L’agriculture des pays tropicaux va être littéralement dévastée par les multiples conséquences du réchauffement climatique. Ce dossier tente d’en détailler plusieurs, toutes dramatiques. Liste non limitative malheureusement !

  
DossiersL'agriculture victime du réchauffement - dans les pays tropicaux
 

Cette liste peu réjouissante n’est pas encore terminée. Le réchauffement provoquera également un risque sanitaire accru, et une aggravation des épidémies et des invasions de criquets. La cohabitation d’un toujours plus grand nombre de personnes et d’animaux dans des régions humides et chaudes favorise l’apparition de virus et de microbes et leur passage des espèces animales à l’Homme. L’avion et l’oiseau migrateur se chargent alors de les diffuser « équitablement » sur la planète.

Bien entendu, c'est dans les régions où les gens sont nombreux, pauvres, déjà mal nourris et sans accès aux soins médicaux que les dégâts seront les plus graves. 

Criquet pèlerin là où il passe, la faim règne ensuite. © Danny Steaven S, Wikimedia commons, CC 3.0

Quatorze des dix-huit adventices (communément appelées « mauvaises herbes ») les plus répandues à travers le globe sont d’origine tropicale ; le réchauffement pourrait donc les rendre plus agressives. Les printemps chauds et humides favorisent le développement des maladies cryptogamiques ou fongiques (causées par des champignons parasites) : rouille, oïdium, tavelure, mildiou, gravelle, fusariose.

Quatre résurgences non traitées se sont simultanément développées à la fin de l’été 2003 en Mauritanie, au Mali, au Niger et au Soudan. Des pluies exceptionnellement bonnes sont tombées fin octobre sur une très vaste zone s’étendant de Dakar aux monts Atlas, au Maroc. Le Sahara occidental a reçu plus de pluie en un jour qu’en un an. En conséquence, les conditions écologiques sont restées favorables pendant plus de six mois, permettant deux générations de reproduction et donnant lieu à une recrudescence de criquets. Les essaims ont envahi l’Afrique du Nord-Ouest et s’y sont reproduits au printemps. Les essaims issus de la reproduction printanière ont ensuite envahi le Sahel d’Afrique de l’Ouest, du Cap-Vert au Tchad. Deux autres générations ont eu lieu pendant l’été 2004, résultant en davantage d’essaims. © FAO
Propagation des criquets pèlerins en 2020. © FAO

Une migration massive de nuisibles engendre un risque sanitaire

Les insectes nuisibles remontent vers le nord à raison de 3 km/an depuis 1960, mais parfois beaucoup plus. Quand certaines espèces deviennent carrément invasives, elles causent de gros problèmes écologiques et économiques, car il n’existe aucun organisme capable de réguler leur population sur ce nouveau territoire. Même sans ces migrations, dans les endroits où les insectes sont en dessous de leur optimum, une augmentation de la température peut se traduire à la fois par une croissance plus rapide, une meilleure survie, une fécondité plus importante et une augmentation de l’activité et du mouvement (et heureusement une diminution de la durée de la vie). Certains insectes considérés jusqu’à présents sans impact économique pourraient donc devenir des ravageurs importants. Sachant qu'entre 10 et 16 % des cultures mondiales sont déjà perdues à cause de l'action de ces espèces ravageuses qui s'attaquent aux récoltes, une dissémination plus importante constitue une menace croissante pour la sécurité alimentaire mondiale.

Nuée de criquets pélerins. © Chriko, Wikimedia commons, CC 4. 0 international

Le criquet pèlerin, un insecte vorace

Exemple : le criquet pèlerin se reproduit à une vitesse considérable lorsque les conditions sont réunies : une femelle peut pondre au cours de sa vie une dizaine de grappes d’une centaine d’œufs, enterrées à quelques centimètres dans le sol ; lorsque les conditions météorologiques sont favorables, ils éclosent tous ensemble. Il se forme alors des essaims qui peuvent rassembler plusieurs dizaines de milliards d’individus, dont chacun mange son poids de végétation chaque jour (environ 2 g) !

Inutile de dire que là où le criquet passe, la faim règne ensuite. L’invasion qui a sévi en Afrique entre septembre 2003 et juillet 2004 a annihilé la végétation sur 65.000 km² répartis sur neuf pays, des pays qui avaient déjà du mal à se nourrir : Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad, Algérie, Libye, Maroc et Tunisie. 

En janvier 2020, selon la FAO, dans la corne de l’Afrique (Éthiopie, Kenya, Yémen) un essaim de 2.400 km2 formé de 200 milliards d'individus, consommait 400.000 tonnes de nourriture par jour. Un autre de même ampleur sévissait à la frontière entre l’Inde et le Pakistan.