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Déjà 4000 km parcourus ! Sourgout : mi-parcours de l'Odyssée Sibérienne

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Je suis arrivé à Sourgout hier soir après une longue étape de 220 km, faits en 2 jours. Plus exactement de nuit car j'ai pu à nouveau voyager à la lumière de la lune. Ca a été une étape très difficile. Une fois de plus, par manque de chance le vent s'est mis à souffler sur l'Ob, le fleuve sur lequel j'ai pu basculé avec mes chiens.

Rencontre avec les enfants dans une ecole d'un village sibérien © Marie Rouvillois - Reproduction ou utilisation interdites.

Depuis Nizhnevartovsk, grande ville portuaire avant Sourgout, les décideurs de la compagnie Tomsktransgaz qui ont largement aidé, à leur manière, l'Odyssée Sibérienne, ont remis l'expédition entre les mains de leur "petite soeur" Tioumentransgaz qui gère le gazoduc qui descend vers le Sud et les grandes villes de la Russie, de l'Ukraine et de l'Europe.

Il y a énormément de vent , jusqu'à 70 km/h ! Ce qui a deux conséquences :

- la première est que cela durcit la neige sur le fleuve. Cela pourrait sembler être une bonne nouvelle pour la piste mais c'est le contraire. En fait, la neige n'est pas assez compactée pour que les chiens ne s'enfoncent pas et ne passent pas au travers, ce qui rend la progression beaucoup plus lente ; environ 5km/h alors qu'avec des conditions acceptables, la vitesse moyenne de progression est de 15 km/h ! Ce vent crée des dunes très dures derrière lesquelles il y a un amas de neige molle.

Les congères sur l'Ob créent une piste difficile à ouvrir © Marie Rouvillois - Reproduction ou utilisation interdites.

Esthétiquement, c'est magnifique ! Le fleuve est une oeuvre d'art ressemblant parfois à des paysages de désert de sable. Des congères, tuiles de glaces, aux formes géométriques quasi- parfaites, sont plantés sur la piste. C'est magique pour l'oeil mais très gênant pour voyager à traîneau à chiens.

- la deuxième est que la neige étant trop dure, les motoneiges qui avancent plusieurs jours devant pour tracer la piste marquent à peine la neige avec leur chenille . Cela pose donc un problème pour que je puisse retrouver la piste bien souvent recouverte par la neige brassée par le vent. Je me suis donc perdu dans les bras de l'Ob et ai fait beaucoup de km en plus.

La piste n'est pas linéaire du fait des problèmes de pack. Les pisteurs les évitent et font des méandres. Les km en "surplus" s'accumulent

Village de la region de sourgout © Marie Rouvillois - Reproduction ou utilisation interdites.

Cette étape est une grande déception pour tous. Les pisteurs qui travaillent dur dans des conditions extrêmes ont la sensation de faire une piste pour rien car elle est immédiatement effacée ou recouverte. Je suis également très découragé car j'attendais depuis deux mois avec impatience de naviguer sur l'Ob gelé et c'est une galère qui m'attend.

A croire que l'expédition est placée sous le signe de la malchance ! Les habitants, les pêcheurs aux alentours de l'Ob nous disent qu'ils ont eu plus de 3 semaines sans une once de vent ! Dès que Gao, emmenant l'attelage, a mis la patte sur le fleuve, le vent s'est levé et a soufflé très fort !!

La température est remontée mais il a beau ne faire plus que -35°C, avec le vent cela est plus insupportable que les -55°C de la semaine passée.

Il n'y a pas beaucoup de végétation aux bords de l'Ob permettant de faire un feu pour faire fondre la glace et donner à boire aux chiens. Il faut donc repérer les lieux stratégiques pour faire la pose. L'Ob est assez habité par rapport à la piste de gazoduc que nous avons suivie la semaine dernière.

Les pêcheurs sortent des poisons de plus en plus petit, à cause du réchaufement des températures de saison © Marie Rouvillois - Reproduction ou utilisation interdites.

