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La péninsule de Point Reyes National Seashore

Dossier - Voyage en Californie, la quintessence de l’Amérique
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Récit d'un voyage initiatique en Californie, des grands séquoias de la côte Ouest en passant par la ville de San Francisco, la Vallée de la mort, le désert de Mojave ou encore la navette spatiale Endeavour.

  
DossiersVoyage en Californie, la quintessence de l’Amérique
 

La péninsule de Point Reyes, à deux pas de San Francisco, n'appartient pas à la géologie de l'endroit. Découverte par Sir Francis Drake, elle a été le lieu de multiples naufrages. Le site fut déclaré réserve naturelle il y a 50 ans.

Vue sur Point Reyes, les promontoires de la piste Chimney Rock. On peut apercevoir sur la plage, le long des falaises, des éléphants de mer. © Miguel V. - Domaine public

Péninsule triangulaire de la côte pacifique à 50 km de San Francisco, Point Reyes se situe dans le comté de Marin. Le climat y est très variable, le brouillard s'y installe facilement et le vent, soudain, peut y souffler très fort. Cette pointe est considérée comme la plus brumeuse et la plus venteuse de la côte du Pacifique.

C'est à la fois une destination de loisirs pour les habitants de la région, très fréquentée, mais aussi un sanctuaire de biodiversité puisque la moitié des espèces d'oiseaux de Californie s'y retrouvent ainsi que le tiers des espèces de mammifères marins dans le monde.

Le centre de construction et de réparations navales, Mare Island Naval Shipyard, y faisait au large des essais de sous-marins pendant la Guerre froide.

Carte de Point Reyes National Seashore. © Domaine public

Les Indiens Miwoks (au nombre de 3 à 5.000) habitaient depuis 5.000 ans sur cette terre, vivant de chasse, de pêche et de cueillette. Les glands constituaient une part importante de leur nourriture : on estime à 500 livres par an la consommation d'une famille élargie. Ils utilisaient les ressources à leur disposition et en particulier faisaient de magnifiques paniers en carex ou en écorce (le musée de Zürich en possède quelques pièces).

Sir Francis Drake y fit accoster en 1579 son navire, le Golden Hind (biche dorée), pour le réparer. Les Indiens lui fournirent quelque nourriture et Drake à la vue de troupeaux de cerfs en déduisit que l'endroit était « une terre bien différente de la côte, un bon pays, à la terre fertile et bénéfique à l'homme ». Qu'il baptisa Nova Albion.

Phare de Point Reyes, Marin County. © Frank Schulenburg - cc by sa 3.0

En 1603, le 6 janvier, jour de la fête des Rois, le nom de Point Reyes fut donné par Don Sebastián Vizcaino, après qu'il se fut abrité dans la baie de Drake à cause de la tempête. Les Mexicains y établirent de grands ranchs, les Indiens devant travailler dans les missions espagnoles. Trois seigneurs mexicains se partageaient la péninsule : James Berry, Rafael Garcia et Antonio Osio.

Puis la Californie devint américaine, suite à la défaite du Mexique en 1848, et les Américains continuent de pratiquer l'agriculture pastorale sur les terres de la réserve.

Un phare (1870), un centre de sauvetage (1889 - US Lifesaving Service, maintenant intégré aux US Coast Guards) et une antenne de transmissions télégraphiques (1913) y furent construits suite aux nombreux naufrages ayant eu lieu lors de l'augmentation du trafic maritime dans la région, une pointe qui dépasse de dix miles dans l'océan et régulièrement la proie du brouillard à cause du courant froid qui longe la côte.

C'est d'ailleurs à cause de ce brouillard que le merveilleux port naturel de Frisco, dans un passage très étroit, n'a été découvert que tardivement, en 1769.

Plage de Wild Cat à Point Reyes National Seashore. © Oleg Alexandrov - cc by sa 3.0

Citons deux exemples parmi les 150 naufrages répertoriés à proximité de ce site.

Le naufrage du San Augustin

Les rumeurs courant au sujet de la découverte par Drake d'un refuge sur la côte californienne a intrigué les Espagnols. Leur commerce entre les Philippines et le Mexique était en plein essor, et ils étaient à la recherche de ports sécuritaires le long de la côte. Ils auraient donc commandé en 1595 au capitaine portugais Sebastián Rodriguez Cermeno d'arpenter la côte californienne. Commandant du San Augustin, un galion de Manille chargé d'une cargaison de produits de luxe : soie chinoise, épices, porcelaine Ming, à destination d'Acapulco, Cermano a enduré le premier naufrage documenté à Point Reyes.

