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Manque d'eau et tarissement des nappes phréatiques

Dossier - L'agriculture victime du réchauffement - dans les pays tropicaux

L’agriculture des pays tropicaux va être littéralement dévastée par les multiples conséquences du réchauffement climatique. Ce dossier tente d’en détailler plusieurs, toutes dramatiques. Liste non limitative malheureusement !

  
DossiersL'agriculture victime du réchauffement - dans les pays tropicaux
 

Une autre conséquence du réchauffement climatique couplé à une agriculture intensive est l’abaissement, et même le tarissement, des nappes phréatiques. Il devient alors impossible de poursuivre l’extension, voire l’exploitation, des surfaces irriguées qui les utilisent, avec pour conséquence une exacerbation des conflits.

Les experts, qui observent une augmentation très forte des prélèvements dans plusieurs nappes importantes (+ 144 % en trente ans aux États-Unis, + 300 % en dix ans en Arabie saoudite, + 100 % en dix ans en Tunisie) prévoient l’épuisement rapide de certaines d'entre elles. À Islamabad (Pakistan), Guanajuato (Mexique) ou Chanaran (Iran) et dans le Hebei en Chine ou la vallée du Gange en Inde, le niveau d’eau peut baisser de plusieurs mètres par an dans les puits. La conséquence est simple : ces zones, où l’on produit beaucoup de nourriture actuellement, vont à terme baisser fortement leur production. Il est possible qu’on continuera à y manger, mais leur capacité à exporter de la nourriture vers les régions avoisinantes et moins bien dotées va décliner fortement.

Manque et tarissement des nappes phréatiques. © Josephalbafotos, Pixabay, DP

Le manque d'eau menace la survie des populations

Tout aussi dramatique, la fonte des glaciers menace l’agriculture irriguée qui s’est développée au XXe siècle dans les plaines en dessous des montagnes. D’ici la fin du siècle, au rythme où s’opère cette fonte, nombre de glaciers vont purement et simplement disparaître. Il n’y aura presque plus d’eau l’été dans les rivières, à l’époque où les agriculteurs en ont justement besoin (une part importante de l’eau de ces rivières l’été provient de la fonte des neiges et des glaces). Ceci menace directement la survie des populations dans d’immenses régions, et en premier lieu ceux qui se nourrissent via l’eau des fleuves qui descendent de l’Himalaya, qui permettent une agriculture productive parce qu’irriguée, nourrissant carrément un tiers de l’humanité. 

© Bruno Parmentier

L’Indus, au sud-ouest de l’Himalaya nourrit le Pakistan ; au sud, l’Inde et le Bangladesh dépendent fortement du Gange et du Brahmapoutre ; si le seul Gange s’assèche l’été, l’approvisionnement en eau de 500 millions de personnes de juillet à septembre ainsi que de 37 % des cultures irriguées en Inde sera directement menacé, d’autant plus qu’en dessous, le niveau de la nappe phréatique souterraine a déjà baissé de 60 mètres !

On peut poursuivre avec l’Irrawaddy, le Salween et le Mékong au sud-est, dont dépendent tous les pays de la péninsule indochinoise. Puis le Yangzi (Fleuve Bleu) et le Huang He (Fleuve Jaune) à l’est, dont vit l’immense Chine… Le second est de plus en plus menacé, et maintenant à sec sur des centaines de kilomètres la majeure partie de l’année, obligeant les Chinois à des travaux titanesques pour relier par de gigantesques canaux les bassins des deux fleuves.

Changements d'aires de mer d'Aral au cours des dernières années. © Maciej Zieliński, Wikimedia commons, CC 4.0 international

La mer d'Aral : un désastre écologique

Au nord, l’Amou-Daria et le Syr-Daria recueillent l’eau de 17.000 glaciers et traversent l’Afghanistan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan et le Kazakhstan. Des pays qui ont développé une agriculture tellement irriguée que ces fleuves n’approvisionnent presque plus la mer d’Aral, laquelle, autrefois 4e étendue d’eau du monde, a perdu 75 % de sa surface depuis 1960, 14 mètres de profondeur et 90 % de son volume.

L'assèchement du lac Tchad entre 1963 et 2007. © Unep, Programme des Nations unies pour l’environnement

De même, en Afrique, le lac Tchad, anciennement 3e réserve d’eau douce du monde a perdu 90 % de sa superficie.