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Les poissons de l’écosystème posidonie

Dossier - La posidonie, un miracle en Méditerranée
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La posidonie n’est pas une algue mais une plante à fleurs sous-marine de Méditerranée. Ses peuplements, qui ressemblent à des prairies, sont en réalité des forêts offrant des services sans équivalent à l’échelle de la planète. Venant du fond des âges, la posidonie a survécu aux pires cataclysmes depuis le temps des dinosaures. Résistera-t-elle à l'Homme moderne ?

  
DossiersLa posidonie, un miracle en Méditerranée
 

Bien cachés à l'ombre des feuilles de posidonie ou exposés à l'affût au-dessus de l'herbier, les poissons (pour être rigoureux, on devrait plutôt parler de téléostéens) sont omniprésents dans l'écosystème posidonie. Parmi les 600 espèces de poissons de Méditerranée, au moins 20 % sont présentes de manière régulière dans l'herbier.

Rascasse. © Arhnue, Pixabay
Figure 7.1. La rascasse Scorpaena porcus, un redoutable prédateur de poissons. Le jour, elle dort, protégée par ses épines venimeuses. La nuit, elle part à la chasse des castagoles endormies. Un agent inconscient de l’exploitation de la production pélagique côtière. Photo © Sandrine Ruitton - Tous droits réservés - Reproduction interdite

Rascasses, labres et siphonostomes

À l'échelle d'un poisson, l'écosystème posidonie offre un habitat aux dimensions et à la complexité comparables à celles d'une forêt. Tous les étages de cet habitat sont occupés, depuis le sol et les rhizomes, par des poissons qui s'y cachent, jusqu'au-dessus de la canopée, par les poissons de pleine eau qui y recherchent le plancton. Temporaire ou permanente, la présence de ces espèces fluctue dans le temps (jour, nuit, saisons) et dans l'espace.

L'herbier abrite de nombreuses espèces permanentes comme les rascasses (Scorpaena spp.) ou des Labridae, communément appelés labres (figure 7.1). Ces espèces y trouvent leur nourriture mais également un environnement mimétique permettant une chasse à l'affut et un repos dans des conditions optimales. Certaines espèces ont même développé des tenues de camouflage dignes des meilleurs agents secrets. C'est le cas du siphonostome (Syngnathus typhle) qui se confond avec les feuilles de posidonie en épave (figure 7.2).

Sandrine Ruitton qui a rédigé cette page, est enseignant-chercheur, spécialiste des poissonsau MIO (Mediterranean Institute of Oceanography, Aix-Marseille Université) et membre des Conseils scientifiques des parcs nationaux de Port-Cros et des Calanques. © Yoan Eynaud -Tous droits réservés - Reproduction interdite

Castagnoles et sparaillons

L'herbier constitue un dortoir nocturne pour des espèces diurnes de pleine eau qui viennent s'y réfugier la nuit, comme les castagnoles (Chromis chromis) (Figure 6.3). C'est l'occasion, pour ces espèces d'opérer des transferts de matière organique de la colonne d'eau vers le benthos (ce qui vit au niveau du fond) et inversement.

Figure 7.2. Le labre vert Labrus viridis est un prédateur de crustacés et de petits poissons. Malgré son nom, il n’est pas toujours de couleur verte ; en fait, il pratique le mimétisme et change de livrée en fonction de son environnement. Photo © Sandrine Ruitton. Tous droits réservés - Reproduction interdite

L'herbier est également la nurserie idéale pour de nombreux juvéniles de poissons. On y voit au printemps et en été des essaims de Sparaillons (Diplodus annularis), des juvéniles de castagnoles bleu électrique et de nombreuses espèces d'intérêt commercial qui peuvent se réfugier entre les feuilles. Sans l'herbier, de nombreuses espèces côtières exploitées par la « pêche aux petits métiers » (la pêche artisanale) seraient beaucoup moins abondantes. Typique de la pêche artisanale dans l'herbier, les poissons dits de la soupe en sont un bon exemple.

Figure 7.3. L’écran protecteur des feuilles de posidonie, plus ou moins couvertes d’épibiontes (ici, des algues calcaires formant des taches blanches). Cherchez l’erreur ! La bande horizontale blanche, au milieu, est un poisson mimétique, Syngnathus typhle. Photo © Sandrine Ruitton. Tous droits réservés - Reproduction interdite

Saupes, serrans et congres

Tous les niveaux trophiques sont représentés : depuis les herbivores, comme la saupe Sarpa salpa (Figure 7.4), les consommateurs de petites proies (crustacés, annélides), comme le serran écriture (Serranus scriba) (Figure 7.5), jusqu'aux piscivores, comme le congre (Conger conger), les motelles (Gaidopsarus spp.), ou le labre vert (Labrus viridis) (Figure 7.2). Les feuilles de posidonie contribuent beaucoup moins que les épibiontes au régime alimentaire des brouteurs de l'herbier, en particulier à cause de leur moins grande richesse nutritive.

Figure 7.4. La saupe Sarpa salpa, l’un des principaux herbivores de l’herbier de posidonie. Elle consomme les feuilles en même temps que leurs épibiontes (les organismes qui utilisent les feuilles comme support). © Sandrine Ruitton - Tous droits réservés - Reproduction interdite
Figure 7.5. Le serran écriture Serranus scriba est un prédateur. Il se nourrit en particulier d’annélides et de petits crustacés. Il est territorial et défend son petit territoire contre ses congénères. © Sandrine Ruitton - Tous droits réservés - Reproduction interdite

Le plongeur qui nous lit trouve peut-être exagérées notre description de la richesse en poissons de l'herbier. Quand il se déplace au-dessus de l'herbier, il a en effet l'impression de nager dans un désert, si l'on excepte lessaupes et les castagnoles. La raison en est que les poissons repèrent le plongeur bien avant qu'il ne les ait vus ; quand il passe, tout ce monde s'est depuis longtemps réfugié sous l'épaisse canopée, sans compter les organismes qui y vivent en permanence à l'abri des regards.

N. B. : Sandrine Ruitton qui a rédigé cette page, est enseignant-chercheur, spécialiste des poissons au MIO (Mediterranean Institute of Oceanography, Aix-Marseille Université) et membre des Conseils scientifiques des parcs nationaux de Port-Cros et des Calanques.