Les récifs en pneus n’ont pas résisté à la houle et aux courants et se sont écroulés puis disséminés. © Jérôme Espla / Poisson-Lune Productions

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Récif artificiel : le fiasco des pneus en mer dans les Alpes-Maritimes

ActualitéClassé sous :Natura 2000 , océan , pollution de la Méditerranée

Dans les années 1980, 25.000 pneus avaient été immergés au large de Golfe-Juan pour servir de récif artificiel. Devant l'échec de l'opération et un risque de pollution, ils sont en train d'être retirés.

Ils devaient favoriser la faune et la flore sous-marine et attirer les poissons. Entre 1980 et 1989, 25.000 pneus, soit 8.141 mètres cubes, sont immergés dans la zone maritime protégée de Vallauris Golfe-Juan (Alpes-Maritimes), classée site Natura 2000, pour servir de récif artificiel. À l'époque, les promoteurs du projet espèrent soutenir la pêche professionnelle, dans une zone pauvre en poissons. Trente ans plus tard, il faut se rendre à l'évidence : non seulement la colonisation n'a jamais eu lieu, mais les pneus se sont peu à peu désagrégés et des petites quantités de métaux lourds s'en échappent. De plus, les pneus disséminés menacent les habitats de coraux à proximité et viennent écraser ou recouvrir les posidonies.

Des plongeurs assemblent des colliers de pneus pour les remonter à la surface, entre Cannes et le cap d'Antibes. © Greg Lecoeur / Agence française pour la biodiversité

Une opération laborieuse

Une première opération en 2015 avait permis de remonter 2.500 pneus. Depuis le 21 septembre 2018, le repêchage des 22.500 pneus restants a débuté : 10.000 vont être retirés cet automne puis une seconde campagne sera lancée au printemps prochain pour enlever les 12.500 derniers. Une équipe de six à huit plongeurs professionnels enfile les pneus sur un filin et constitue des « colliers » de 10 à 30 pneumatiques. Chaque collier est levé à l'aide d'un parachute, puis d'une grue afin d'être stocké dans des bennes à bord d'un navire. Les pneus seront ensuite broyés et transformés en granulats pour fabriquer de nouveaux objets ou utilisés sous forme de valorisation énergétique. L'opération est financée à hauteur d'un million d'euros par l'Agence française pour la biodiversité (AFB) et la fondation Michelin pour 200.000 euros.

25.000 pneus avaient été immergés dans les années 1980 dans la zone Natura 2000 pour servir de récif artificiel. © Agence française pour la biodiversité

90.000 m3 de récifs artificiels en France

Le même constat d'échec a été réalisé aux États-Unis, en Floride, où une opération d'enlèvement de pneumatiques a été réalisée entre 2007 et 2010. La France métropolitaine compte aujourd'hui 90.000 m3 de récifs artificiels et des immersions ont également été réalisées dans les DOM et les COM (Martinique, Guadeloupe, Réunion, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française). La plupart se situent sur la côte méditerranéenne, en Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d'Azur. On privilégie aujourd'hui le béton, les matériaux composites et les polymères (polyester, polyéthylène) qui constituent un meilleur support de fixation et résistent à la houle et la corrosion.

  • Un récif artificiel de 25.000 pneus est en train d’être retiré par des plongeurs à Golfe-Juan.
  • Les pneus se désagrègent et des substances toxiques s’en échappent.
  • L’opération va coûter 1,2 million d’euros.
Pour en savoir plus

Récifs artificiels : la fin de l'immersion des pneus en mer

Article de l'AFP publié le 12/05/2015

Durant les années 1960, des millions de pneus ont été immergés près des côtes et ce pour la bonne cause : créer des récifs artificiels devenant des havres de vie. Mais l'idée n'était pas bonne car les animaux marins n'apprécient guère les hydrocarbures dont sont imprégnés les pneumatiques. La France se met au diapason pour repêcher ceux qui gisent encore en Méditerranée.