Tous les 50/ 100 km, il y a un village de pêcheurs qui vont pêcher sous la glace en faisant un trou à l'aide d'une bielle et autres instruments artisanaux. Ils se rendent sur le fleuve soit en bouran ( motoneige locale), soit à poney. J'ai été surpris de voir que les filets qu'ils relèvent sont assez remplis : brochets, loches, carpes, esturgeons et différents salmonidés.

Il y a de moins en moins de grands poissons à cause de la multiplication des filets. Bien qu'il y ait des mesures de protection prises, elles ne sont malheureusement pas respectées.

En plus des problèmes de pêche excessive, il y a des usines en amont du fleuve qui déversent sans grandes réglementations des déchets toxiques.

Les rencontres avec les pêcheurs motivent les chiens et moi par la même occasion. En effet, les pêcheurs offrent des poissons fraîchement sortis de l'eau en guise de snack aux chiens et m'offrent du thé maintenu au chaud sur un feu ou dans un thermos.

Tchito fait une petite sieste sur le fleuve gelé © Marie Rouvillois - Reproduction ou utilisation interdites.

Lorsque je suis arrivé à Sourgout, j'ai décidé de donner 2 jours de repos aux chiens. Cette décision a été prise en accord avec mon ami Dominique Grandjean, (véterinaire de renom, spécialiste des chiens de traîneau), venu me rejoindre sur l'expédition pour faire un check up général des chiens et amener Taguish !

Mon chien Taguish est donc arrivé du Canada pour venir prendre la place de Narsuack, qui nous a quitté à Tomsk. Taguish ne remplacera jamais Narsuack, mais je suis sûr qu'il va vite trouver sa place au sein de l'attelage.

Ces deux jours ont permis aux chiens de cicatriser les coussinets de leurs pattes que nous avons recouvert d'onguent (mixture très efficace préparée spécialement par Dominique). Repos qui devrait permettre de repartir dans de meilleures conditions. J'espère que le vent va tomber car nous prenons des jours de retard et ce n'est pas dans les montagnes de l'Oural , ni derrière que nous allons les rattraper.

J'ai donc une inquiétude quant à nos chances d'être à temps à Moscou.
Pour ce qui est des chiens, ils sont dans un très bon état général. Ils manquaient d'un peu de gras et pendant deux jours, ils ont été soumis à un régime augmentant des réserves de graisse nécessaire pour retrouver un bon rythme.

Déja, ils manifestent leur envie de repartir ! Il n'y a pas plus agréable pour moi que de voir mes chiens dans les starting-blocks. Il ne manque donc plus que le vent se calme pour que les conditions soient parfaites.

Je regarde la cime des arbres en espérant que ça va venir.

Dimanche, il a neigé toute la journée à grand flocon. Lundi, après 2 jours de repos et un vent un peu moins fort, Nicolas et ses chiens sont partis au petit matin : objectif atteindre Khanti-Mansyisk qui est à 350 kilomètres en 3 jours.

Informations sur Sourgout :

Cette ville et sa région sont le coeur énergétique de la Russie. Dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres, on pompe le pétrole dans des quantités à faire rêver les américains, on capte le gaz destiné à tout le sud de la Sibérie et à l'ouest vers les grandes villes de la CEI et via l'Ukraine pour l'Europe.

Caviar rouge, poissons fumes-salés, nourriture de fete pour acceuillir l'expédition © Marie Rouvillois - Reproduction ou utilisation interdites.

80 % des ressources énergétiques du sous-sol russe sont ici. Cette région et son fonctionnement passé, actuel et futur représentent la concrétisation d'un des grands mots d'ordre communiste et d'un des grands rêves de l'époque soviétique : conquérir le Nord et ses richesses !

Les enfants des déportés, puis des vagues successives de femmes et d'hommes venus de toute l'Urss attirés par le développement futur de ces régions et par un meilleur niveau de vie ont inventé concrètement le "Nord", c'est ici que cela se passe et que cela a démarré il y a 40 ans et les spécialistes prédisent des réserves pour 1 siècle ! Malgré la Perestroika, Sourgout a continué à se développer.

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