Représentation de l’Australotitan cooperensis. © Vlad Konstantinov, Eromanga Natural History Museum
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Le « titan du Sud » : le plus gros dinosaure jamais découvert en Australie

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[EN VIDÉO] Interview : cinq idées fausses sur les dinosaures  Le cinéma et la littérature entretiennent autour des dinosaures une certaine mythologie. Ces allégations, souvent totalement erronées, ont le don de froisser les experts et les adeptes avertis. Futura-Sciences est donc parti à la rencontre d'Éric Buffetaut, paléontologue, afin de passer au crible cinq idées reçues sur les dinosaures. 

Avec ses 30 mètres de long, l'Australotitan cooperensis confirme que l'Australie a bien accueilli de nombreuses espèces de dinosaures au Crétacé, dont certains figurent parmi les plus grands au monde.

Qu'est-ce qui est aussi long qu'un terrain de basket, plus haut qu'une girafe, aussi lourd que 10 éléphants d'Afrique et qui vivait en Australie il y a 90 millions d'années ? Réponse : l'Australotitan cooperensis, « le titan du Sud », le dinosaure le plus gros ayant jamais foulé le continent australien. Ce dinosaure, qui appartient au groupe de titanosaures (des dinosaures herbivores au long cou), a été formellement identifié comme nouvelle espèce par une équipe de paléontologues du Queensland Museum et de l'Eromanga Natural History Museum.

1.000 kilos d'os de dinosaures dans un ordinateur portable de 7 kg !

Les ossements ont été découverts en 2007, dans le bassin d'Eromanga au centre de l'Australie où passe la rivière Cooper Creek (d'où le nom du dinosaure). Ce bassin semble être l'épicentre des dinosaures australiens, qui ont fait l'objet de nombreuses découvertes ces dernières années. Mais ce n'est qu'après des années d'efforts que les scientifiques ont pu rassembler les preuves qu'Australotitan cooperensis appartient bien à une espèce distincte.

« Nous avons dû comparer ses os à ceux d'autres espèces du Queensland et du monde entier. Ce fut une tâche très longue et laborieuse », explique Scott Hocknull, le premier auteur de l'étude parue dans Paleontology and evolutionary science. « Les os de dinosaures sont énormes, lourds et fragiles, et sont conservés dans les musées distants de 100 à 1.000 kilomètres ». Les scientifiques ont donc scanné un à un chaque os pour pouvoir facilement les comparer. « Ces numérisations 3D m'ont permis de transporter environ 1.000 kilos d'os de dinosaures dans un ordinateur portable de 7 kg ! », sourit Scott Hocknull.

Chaque os a été minutieusement scanné et modélisé en 3D afin d’être comparé à ceux d’autres espèces. © Scott Hocknull et al., PeerJ, 2021

Parmi les cinq plus grands dinosaures du monde

« Si l'on se fie aux comparaisons de taille des membres, ce nouveau titanosaure fait partie des cinq plus grands au monde », assure Robyn Mackenzie, de l'Eromanga Natural History Museum, dans le sud-ouest de l'État du Queensland (nord-est). D'après les calculs réalisés par l'équipe, Australotitan cooperensis devait mesurer entre 25 et 30 mètres de long et 5 à 6,5 mètres au garrot. Les chercheurs ont également établi que ce dinosaure était étroitement lié à trois autres espèces trouvées un peu plus au nord.

Australie : dernière frontière de la paléontologie

Jusqu'au début des années 2000, l'Australie n'était pas vraiment réputée pour ses dinosaures. Les plus gros dinosaures connus se trouvaient en Amérique du Sud, où a notamment été découvert le Patagotitan, le plus gros dinosaure ayant jamais foulé la Terre avec ses 37 mètres de long et ses 70 tonnes (bien qu'un autre titanosaure encore plus gros semble avoir été identifié récemment). Mais dans les deux dernières décennies, de nombreuses découvertes sont venues confirmer que le continent avait bien accueilli une riche diversité de dinosaures au Crétacé. « À cette époque, le bassin d'Eromanga était la dernière grande mer intérieure de l'Australie », relate Scott Hocknull. C'était donc un point d'eau essentiel pour la faune.

« Cette découverte n'est que la partie émergée de l'iceberg. L'Australie est l'une des dernières frontières pour la découverte de dinosaures et le Queensland se confirme comme la "paléocapitale" du pays », assure Jim Thompson, le directeur du Queensland Museum.