Une partie des 25.000 pneus immergés en Méditerranée entre Cannes et Antibes dans les années 1980 est en train d'être retirée à l'initiative de l'Agence des aires marines protégées, une première pour cet établissement dépendant du ministère de l'Écologie. L'opération pilote, qui porte sur quelque 2.500 pneus et qui se déroule sur un site classé Natura 2000, sera évaluée avant un éventuel retrait de l'ensemble des pneumatiques, en 2016, afin de « restaurer le milieu marin », selon l'agence basée à Brest.

Ils avaient été immergés sur ce site, le plus important en France, afin de développer la production halieutique et soutenir la pêche professionnelle artisanale en recréant un habitat artificiel dans une zone qui en était dépourvue. On pensait alors que les pneus étaient « non polluants » et même « totalement inertes », rappelle l'agence brestoise. Le récif, comme d'autres dans le monde constitués de pneus attachés les uns aux autres, n'a cependant pas résisté à la houle et aux courants et les pneus se sont éparpillés, détériorant le paysage sous-marin et les écosystèmes voisins. Ces récifs « présentent une colonisation nettement moindre que les récifs en béton (40 % de moins) », assure en outre l'agence.

« Si la colonisation n'a jamais eu lieu, c'est parce que les pneus usagés sont recouverts d'hydrocarbures et que leur décomposition progressive libère dans l'environnement des métaux lourds toxiques pour les organismes marins », explique à l'AFP Jacky Bonnemain, porte-parole de l'association écologiste Robin des Bois« Les pneus ne font pas partie du milieu marin ! » lance, comme une évidence, Gérard Véron, du laboratoire des ressources halieutiques de l'Ifremer (l'institut français de recherche pour l'Exploitation de la mer), mentionnant les « produits toxiques » qui en émanent.

Un amoncellement de pneus volontairement immergés dans les années 1970 en Floride, dans le comté de Palm Beach, pour tenter de construire des récifs artificiels. Finalement, ils ont été emportés par les courants et se sont largement disséminés. © Steve Spring, Marine Photobank

Un exemple vieux de trois mille ans

L'idée semblait bonne, d'autant le déclin des récifs coralliens est préoccupant. Les récifs artificiels ont été utilisés de tout temps dans de nombreuses régions du monde, selon l'Organisation maritime internationale (OMI), qui pointait en 2009 ceux créés il y a environ trois mille ans en Méditerranée : les pierres servant à lester les cages à filet utilisées pour la pêche au thon étaient abandonnées et, avec le temps, s'accumulaient et formaient des sites attirant les poissons. La France a relancé le principe en 1968, notamment sur la façade méditerranéenne, afin d'augmenter la ressource. Pour cela, certains matériaux usagés y ont été recyclés comme des poteaux électriques, des cages d'escalier en béton, des épaves ou, plus tard, des pneumatiques. On compte actuellement 90.000 m3 de récifs artificiels au large des côtes de l'Hexagone, selon l'Agence des aires marines.

Le Japon est cependant au premier rang mondial pour les volumes immergés, avec plus de 20 millions de m3, essentiellement dans un objectif halieutique. Les États-Unis arrivent en deuxième position avec plus de 1.000 sites aménagés dans un objectif récréatif cette fois. En Floride, ce sont ainsi près de deux millions de pneus qui ont été immergés au large de Fort Lauderdale en 1972, sur proposition du géant américain du pneumatique Goodyear. En France, ce sont quelque 350.000 tonnes de pneus usés qui arrivent en fin de vie chaque année, selon des chiffres de 2014 du ministère de l'Écologie. Leur stockage a posé problème jusqu'à l'organisation d'une filière de recyclage en 2003.

« Goodyear avait dit "ça va être utile aux pêcheurs et à la mer" », se souvient Jacky Bonnemain. « C'était pour donner à une action volontaire d'abandon de déchets dans l'environnement un vernis d'utilité », estime l'écologiste. Or, en Floride comme ailleurs, suite aux nombreuses tempêtes et ouragans, les pneus ont fini par se défaire de leurs liens et sont venus s'échouer sur les plages tout en endommageant les récifs coralliens environnants. « La menace est sérieuse », indique le département de protection de l'environnement de l'État de Floride sur son site Internet, dans une présentation de l'opération menée entre 2007 et 2010 pour en retirer une partie, reconnaissant cependant « la complexité » et « l'ampleur du défi ».

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