Aux prises avec un bateau lourdement chargé alors que l'équipage fatigué voulait rentrer à la maison, Cermeno a exploré la côte de la Californie, près de Drakes Estero. Une grosse tempête de novembre a fait échouer le navire où il a été battu par le ressac furieux. Il se brisa, tuant plusieurs hommes, les autres essayant de vider la précieuse cargaison, dont certains éléments de vaisselle ont été recueillis et utilisés par les tribus locales Miwok.

Cermano a récupéré un grand canot, l'a chargé avec les 70 membres d'équipage survivants pour entamer le long voyage de retour. Après une navigation de deux mois, Cermano et les autres rescapés sont arrivés à Acapulco en janvier 1596. Malgré son extraordinaire périple, Cermano fut fraîchement accueilli, car il avait perdu son navire et la cargaison.

Le naufrage de la Labouchère

William Alexander Mouat, capitaine au long cours, navigua beaucoup sur la côte Ouest de l'Amérique du Nord, mais aussi entre son pays natal, l'Angleterre, et les États-Unis. Voici un paragraphe de sa biographie écrite par D. Blakey-Smith dans le dictionnaire biographique du Canada en ligne :

« Au début de 1866, on accorda à la Hudson's Bay Company le contrat de service direct du courrier entre Victoria et San Francisco. [Le capitaine Mouat], l'un des hommes les plus prudents et dignes de confiance qui aient jamais tenu la barre, reçut le commandement du Labouchere ; il conduisit le bateau à San Francisco, le 15 février 1866, pour lui faire subir les aménagements nécessaires au transport de passagers. Le 14 avril 1866, lors de son second voyage après sa remise en état, le Labouchere fit naufrage au large de la pointe de Reyes ; son capitaine fit preuve d'un calme, d'un courage et d'une prudence admirables en sauvant ses passagers. Mais l'enquête officielle blâma Mouat pour négligence très flagrante [...] parce qu'il n'avait pas fait l'évitage du Labouchere pour vérifier la direction des compas avant de quitter San Francisco, le gouvernail ayant été déplacé d'arrière en avant pendant les réparations ; on lui reprocha en outre de n'avoir pas pris suffisamment soin du courrier de Sa Majesté. »

La réserve

Fondée il y a un demi-siècle, la réserve doit résoudre de nombreux problèmes dont le risque d'incendie (un grand incendie a détruit 5 ha en 1995), la fréquentation massive par la population de Frisco et les contraintes dues aux accords de préservation signés par les exploitants, en particulier pour le maintien des zones humides. Autre souci, les « envahisseurs étrangers » tels que les plantes parasites appelées « doigts de sorcière » (Carpobrotus edulis), par exemple, qui tendent à recouvrir toute la dune et à empêcher ses mouvements naturels.    

Carpobrotus edulis ou « doigts de sorcière » © C. Niehaus - cc by nc 2.0

Un peu de géologie

En ce qui concerne la géologie, la faille de San Andreas, visible parce que la Tomales Bay, puis la route no 1, et enfin le Bolinas Lagoon la suivent exactement, sépare ce morceau de terre du continent. Les mouvements le long de la faille, ici, sont de 3 à 5 cm par an (vitesse de pousse des ongles !) et les tensions s'accumulent jusqu'au relâchement brutal qui se traduit par un tremblement de terre... En 1906, le déplacement fut de 7,5 m d'un coup.

Point Reyes sur Google Earth : j'ai surligné la faille de San Andreas en rouge.

Ce bout de terre vient de très loin, transporté sur 450 km, au fil des cent derniers millions d'années, par la plaque pacifique vers le nord ouest : les roches de la pointe sont, en effet, les mêmes que l'on trouve dans le sud de la Californie, dans les monts Tehachapi, petite chaîne transversale au sud de Bakersfield.

Pour faire court, le soubassement est granitique et en quelques endroits on trouve encore les roches parentes de ce granit : les anciennes roches métamorphiques de Kehoe beach. Dessus, diverses couches se sont déposées, par exemple des conglomérats, visibles près du centre d'accueil du phare.