Pour pousser, une plante a impérativement besoin d’eau. D’où les difficultés grandissantes que rencontre l’agriculture dans le contexte de réchauffement climatique et de multiplication des sécheresses. © freshidea, Adobe Stock
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« Face à la sécheresse, la diversité et l’adaptation sont nos meilleurs atouts. »

ActualitéClassé sous :Réchauffement climatique , agriculture , pluie

Il a beaucoup plu, ce week-end, sur certaines régions de la France. Mais la sécheresse reste installée. Et dans le contexte de changement climatique, elle pourrait poser des problèmes à notre agriculture. Si ce n'est pas cet été, assurément dans les années à venir. Chantal Gascuel, directrice de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), nous présente quelques pistes qui pourraient aider notre agriculture à franchir le cap.

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[EN VIDÉO] Interview : comment les cactus résistent-ils si bien à la sécheresse ?  Les plantes succulentes, particulièrement les cactus, peuvent survivre dans des climats extrêmes. Privés de pluie durant parfois plusieurs années, ces végétaux ont développé d’intéressants stratagèmes pour garder l’eau. Futura-Sciences a interviewé Jean-Marie Solichon, directeur du jardin exotique de Monaco, afin qu’il nous en parle. 

Sur la France métropolitaine, il n'avait pas aussi peu plu pour un mois de mai depuis 1958. Moins de 30 millimètres. Soit un déficit de 65 % en moyenne. Seuls les départements alpins ont été épargnés. Résultats, les sols se sont encore asséchés. Sur l'ensemble du territoire. De sorte que la situation actuelle correspond à celle que nous avons plutôt l'habitude de rencontrer... à la fin du mois de juillet !

Au mois de mai 2022, les précipitations ont encore été très largement déficitaires. © info-secheresse.fr

« Les chiffres sont impressionnants, commente pour nous Chantal Gascuel. L'agriculture est en danger. » Mais avant de poursuivre, la directrice de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae) tient à souligner que le danger ne vient pas uniquement de la sécheresse« Il n'y a malheureusement pas que ça. Il y a aussi les épisodes de pluie ou les décalages saisonniers, par exemple. C'est pour ça qu'il est préférable de parler de changement climatique. Parce que le terme "réchauffement" est réducteur. Il ne rend pas compte de tous les défis que l'agriculture doit affronter. Avec des changements non seulement dans l'amplitude des phénomènes, mais aussi dans leur temporalité. » Ainsi cette année, une sécheresse particulièrement intense et extrêmement précoce.

« Les animaux, les plantes sont capables de s'adapter à un climat. Mais pas lorsque les changements sont aussi brutaux », poursuit Chantal Gascuel. Dans ce cas, ils ont besoin d'aide. « L'idée, ici, c'est de rendre notre agriculture moins dépendante à l'eau. Pour lui permettre de résister à la sécheresse. » Pour y arriver, les chercheurs d’Inrae comptent avant tout sur l'agroécologie. Sur des solutions fondées sur la nature, en somme. « On va se tourner vers des animaux et des plantes mieux à même de supporter les stress. Et au cœur de la stratégie, il y a la diversification. Au sein de la parcelle, au sein du paysage. Pour que, dans un contexte de variabilité, les espèces ne soient pas toutes confrontées au même moment au même stress. La diversité est un véritable atout. »

Dans le Mag Futura, toujours disponible en kiosque et à la commande, nous présentons un exemple de la manière dont la pratique de l’agroforesterie – l’idée de planter des arbres sur les parcelles – peut bénéficier à l’agriculture. © Stéphane Galonnier, Adobe Stock

La diversification au cœur de la lutte contre le changement climatique

Et dans le panel des possibles, l'agroforesterie - dont il est question dans le Mag Futura - fait un peu figure de cas d'école. Parce qu'il est facile de comprendre que les arbres plantés dans ou en bordure de champ ne vont pas puiser l'eau à la même profondeur que les cultures. « L'idée de diversifier les cultures dans un même champ est la même. Que chaque plante puisse aller chercher ses ressources à des endroits différents dans le sol », nous explique Chantal Gascuel.

L'autre intérêt des systèmes agroforestiers, ce sont les interactions positives qui se développent entre les arbres, les cultures et les animaux. Les cultures ou les animaux vont profiter de l'ombre apportée par les arbres, par exemple.

