Au cours du Pliocène, un tiers de l’Antarctique a fondu, entraînant une élévation du niveau des mers de 20 mètres. © jcrane, Pixabay License

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La fonte des glaces en Antarctique pourrait faire monter le niveau des mers de 20 mètres

ActualitéClassé sous :climatologie , climat , Antarctique

Par le passé, notre Planète a connu des épisodes de réchauffement. Au Pliocène, par exemple. Une étude révèle aujourd'hui que le niveau de la mer est alors monté de quelque 20 mètres au-dessus du niveau actuel. De là à en déduire que c'est ce qui nous attend pour l'avenir... 

Au Pliocène, il y a environ 3 millions d'années, les niveaux de CO2 dans l'atmosphère étaient comparables à ceux d'aujourd'hui. La température sur Terre de 2 à 3 °C supérieure à celle que nous connaissons actuellement. Et grâce à une nouvelle méthode, des chercheurs de la Victoria University (Australie) viennent d'établir que le niveau de la mer avait alors pu monter jusqu'à 25 mètres au-dessus de son niveau actuel.

C'est une analyse des sédiments géologiques marins et plus particulièrement de la taille des particules véhiculées par les vagues qui leur a permis de conclure. Leurs travaux montrent aussi que la plus grande part de la montée du niveau des eaux incombait alors à la fonte de l’Antarctique. La fonte du Groenland n'aurait pas été à l'origine de plus de 5 mètres d'élévation sur les 25 mètres au total.

Si la totalité de la glace de l’Antarctique venait à fondre, le niveau des mers s’élèverait de pas moins de 60 mètres ! © Victoria University

Respecter l’Accord de Paris sur le climat

« Au rythme actuel des émissions de CO2, nous serons peut-être de retour au Pliocène d'ici 2030 », remarque Georgia Grant, chercheur à la Victoria University. Et le tiers de la calotte glaciaire antarctique se trouvant sous le niveau actuel des eaux est particulièrement mis en danger par le réchauffement climatique. Sa fonte menace à elle seule de faire monter les niveaux de la mer de 20 mètres.

« Nos travaux montrent qu'un point de basculement peut être franchi si l'on laisse les températures mondiales monter de plus de 2 °C », poursuit Georgia Grant. De quoi renforcer encore un peu plus l'importance de l'objectif fixé par l'Accord de Paris sur le climat.

Pour en savoir plus

La fonte de l’Antarctique relève le niveau de la mer depuis le Pliocène

La région située à l'est de l'Antarctique est beaucoup plus sensible au changement climatique qu'on ne le pensait jusque-là. Au Pliocène, à elle seule, cette partie de l'inlandsis a tellement fondu qu'elle aurait provoqué une hausse du niveau de la mer de 10 m sur les 20 m totalisés en incluant les fontes de sa partie ouest et du Groenland.

Article de Delphine Bossy paru le 25/07/2013

L'Antarctique est recouvert à plus de 98 % de glace. Cet inlandsis (ou calotte glaciaire) a une épaisseur qui varie de 1,3 km à l'ouest à 2,2 km à l'est. La calotte se prolonge en certains endroits en grandes plateformes de glace, ce sont les icebergs. Enfin, l'Antarctique est entouré d'eau de mer. En hiver, l'océan gèle autour du continent et la glace de mer s'épaissit, formant alors la banquise. © benontherun.com, Flickr, cc by nc sa 2.0

Au Pliocène, c'est-à-dire il y a entre cinq et trois millions d'années, la fonte partielle de l'Antarctique de l'est aurait entraîné à elle seule une hausse du niveau de la mer de 10 m. Au cours de cette période, l'Antarctique de l'ouest et le Groenland fondaient également, si bien qu'au total la fonte des pôles pourrait bien avoir engendré une hausse du niveau de la mer de 20 m.

La température atmosphérique au Pliocène était supérieure de deux ou trois degrés à celle que l'on connaît aujourd'hui. La concentration en dioxyde de carbone dans l'atmosphère était sensiblement proche du taux actuel. Ainsi, cette ère géologique présente un intérêt majeur pour les climatologues, qui essaient d'évaluer la réponse de la planète à ces modifications atmosphériques. « Notre étude souligne que ces conditions ont conduit à une importante perte de glace et à des hausses significatives du niveau global de la mer dans le passé. Les scientifiques prédisent que des températures mondiales similaires pourront être atteintes d'ici la fin de ce siècle, il est donc très important pour nous d'en comprendre les conséquences possibles », commente Tina Van De Flierdt, l'une des chercheuses impliquées dans l'étude.

Les plateformes de glace flottantes (ice shelf en anglais) sont l'extension des glaciers sur l'océan. Leur épaisseur peut dépasser les 400 m. Il ne faut pas les confondre avec les banquises qui elles résultent du gel de l'eau de mer. © Yukon White Light, Flickr, cc by nc nd 2.0

Publiée dans la revue Nature Geoscience, l'étude se base sur l'analyse de la composition d'échantillons de boue issus de forages réalisés au large de l'Antarctique, à plus de trois kilomètres de profondeur. Les éléments chimiques qu'ils contiennent permettent de déterminer d'où elle vient. Ainsi, l'équipe a identifié qu'elle provenait des roches situées actuellement sous l'épaisseur de glace de la calotte. D'après les chercheurs, de telles quantités de boue se sont déposées dans les sédiments marins lorsque la glace s'est retirée de l'inlandsis, érodant les roches.

L’inlandsis est sous l’eau

La calotte antarctique s'est formée il y a 34 millions d'années. Jusqu'alors, on pensait qu'elle s'était stabilisée voilà 14 millions d'années et que la partie est de l'inlandsis était considérée comme plus stable que celles de l'ouest et du Groenland. « Ce résultat est important pour notre compréhension de ce qui peut arriver sur Terre si nous ne nous attaquons pas aux effets du changement climatique », explique Tina Van De Flierdt.

Certaines régions de la calotte reposent sur des roches qui se trouvent en dessous du niveau de la mer. C'est probablement en raison de cette configuration que la couche de glace s'est trouvée mise à mal. Dans ces zones, lorsque l'océan s’est réchauffé, il était en contact permanent avec la glace, la rendant vulnérable.

Cette étude montre que la partie est de la calotte glaciaire est plus sensible qu'envisagé jusqu'à présent. Ce résultat est donc capital dans la compréhension de ce qu'il peut se produire dans le contexte actuel de changement climatique.

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