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Un écosystème miracle

Dossier - La posidonie, un miracle en Méditerranée
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La posidonie n’est pas une algue mais une plante à fleurs sous-marine de Méditerranée. Ses peuplements, qui ressemblent à des prairies, sont en réalité des forêts offrant des services sans équivalent à l’échelle de la planète. Venant du fond des âges, la posidonie a survécu aux pires cataclysmes depuis le temps des dinosaures. Résistera-t-elle à l'Homme moderne ?

  
DossiersLa posidonie, un miracle en Méditerranée
 

Les écosystèmes terrestres sont basés sur des organismes photosynthétiques (végétaux) qui produisent une matière organique riche en composés chimiques très difficile à digérer et à reminéraliser (cellulose, lignine, etc.). Cette matière organique est donc peu consommée par des herbivores. Elle constitue des détritus dégradés par un ensemble d'organismes que l'on réunit sous le nom de BAFSH (Bactéries, Archées, Fungi et Straménopiles Hétérotrophes).

Les archées étaient autrefois confondues avec les bactéries. Fungi et straménopiles hétérotrophes font partie d'un vaste ensemble polyphylétique (= hétérogène) que l'on nommait populairement « champignons ». BAFSH et détritus sont consommés par les « détritivores ». Le recyclage naturel est lent : plusieurs années, parfois plus de 10 ans. Nous connaissons bien le tapis de feuilles mortes des sous-bois forestiers.

Figure 5.2. Algues rouges fixées sur les rhizomes de posidonie (boîte 2, figure 5.1 ci-dessous). Ces rhizomes ne sont pas visibles ici : seuls émergent des bouquets (faisceaux) de feuilles. En haut à droite, Peyssonnelia ; en bas à gauche, Mesophyllum ; cette dernière espèce, dont les cellules sont calcifiées, est en fait peu consommée. © Sandrine Ruitton - Tous droits réservés - Reproduction interdite

Les écosystèmes marins, tout au moins ceux qui sont assez superficiels pour bénéficier de l'énergie lumineuse, sont généralement basés sur des organismes photosynthétiques (« algues rouges », « algues brunes ») qui produisent une matière organique riche en composés organiques en général faciles à digérer (sauf quand ils sont défendus pas des toxines) et toujours faciles à reminéraliser (alginates, carraghénanes, etc.) ; cette matière organique est donc largement consommée et son recyclage est rapide : quelques semaines à quelques mois.

Principe de l'écosystème posidonie

L'herbier de posidonie est un écosystème unique, en ce sens qu'il juxtapose, qu'il additionne, la matière organique à recyclage lent, la posidonie (plante à fleurs ; boîte 3, figure 5.1 ci-dessous) et celle à recyclage rapide, les organismes qui vivent sur les rhizomes et les feuilles (épibiontes ; boîtes 2 et 4, figure 5.2).

Figure 5.1. Modèle conceptuel du fonctionnement de l’écosystème posidonie. Chaque « boîte » (numérotée de 1 à 24) correspond à un compartiment fonctionnel. L’épaisseur des flèches correspond à l’importance du flux de carbone entre compartiments. Le rectangle rouge correspond à l’écosystème posidonie proprement dit ; ce qui lui est extérieur correspond à des compartiments d’autres écosystèmes, avec lesquels l’herbier de posidonie interagit (exportation ou importation). En vert, les compartiments producteurs primaires (grâce à la photosynthèse). En ocre : les détritus et les consommateurs de détritus. En jaune : les herbivores et les prédateurs. COD = Carbone Organique Dissous. MOP = Matière Organique Particulaire. MPOs = Organismes photosynthétiques pluricellulaires (en particulier « macroalgues »). BAFSH = Bactéries, Archées, Fungi et Straménopiles Hétérotrophes. © Charles-François Boudouresque, adapté de Boudouresque in Personnic et al. (2014). Tous droits réservés - Reproduction interdite

Au total, la matière organique produite chaque année (la production primaire nette) est considérable et peut se situer au voisinage des records planétaires, terre et mer confondues : entre 2 et 3 kg de masse sèche/m²/an ; cette valeur est « nette », c'est-à-dire que l'on en a déduit les pertes, liées par exemple à la respiration et à la production de composés dissous (COD ; boîte 14).

Les feuilles de posidonie, peu consommées, s'accumulent dans la litière (boîte 8), sont dégradées et fragmentées, en particulier par les détritivores (boîtes 9 à 13) ou bien sont exportées vers d'autres écosystèmes (boîte 24).

Les épibiontes des feuilles (boîte 2), en même temps que la faune de filtreurs et de suspensivores (consommateurs passifs de matière en suspension dans l'eau ; boîte 6), sont activement consommés par des herbivores (boîtes 16 et 17), eux-mêmes consommés par des prédateurs (boîtes 18 et 19).