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Odyssée Sibérienne : piège de glace et conditions extrêmes

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Il fait de plus en plus froid (on frise les - 40°C), la neige est de plus en plus dense et profonde. Après 2 jours d'arrêt forcé à Orlic, Nicolas décide de repartir et il s'enfonce dans les Monts Sayan. C'est la partie la plus périlleuse du parcours qui le conduira jusqu'à Moscou. Les pisteurs avaient dû rebrousser chemin, la neige était trop fraîche et trop profonde ! Ils passent d'un extrême à l'autre.

Situation géographique © Odysée sibérienne - toute reproduction interdite.

20 Décembre

Après avoir passé le col de Choïgan, il faut redescendre. C'est dur : le terrain est difficile car il a mis une journée pour faire 6 km et seulement 3 km la suivante. Il faut à chaque pas assurer le passage : ne pas laisser le traîneau entraîner les chiens dans la descente. Le musher doit alors précéder l'attelage pour tâter le terrain et tasser la neige. Une fois la trace préparée, il rebrousse chemin et fait contrepoids sur le traîneau.

Les liaisons sont difficiles, les téléphones satellite ne passent pas dans ces régions très montagneuses. Les conversations sont coupées en permanence. Pas évident d'avoir des informations détaillées.

© Thibaut Branquart - Toute reproduction interdite.

Mais on sait que 2 motoneiges ont pu rejoindre Nicolas. Les moteurs digèrent mal le carburant local ! Le démarrage, chaque matin, relève du défi. Il faut démonter et remonter les moteurs au moins une fois par jour. Quelle engeance ! 5 motoneiges ont dû retourner à Irkoutsk pour réparation. Il faut trouver maintenant un camion pour les ramener à 2000 km, sur Kyzyl. Quant à Pierre Michaut, il va rejoindre l'équipe, de Kranoïarsk à Kyzyl, après avoir réglé les tracasseries administratives : 2 à 3 jours de train pour faire 800 km.

Les pisteurs vont pouvoir préparer la piste « éphémère » et permettre au traîneau de reprendre une vitesse de croisière, compatible avec les difficultés topographiques.

© Thibaut Branquart - Toute reproduction interdite.

A l'heure qu'il est, Nicolas est aux alentours de Chazylar, à 50 km de Toora-Khem. La piste est extrêmement cabossée et difficile. Il semblerait qu'il soit en difficulté de nourriture pour les chiens et il avance à un rythme de 2h de route et 2h de repos, pour ne pas fatiguer les chiens. Les pisteurs, Didier et Rock, ont rebroussé chemin et se dirigent vers Nicolas pour lui apporter de quoi nourrir les chiens.

La république de Touva reste encore pratiquement inconnue des touristes français. La région étant très montagneuse, certains sites ne sont accessibles que par avion. Le territoire de Touva comporte plus de 400 lacs, dont la majorité se trouve dans la dépression de Todja. Outre ces lacs d'eau salée, on compte près de 50 sources thermales, nommées « arjaanes » en touvinien, ce qui veut dire « eau bénite ». Des centres de soins se sont peu à peu développés autour de ces sources chaudes. Toora-Khem, que doit rejoindre demain Nicolas, est au bord de la dépression de Todja.

© Thibaut Branquart - Toute reproduction interdite.

La faune touvinienne est riche en animaux à fourrure : zibeline, écureuil, hermine, élan, ours brun et bien d'autres, ainsi que de poissons : rivières et lacs sont étonnamment poissonneux. On compte plus de 18 espèces de poissons.

Quant à la flore : elle se compose principalement de forêts de mélèzes, cèdres, pins et bouleaux. La région possède 11% des cèdres de toute la Russie. D'ailleurs, la vodka sibérienne est parfumée aux pignons, ce qui lui donne cette belle couleur ambrée si caractéristique. On y trouve aussi pléthore de champignons, en particulier des cèpes, devenus une spécialité gastronomique locale.

« Yap ! Dji ! Allez,, les chiens, c'est bien ! »
« Davaï, davaï ! » comme disent les russes.

24 Décembre

Dans une région majoritairement bouddhiste ou chamanique, il fallait quand même fêter Noël ! A Kyzyl, les villageois ont invité toute l'équipe pour un dîner festif et bien arrosé. Le menu était « local », simple et roboratif, composé de « boorzac », pâte frite dans du lard de mouton, de mouton bouilli à l'eau salée et accompagné de « peaux de lait », obtenu par un long écrémage. On les retire couche par couche et quand elles atteignent 5 centimètres d'épaisseur, on les sert refroidies. Le tout arrosé d' « Araka », eau de vie faite de lait bouilli et fermenté, que l'on conserve dans des gourdes en peaux. Nazdrovie !!! Cela change du lyophilisé ! Après ce délicieux repas, Nicolas est allé se coucher assez tôt pour reprendre la route le 25 décembre.

Paysage aux environs de Kyzyl © Thierry Malty - Toute reproduction interdite.

Le site de Kyzyl correspond au centre géographique de l'Asie. Il est matérialisé par une sculpture sur la place centrale de la ville, représentant un globe terrestre à 3 facettes et en 3 langues (touvinien, russe et anglais).

Réchauffement climatique ? Nicolas le vit au quotidien en ce moment. Depuis Toora Khem, la piste devrait longer le Ienissei, en passant par Kyzyl et ce jusqu'à Abakan. Mais les écarts de température enregistrés font que le fleuve n'est pas assez gelé. En ce moment, les températures varient de -40°C à -10°C (comme aujourd'hui). Il ne faut pas beaucoup de glace pour supporter le poids d'un homme et même d'un traîneau, car la surface de portance et la répartition du poids sont proportionnellement plus importantes. Une épaisseur d'environ 5 centimètres suffit. Avec 20 centimètres, un camion passe dessus. Mais rien ne ressemble plus à 20 centimètres de glace recouverts de 3 centimètres de neige que 3 centimètres de glace recouverts de 20 centimètres de neige ! On entend souvent dire que les chiens devinent les pièges que la glace peut tendre. Il n'en est rien et leur faire confiance, c'est risquer sa vie. Certes, un bon chien de tête est capable de sentir à l'inhabituelle résonance de la glace ou sa consistance qu'elle est dangereuse. Mais cela ne doit être qu'un indicateur de plus pour le voyageur aguerri. Tout doit être pris en compte : la couleur, la consistance, les brisures, l'âge, les couches.

Lorsque l'embâcle est tardif, cela favorise dans les hauts fonds l'apparition de zone plus ou moins large et longue de « pack ». C'est de la glace concassée et des blocs qui s'empilent en empêchant l'utilisation du fleuve comme voie de déplacement . Le pack est dangereux car il est constamment en mouvement sous l'effet du vent, alors qu'en apparence il semble immobile. Impossible d'avancer sur le fleuve. Et le manque de neige, dans les champs, laisse apparaître le chaume, qui blesse les coussinets des chiens. Il faut donc suivre la route !

Campement © Thierry Malty - Toute reproduction interdite.

La région que commence à traverser Nicolas est très urbanisée : de grosses villes industrielles dans un entrelacs de routes, polluées. Rock et Patricia sont en amont, à la recherche de la piste aux conditions idéales.

Les difficultés de l'expédition renforcent les liens entre le musher et les chiens. Nicolas leur parle et les encourage énormément. La complicité n'en est que plus intense. Il espère être en train de traverser le plus difficile pour s'offrir de vrais moments de bonheur sur une piste adéquate. Les chiens gardent le moral pour la plus grande joie de Nicolas.

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