Si les États respectent les nouveaux engagements qu’ils ont pris en amont de la COP26, notre consommation d’énergies fossiles atteindra son pic en 2025. © pdm, Adobe Stock
Planète

Consommation d'énergies fossiles : enfin le pic en vue ?

ActualitéClassé sous :COP26 , Réchauffement climatique , gaz à effet de serre

[EN VIDÉO] Interview avec Jean Jouzel : Quelles seront les répercussions du réchauffement climatique sur notre société ?  Dans une interview, Jean Jouzel, célèbre paléoclimatologue, nous énonce les répercussions du réchauffement climatique sur nos modes de vie. 

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) vient de publier une nouvelle édition de son World Energy Outlook. Une édition spécialement conçue à l'attention des décideurs qui se réuniront bientôt à Glasgow, en Écosse, pour la 26e Conférence des Parties signataires de la convention-cadre des Nations unies pour les changements climatiques, la COP26. Le document prévoit que notre consommation d'énergies fossiles atteindra son pic dès 2025. Mais souligne également que cela ne sera pas suffisant à maintenir le cap fixé par l'Accord de Paris sur le climat.

Chaque automne depuis 1998, l'AIE, l'Agence internationale de l'énergie propose, avec son World Energy Outlook, de faire le point sur la situation énergétique mondiale. La dernière édition vient tout juste d'être publiée. Et à quelques jours de l'ouverture de la prochaine COP26, la Conférence des Parties signataires de la convention-cadre des Nations unies pour les changements climatiques, elle souligne les écarts entre les politiques en place, les ambitions annoncées et les efforts nécessaires pour limiter le réchauffement climatique anthropique à +1,5 °C au-dessus des normales préindustrielles.

Selon les experts de l'AIE, les politiques actuellement mises en œuvre dans le monde ne suffiraient qu'à faire très légèrement baisser nos émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050. Poussant le réchauffement jusqu'à quelque 2,6 °C d'ici 2100. Et même les nouveaux engagements pris en amont de la COP26 ne parviendraient pas à limiter le réchauffement à moins de 2,1 °C. Ils ne couvriraient que 20 % des réductions d'émissions de dioxyde de carbone (CO2) nécessaires à maintenir le cap fixé par l'accord de Paris.

Ici en orange, la voie que nous aurions suivie sans la mise en place de l’accord de Paris sur le climat. En bleu, la différence créée par les politiques engagées depuis. En Jaune, celle portée par les engagements pris dans le cadre de la COP26. En vert, l’écart avec les efforts nécessaires à limiter le réchauffement à 1,5 °C au-dessous des moyennes préindustrielles. © Agence internationale de l’énergie

Mais il y a des raisons de rester optimiste. Car la « nouvelle économie énergétique -- tant attendue -- est désormais soutenue par des coûts qui ont baissé ». L'éolien et le solaire deviennent, dans la plupart des régions, les sources les moins chères pour générer une électricité nouvelle. Ainsi au cours des trois prochaines décennies, même en ne tenant compte que des politiques déjà en place -- ou en cours de... - « la quasi-totalité de la croissance nette de la demande énergétique viendra de sources à faible émission de carbone ». La consommation d’énergies fossiles pourrait atteindre son pic vers 2030 puis plafonner jusqu'en 2050 avant de baisser très lentement.

Ici, la projection de la demande, en pétrole uniquement, pour les années à venir et selon différents scénarios. En bleu, selon les politiques en cours, en jaune, selon les engagements récemment pris par les États et en vert, selon les scénarios nécessaires à respecter l’Accord de Paris. © Agence internationale de l’énergie

Des pistes pour limiter le réchauffement à 1,5 °C

En revanche, si les pays tiennent leurs nouveaux engagements, la consommation d'énergies fossiles pourrait atteindre son pic dès 2025. Et ensuite, décroitre assez rapidement. Une bonne nouvelle. Qui ne l'est malheureusement pas suffisamment. Puisque pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, il faudrait que ce pic soit d'ores et déjà atteint et que la décroissance se fasse brutalement sur les dix années à venir.

Nous devons tous faire plus.

« Nous devons tous faire plus », soulignent les experts de l'AIE. Pour y arriver, ils proposent quelques pistes. D'abord, une « poussée massive » vers une électrification basée sur un doublement de l'éolien et du solaire, mais aussi sur d'autres sources bas carbone comme le nucléaire. De quoi économiser 5 gigatonnes d'équivalent CO2 (GtCO2) d'ici 2030. Ensuite, une « élimination rapide du charbon ». D'ici 2030 dans les pays les plus développés et 2040 dans les autres. Pour économiser 0,8 GtCO2 dès 2030. Le tout accompagné d'efforts considérables sur les infrastructures de flexibilité du réseau (batteries, hydroélectricité, hydrogène, etc.). Pour lui permettre d'atteindre le « zéro émission nette » en 2035-2040 dans les économies en développement.

Autre mesure clé : l'efficacité énergétique et un basculement vers la sobriété. Selon l'AIE, ils aideraient à économiser 2,6 GtCO2 d'ici 2030. Réduire les émissions de méthane (CH4) des activités liées aux combustibles fossiles permettrait d'économiser encore 1,7 GtCO2 dès 2030.

Mais les experts soulignent que si les technologies nécessaires à réduire nos émissions jusqu'en 2030 sont bien disponibles, celles qui nous permettront d'atteindre nos objectifs en 2050 doivent encore être développées. D'où la nécessité absolue d'investir, encore et toujours, dans l'innovation.

---

Découvrez Fil de Science ! Chaque vendredi, dès 18h30, suivez le résumé des actualités scientifiques de la semaine, décryptées pour vous par les journalistes de Futura.

---

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !