L’agriculture des pays tropicaux va être littéralement dévastée par les multiples conséquences du réchauffement climatique. Ce dossier tente d’en détailler plusieurs, toutes dramatiques. Liste non limitative malheureusement !

  
DossiersL'agriculture victime du réchauffement - dans les pays tropicaux
 

Une autre conséquence dramatique du réchauffement climatique, cette fois-ci dans les régions semi arides et en particulier les savanes habitées par des éleveurs nomades, est l’avancée du désert.

L'avancée des déserts semble irrémédiable. © GregMontani, Pixabay, DP

Dans le Sahel par exemple, une bande très aride de 5.500 kilomètres de long au sud du Sahara en Afrique, on estime qu’on ne peut rien cultiver sans disposer d’un minimum de 300 millimètres de pluie par an. La limite des 300 millimètres s’est déplacée de 200 kilomètres plus au sud dans les dernières décennies. On peut donc dire que le désert a avancé de façon « naturelle » sur une bande de 200 km de large sur 5.500 km de long, ce qui, pour donner un ordre de grandeur, représente déjà deux fois la superficie de la France.

Carte du Sahel en bleu. © Flockedereisbaer, Wikimedia commons, CC 3.0 Germany

L'avancée des déserts et ses répercussions 

Que s’est-il passé ? Les populations qui vivaient sur ces territoires ont évidemment migré plus au sud. Dans la bande limite, celle des 300 millimètres de pluie, la population a donc fortement augmenté, à la fois à cause de la natalité locale et de l’immigration des gens du Nord. 

La situation écologique de cette région est donc devenue critique. La cohabitation des troupeaux a provoqué un surpâturage qui a empêché la reproduction de la végétation (en fait le cheptel a triplé !). De plus, les maigres arbres qui subsistaient ont été coupés pour servir de combustible pour la cuisine, provoquant une déforestation massive.

On estime donc que le désert a avancé une deuxième fois de 200 kilomètres, cette fois-ci pour des raisons de surpopulation, des Hommes et des chèvres ! Donc, au total le désert du Sahara a avancé de 400 kilomètres, et on a perdu en terres habitables l’équivalent de quatre fois la France.

Pays du G5 Sahel. © Eric Gaba, Wikimedia commons, 1.2

Pendant ce temps-là, la population croît à toute vitesse ! Les pays du G5 Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso, Mauritanie, Tchad), plus le Soudan, ne totalisaient que 33 millions d’habitants en 1980, ils en comptent déjà plus de 100 millions en 2019, dont environ la moitié de moins de 15 ans, et vont passer à plus de 250 millions en 2050. 

Les tensions économiques provoquées par cette situation se sont transformées en tensions sociales (éleveurs nomades contre agriculteurs sédentaires), raciales (Africains du Nord à la peau blanche contre Africains à la peau noire), religieuses (islam chiite contre islam sunnisme, islamisme radical contre islam modéré, animisme ou christianisme), et politiques, car, dans cette région, les frontières héritées de la décolonisation ne recouvrent pas les réalités locales… Les conflits armés se sont multipliés, en Mauritanie, au Mali, au Soudan (Darfour), au Sud Soudan, au Tchad, au nord du Nigeria, au Cameroun, au sud de l’Algérie, etc. Et bien évidemment, dans ce contexte, la faim fait des ravages, et la situation a toutes les chances d’empirer dans les décennies qui viennent.

De plus, une fois que les derniers arbres ont disparu, les tempêtes de sable s’installent ; l’Afrique de l’Ouest émet à elle seule la moitié des poussières du monde entier (qui parfois, après un long détour par l’Atlantique, finissent par arroser la France) ; inutile de préciser que ces poussières entraînent des maladies respiratoires considérables dans la région.