéger la biodiversité végétale des conflits et des catastrophes naturelles, a fêté ses 10 ans. Plus d'un million d'échantillons de graines y ont déjà été déposés.

La réserve mondiale de semences du Svalbard, précieuse « arche de Noé végétale » protégeant la diversité génétique des conflits et des catastrophes naturelles, a franchi le million d'échantillons de graines déposés lundi à l'occasion de son dixième anniversaire.

Dans des températures quasi polaires, plus de 70.000 nouveaux échantillons de graines de riz, blé, maïs, niébé ou encore sorgho ont rejoint l'antre fortifiée située sur cet archipel de l'Arctique à mi-chemin entre la Norvège continentale et le pôle Nord.

Plus d'un million de graines ont franchi cette porte pour être mises définitivement en sécurité.

Avec ce nouvel arrivage, la « chambre forte du Jugement dernier », comme elle est aussi surnommée, enfouie à plus de 120 mètres à l'intérieur d'une montagne, a reçu, en dix années d'existence, 1.059.646 variétés de cultures, conservées dans des caisses alignées sur des étagères.

« Je suis très heureux d'annoncer que plus d'un million de graines ont franchi cette porte pour être mises définitivement en sécurité », s'est félicité le ministre norvégien de l'Agriculture, Jon Georg Dale, lors du dépôt solennel.

Des étagères de l'« arche de Noé végétale », en Norvège, sur lesquelles ont été entreposées plus d'un million de variétés de graines depuis l'ouverture de celle-ci il y a dix ans. © AFP Photo, Scanpix ; photo prise le 24 février 2008

Une collection de graines dans un entrepôt norvégien

Cette collection de graines la plus variée au monde se veut un filet de sécurité pour les quelque 1.700 banques de gènes existant sur Terre face aux risques liés aux catastrophes naturelles, aux guerres, au changement climatique, aux maladies ou aux impérities des Hommes. L'entrepôt est la propriété de la Norvège mais les graines appartiennent aux États et institutions dépositaires, lesquels peuvent les récupérer à leur convenance.

La réserve mondiale de semences a à ce jour été sollicitée par une seule institution : la banque de gènes de la ville d'Alep ayant été endommagée par le conflit syrien, le Centre international de recherche agricole dans les zones arides (Icarda) a demandé à récupérer des graines. De ce fait, l'arche contient actuellement 967.216 variétés de graines. Elle peut en accueillir environ 4,5 millions.

Conçu pour résister aux désastres, le grenier de la planète a cependant été lui-même victime du réchauffement climatique : l'augmentation des températures dans l'Arctique a entraîné une fonte du pergélisol (sol censé être gelé en permanence) et provoqué une fuite d'eau à l'entrée du tunnel en 2016, sans qu'aucune graine ne soit endommagée.

Oslo a annoncé vendredi le déblocage de 100 millions de couronnes (environ 10 millions d'euros) en 2018 pour réaliser des travaux, notamment la construction d'un nouveau tunnel d'accès et l'érection d'un bâtiment de service permettant d'éloigner les sources de chaleur.

  • La réserve mondiale de semences du Svalbard (Norvège) a enregistré plus d’un million de dépôts.
  • Cette collection de graines se trouve sur un archipel de l’Arctique.
  • Elle a pour objectif de préserver la biodiversité végétale.
Pour en savoir plus

Au Spitzberg, un réfrigérateur géant pour les semences du monde

Article de Jean-Luc Goudet paru le 15 novembre 2007

La Réserve mondiale de semences est une sorte d'arche de Noé végétale creusée dans les glaciers en Norvège. Ce projet a pour objectif affiché de conserver des graines de tous les endroits du Globe, avant qu'elles ne disparaissent, préservant pour les générations futures une indispensable biodiversité.

Un peu en avance sur son planning, le projet d'une réserve mondiale de semences a franchi une étape cette semaine. Samedi 17 novembre 2007, une opération portes ouvertes permettra aux habitants du Spitzberg et à ceux qui ont choisi de visiter l'archipel en ce début de nuit polaire de jeter une dernière fois un œil sur le Svalbard Global Seed Vault, de son nom anglais. La grotte commencera ensuite une descente en température que l'on espère sans retour pour de nombreuses décennies voire des siècles...

C'est en Norvège, au début des années 1980, qu'est née l'idée d'une banque de semences, pour conserver durablement des graines de plantes d'intérêt alimentaire. Avec l'évolution des pratiques agricoles et l'industrialisation de l'agriculture intensive, de nombreuses variétés anciennes disparaissent alors qu'elles peuvent présenter des caractéristiques qui, un jour, seront utiles. Ce patrimoine de l'Humanité mérite donc d'être conservé.

L'entrée de la grotte de la Réserve de semences du Svalbard. © Bjoertvedt, CC by-nc-sa 3.0

4,5 millions de graines sous la terre

La suite fut une longue histoire, faite de tractations internationales, de conflits d'intérêt entre pays pauvres et pays développés (lesquels entendaient conserver le contrôle des variétés créées chez eux) et d'enlisements des négociations. L'affaire n'a repris sa progression qu'en 2004 quand la FAO est parvenue à faire ratifier par 55 pays le traité international sur les ressources génétiques des plantes.

Cette année-là, la Norvège, toujours motivée, relance son initiative. Baptisée Global Crop Diversity Trust, elle rassemble une centaine de pays qui s'engagent à fournir des semences à conserver, à l'exclusion des OGM. Techniquement, le principe est établi : creuser une cavité profondément enfouie dans le pergélisol (sol perpétuellement gelé) pour y maintenir une température constante de -18 °C, estimée idéale pour la conservation des graines. En charge du projet, le ministère norvégien de l'agriculture retient, comme à l'aube du projet en 1983, l'archipel de Svalbard, situé bien au-delà du Cercle polaire.

Un couloir de 100 mètres conduit aux trois chambres. © Global Crop Diversity Trust

Les engins commencent alors à creuser la glace et terre sur la plus grande île de l'archipel, Spitzberg, à proximité de la capitale, Longyearbyen, par 78° de latitude, à seulement 800 kilomètres du pôle nord. L'abri souterrain se trouve à 130 mètres au-dessus du niveau de la mer, une hauteur élevée, qui tient compte de l'élévation prévisible du niveau de la mer dans les décennies à venir.

À environ 120 mètres sous la surface, chacune des trois chambres mesure 25 mètres sur 10, pour une hauteur de 6 mètres. © Odd Arvid Strømstad

Un couloir de 100 mètres de longueur aboutit à trois salles indépendantes, qui totalisent mille mètres carrés. Chacune, dans leur volume de 1.500 mètres cubes, peut contenir 1,5 million de graines. Le dernier problème technique à résoudre... est que le sol est trop chaud. La température oscille en effet entre -3 et -4 °C. Il faut donc la refroidir à l'aide d'un système réfrigérant alimenté par une station de production d'électricité située à proximité. C'est cette étape qui vient de démarrer, alors que la nuit polaire est tombée sur le Spitzberg.

Cette réserve mondiale pourra devenir fonctionnelle en février et accueillir jusqu'à 4,5 millions de graines, en provenance du monde entier et qui, un jour, serviront peut-être de nouveau...

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