Des espèces plus adaptées

L'autre souci des chercheurs, c'est de trouver des variétés ou des espèces mieux adaptées aux nouvelles conditions météorologiques d'une région. À l'Inrae, l'activité de phénotypage, par exemple, est importante. Comprenez, l'exploration des ressources génétiques existantes. « L'idée, c'est de soumettre des plantes - ou des associations de plantes et/ou d'animaux - à des stress et d'essayer d'identifier lesquelles résistent et dans quelles conditions. La tâche est ardue. Et nous sommes loin d'en avoir fini », nous précise la directrice de recherche d'Inrae. Parce que le pool de plantes à explorer dans le monde est immense.

Dans ce contexte, quelle est donc la place de la manipulation génétique ? De la tentation de créer de toutes pièces de nouvelles espèces adaptées aux nouvelles conditions météorologiques ? « Aujourd'hui, nous avons surtout développé de grandes plateformes de phénotypage pour les tomates, pour le blé ou pour d'autres. Parce que nous sommes convaincus que les ressources génétiques existantes ont un potentiel énorme pour l'adaptation de l'agriculture au changement climatique », insiste Chantal Gascuel.

En matière d’irrigation, des technologies pourraient, à l’avenir, aider à apporter l’eau au bon endroit au bon moment. Encore faudra-t-il que la recherche agronomique sache déterminer quels sont ces bons endroits et ces bons moments. © Bits and Splits, Adobe Stock

Une adaptation qui s’étale dans le temps

Et parlant d'adaptation, il est également intéressant de comprendre que les solutions étudiées par les chercheurs ne visent pas toutes le même horizon temporel. À court terme, il y a toutes ces solutions que l'on peut qualifier d'incrémentales. Le décalage dans le temps des semis en fait partie. Tout comme l'amélioration des systèmes d'irrigation. « On peut parler ici d'agriculture de résilience, dans laquelle on change d'état d'esprit. Là où on apportait de l'eau pour faire pousser les plantes au mieux, on l'apportera demain pour leur permettre de surmonter au mieux un épisode de sécheresse. » Conséquence : des rendements qui pourraient certes baisser sur une année donnée, mais qui seraient moins variables en moyenne dans le temps.

Pour le moyen terme, les chercheurs travaillent à des solutions d'adaptation plus systémiques. Plus engageantes. Qui introduisent de la diversité, notamment. Des adaptations transformantes sont, quant à elles, envisagées pour surmonter la crise sur le long terme. Mais attention, cela ne signifie pas qu'il faut attendre pour les engager. « L'agriculture est tellement sensible au changement climatique que plus elle retarde son adaptation, plus ce sera difficile pour elle de résister. Dans le bassin parisien, par exemple, on voit déjà apparaître des champs de lavande. C'est transformant. Mais ça va prendre du temps. Le pas est franchi dès maintenant pour en tirer les bénéfices plus tard », nous explique Chantal Gascuel. Ainsi sur le terrain, ce que l'on observe le plus souvent, c'est finalement une combinaison de solutions variées qui adressent des échelles de temps différentes.

Le printemps météorologique – mars, avril et mai – termine sa course sur la 3e marche du podium des printemps les plus secs en France. L’été qui commence s’annonce toujours chaud et sec. © Météo France

Une responsabilité à assumer ?

De quoi rendre la réponse du secteur agricole au changement climatique encore plus complexe. Mais pleine de ressources. Comme le montre le projet BAG'AGES, développé dans le Sud-Ouest. Il met à l'honneur l'agriculture de conservation et semble vouloir montrer qu'une combinaison de non-travail des sols, de la couverture des sols et de la diversification permet aux sols de stocker entre 10 et 15 % d'eau supplémentaire par rapport à ce que permet une agriculture conventionnelle. « Cette combinaison fonctionne dans le contexte local. Ailleurs, d'autres solutions peuvent aider à grignoter de petits pourcentages en fonction des contextes géographiques ou historiques ou des contextes de culture, de sol ou de climat », souligne une fois encore Chantal Gascuel.

Grande consommatrice d'eau, l'agriculture fait aujourd'hui face à la nécessité d'un changement profond. Elle va devoir participer aux efforts collectifs d'économie d'eau. Réduire ses besoins. « Alors même que la hausse des températures voudrait que les plantes consomment plus d'eau encore », nous fait remarquer la directrice de recherche adjointe du département Environnement à l'Inrae. Parce qu'une chose reste certaine : pour pousser, une plante a besoin d'eau. « L'agriculture, par exemple, a moins de possibilités de recyclage que l'industrie. Car l'eau est consommée par les plantes. Mais il existe des marges de progrès indéniables. Et sa mutation, l'agriculture doit l'opérer autant pour elle, pour assurer sa durabilité, que pour économiser l’eau pour le bien de tous. »


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