Parmi les théories du complot qui prospèrent sur Internet, celle d’un programme de « chemtrails » est considérée comme vraie chez 22 % des Français (sondage Science&Vie, Harris Interactive). © YellowPaul, Shutterstock

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Complotisme : la théorie des chemtrails réfutée par la science

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Avez-vous déjà entendu parler de la théorie des « chemtrails » ? Cette hypothèse complotiste affirme que les traînées laissées dans le sillage des avions sont composées d'éléments chimiques destinés à nous endormir, nous empoisonner ou encore à nous stériliser. Puisqu'il n'existait aucune étude permettant de démentir ces allégations, deux groupes de chercheurs se sont constitués pour mener l'enquête. Alors, traînées chimiques ou simple condensation ?

Les théories du complot prospèrent sur Internet et vous avez sûrement déjà entendu parler de certaines de ces fumisteries. Dans de nombreux cas, il est question d'hypothétiques sociétés secrètes qui seraient à la manœuvre, au sein de gouvernements ou dans l'économie mondiale, afin de nous manipuler.

L'un des exemples les plus connus et répandus dans le monde entier est celui des « chemtrails ». Sous ce terme anglais — contraction de chemical (chimique, en français) et trails (traînées) —, s'est diffusée l'idée que les traces de condensation que l'on peut parfois voir dans le sillage des avions de ligne seraient en réalité constituées d'agents chimiques volontairement épandus dans l'air au-dessus des populations.

Le but, selon les versions et croyances, serait soit de stériliser ces populations, soit de les empoisonner à petit feu, soit encore d'en contrôler les consciences... Selon un sondage effectué en 2011 aux États-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne, près de 17 % des quelque 3 .100 personnes interrogées pensent (totalement ou en partie) que ces traces sont bel et bien le fruit d'une conspiration. En France, cela se chiffre à 22 % des personnes sondées (sondage Science&Vie, Harris Interactive).

Souhaitant trancher la question en apportant des réponses scientifiques à ces allégations, Ken Caldeira, chercheur en écologie à la Carnegie Institution for Science (Washington, États-Unis) a réuni plusieurs de ses collègues venus de la même institution, et aussi de l'université de Californie, à Irvine, et de l'organisation à but non lucratif Near Zero, pour solliciter la contribution de plusieurs spécialistes mondiaux. La synthèse de leurs analyses a été publiée dans Environmental Research Letters.

Un avion de ligne surpris en plein épandage d’éléments chimiques dans l’atmosphère ? Pour les experts, cette traînée épaisse et colorée peut s’expliquer par un air humide sursaturé, la réfraction de la lumière solaire, une température basse, etc. © Josef P. Willems

98,7 % des chercheurs rejettent l’hypothèse des chemtrails

« En dépit de la persistance de théories erronées au sujet des programmes de pulvérisation de produits chimiques dans l'atmosphère, il n'y avait pas d'études évaluées par des pairs dans des revues académiques montrant que ce que certaines personnes prennent pour des chemtrails ne sont en réalité que des traînées de condensation ordinaires », a déclaré l'auteur principal, ajoutant que « l'objectif de cette étude n'est pas de faire changer d'avis les fanatiques de ces théories mais de rendre accessible à ceux qui doutent, une véritable expertise scientifique sur le sujet ».

Soixante-dix-sept experts ont répondu à l'invitation. Ils ont été répartis en deux groupes :

  • les spécialistes de la chimie de l'atmosphère ont enquêté sur les photos censées démontrer que le phénomène ne s'explique pas naturellement (de par la distribution des traînées, leurs formes, teintes, etc.) ;
  • les géochimistes se sont intéressés à trois échantillons collectés dans lesquels les concentrations d'éléments chimiques trouvées étaient inhabituellement élevées.

Tous les chercheurs, à l'exception d'un seul (soit 98,7 %), sont d'accord pour conclure que les chemtrails n'existent pas. Ces traces dans le ciel, qu'elles soient laissées par des avions civils ou militaires, peuvent s'expliquer simplement.

Le seul qui ne partage pas cet avis et rallie l'hypothèse d'un complot international s'est surtout inquiété du taux de baryum dans l'échantillon d'aérosol étudié. Selon le géochimiste, ce taux est trop important relativement à la région d'où il provient et cela ne peut être que l'œuvre d'un épandage volontaire. Ce point est très discuté car cet élément pourrait être présent via les forages d'huile et de gaz de schiste, les peintures automobiles, des stabilisants pour le plastique, des lubrifiants ou encore des pesticides...

Pour expliquer les formes étranges des traînées sur cette photo mise en avant par les tenants de l’hypothèse d’un programme de chemtrails, les spécialistes de la chimie de l’atmosphère qui ont mené l’enquête indiquent que cela peut être produit par les acrobaties d’avions militaires, des vents importants, le trafic aérien, etc. © war.com via Steven J. Davis

Quant aux quantités supposées anormales de strontium, d'aluminium, de cuivre et de manganèse retrouvées, elles peuvent s'expliquer à chaque fois par des dépôts naturels et/ou la pollution industrielle.

Concernant les photos présentées comme preuves, le groupe d'experts a conclu qu'il s'agissait toujours de processus physiques et chimiques connus et bien compris. Enfin, « il est possible aussi, indique Ken Caldeira, que le changement climatique fasse persister les traînées de condensation plus longtemps qu'auparavant ».

Il apparaît également, en creux de cette étude, que beaucoup des tenants de cette théorie des chemtrails ont une mauvaise connaissance des phénomènes atmosphériques.

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