Pour en savoir plus

Trois nouveaux grands dinosaures découverts en Australie

Article de Jean-Luc Goudet publié le 07/07/2009

Peu généreux en fossiles de dinosaures, le sol australien vient pourtant de livrer les trois plus gros spécimens exhumés depuis 1981. Deux sont herbivores et appartiennent à une famille de géants, les titanosaures. Le troisième est carnivore et aurait ridiculisé le vélociraptor.

Matilda, Clancy et Banjo : c'est ainsi que les membres de l'équipe australienne réunis autour de Scott Hocknull ont baptisé les trois squelettes découverts dans le Queensland, à l'est de l'Australie. Tous trois vivaient il y a 98 à 95 millions d'années, c'est-à-dire pendant le Crétacé moyen, et ont perdu la vie en s'embourbant dans un billabong, du nom aborigène de ces trous d'eau autour desquels se réunissent, encore aujourd'hui, de nombreux animaux.

Les paléontologues y ont découvert de nombreux ossements et ont pu reconstituer le puzzle, ou plutôt les trois puzzles, qu'ils viennent de décrire dans la revue PlosOne comme trois membres d'espèces nouvelles et même de genres nouveaux.

Clancy, Witonotitan wattsi pour les spécialistes (Winton étant le nom d'une grande ville proche), devait mesurer environ seize mètres, de la tête, emmanchée sur un cou flexible, au bout de la longue queue (quant au poids, peut-être faut-il se méfier des estimations puisque les calculs de la masse des dinosaures sont controversés). D'après l'équipe australienne, Clancy, plutôt gracieuse, devait se nourrir comme nos girafes actuelles.

Matilda, alias Diamantinasaurus matildae (nommée ainsi en souvenir d'une chanson australienne, Waltzing Matilda), était, elle, plus costaude mais à peu près de la même taille. Les auteurs la comparent plutôt à un hippopotame.
Ces deux herbivores appartiennent, d'après les analyses des ossements, aux titanosaures, parmi lesquels figurent les plus grands dinosaures, apparus bien après Clancy et Matilda.

Les silhouettes supposées des trois espèces découvertes avec, en incrustation, les ossements récupérés (cliquer pour agrandir). A et B : Diamantinasaurus matildae. C : Wintonotitan wattsi. D : Australovenator wintonensis. © T. Tischler, Australian Age of Dinosaurs Museum of Natural History

Des ancêtres de familles célèbres

Le plus petit des trois est, lui, un carnivore et a été surnommé Banjo, pour honorer Banjo Patterson, un poète australien et qui a composé la chanson Waltzing Matilda à Winton en 1895. Australovenator wintonensis, de son appellation désormais officielle, était un théropode carnivore. L'animal courait sur ses deux pattes arrière et se servait de ses pattes avant pour attaquer ses victimes avant de les mordre avec sa mâchoire puissante.

Les auteurs en font le pendant australien du vélociraptor, mais bien plus grand. Rapide, leste et armé de puissantes griffes, il devait être un prédateur efficace. Ses descendants perfectionneront la technique. Banjo semble en effet appartenir à famille des théropodes, qui enfantera, entre autres, et bien plus tard, le Tyrannosaurus rex, qu'on ne présente plus. Les ossements de Banjo ont été trouvés entremêlés à ceux de Matilda. Et les chercheurs d'imaginer une scène de chasse dans laquelle chasseur et proie auraient péri ensemble dans un marigot...

Deux représentations de la Terre au Crétacé inférieur (Early Cretaceous) et au Crétacé moyen (Middle Cretaceous), époques durant lesquelles les continents se séparent lentement (cliquer pour agrandir). En blanc, sont indiqués les endroits où ont été retrouvés des allosaures ancêtres des carcharodontosauridés, un groupe auquel Australovenator est apparenté. Les noms en jaune sont ceux des carcharodontosauridés. La connaissance des mouvements des plaques tectoniques peut ainsi être précieuse pour aider les paléontologues à reconstituer les arbres phylogénétiques. © Scott A. Hocknull, PlosOne

Outre qu'ils représentent des espèces jusque-là inconnues, ce qui est toujours une mine d'or pour un paléontologue, ces trois nouveaux venus apportent des éléments intéressants pour la classification phylogénétique des dinosaures, un groupe immense qui s'est ramifié pendant deux cents millions d'années.

De plus, ils apportent de nouvelles lumières sur la faune de cette région du monde, à une époque où les continents avaient seulement commencé à se séparer après la rupture du Gondwana. Si l'Australie a jusqu'ici fourni peu de restes de dinosaures, ce n'est sans doute pas parce que le sol en est particulièrement pauvre mais plutôt parce que l'on n'a pas beaucoup cherché. C'est ce qu'affirment les paléontologues qui, de plus, préviennent que tous les fossiles de ce billabong n'ont pas été exhumés...

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