Un varan des sables (Varanus gouldii), garde l'entrée d'un terrier dans le parc national François Peron, en Australie. © John Sullivan, inaturalist.org
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Découverte de terriers géants abritant des centaines d'animaux

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[EN VIDÉO] Humanité : quelle est notre relation avec la biodiversité ?  La relation de l’humain à son environnement est-elle conflictuelle ? Pour répondre à cette question, Futura vous propose un tour d’horizon de notre situation passée et présente en compagnie de Gilles Bœuf, président du conseil scientifique de l'Agence française de la biodiversité. 

Les terriers des varans sont de véritables écosystèmes où cohabitent grenouilles, lézards, scorpions et mille-pattes, chacun habitant un étage différent, comme dans un immeuble.

C'est un peu comme le film Microcosmos : Le peuple de l'herbe, puissance dix. Au nord de l'Australie, des geckos, lézards, scorpions et autres millipèdes grouillent dans le sable à quelques mètres de profondeur. Une équipe de chercheurs américains et australiens a mis au jour des terriers géants, véritables écosystèmes renfermant dans un même trou des prédateurs et leurs proies, des insectes et des grenouilles, des gros et des petits animaux.

Des terriers en forme de fusilli géants

Au départ de cette découverte, les recherches menées par Sean Doody, écologue à l'université de Floride du Sud, qui traquait le varan panopte (Varanus panoptes) pour savoir où ce dernier pond ses œufs. Malgré son 1,4 mètre de long, ce dernier est menacé par le crapaud buffle (Rhinella marina), une espèce invasive débarquée en Australie en 1935. Le chercheur, accompagné de collègues australiens, découvre alors que les trous dans lesquels le varan pond ses œufs sont en fait d'immenses terriers de forme hélicoïdale qui s'enfoncent dans le sol à plus de 4 mètres de profondeur.

Plus de 418 grenouilles dans un seul trou !

Constitués de plusieurs étages, ces trous accueillent une communauté d'animaux particulièrement riche. « C'est un véritable labyrinthe de terriers frais et plus anciens, abritant des geckos, lézards, serpents, crapauds, mille-pattes, coléoptères, fourmis et même un marsupial», décrit Sean Doody dans son étude parue récemment dans la revue Ecology. « Un de ces terriers abritait même 418 grenouilles ! s'étonne le chercheur. Au total, nous avons trouvé 747 individus de 28 espèces de vertébrés dans seulement 16 trous [...]. La taille des terriers n'a pas été mesurée avec précision mais elle varie de 2 à 120 mètres carrés ».

Le varan pond ses œufs dans un terrier de forme hélicoïdale pouvant atteindre 4 mètres de profondeur. Chaque étage du terrier abrite une communauté d’animaux. © Sean Doddy

Une mini-ville souterraine

Ces abris forment une mini-ville souterraine, que chaque espèce utilise selon ses besoins. Les grenouilles s'en servent pour hiverner et passer la saison sèche. Les petits reptiles y trouvent refuge pour s'abriter de la chaleur dans la journée et se protéger des prédateurs. D'autres espèces de varans y déposent opportunément leurs œufs. Curieusement, aucun mammifère ne semble en revanche y avoir pris ses quartiers, probablement « en raison de l'odeur des reptiles », suggère Sean Doody.

Qui mange qui ?

Mais ce qui étonne le plus, souligne Sophie Cross, une écologue de l'université Curtin de Perth (qui n'a pas participé à l'étude), c'est l'incroyable diversité des espèces découvertes dans ces terriers géants. « Les varans dévorent à peu près tout ce qu'ils peuvent attraper ou creuser dans le sol, explique-t-elle au site Science NewsJe suis surprise que tant d'animaux utilisent ces terriers, étant donné qu'un grand nombre d'entre eux constituent une proie facile pour un varan ». Cette étrange cohabitation est sans doute possible car chaque espèce occupe le terrier à différents moments. Les varans s'en servent uniquement pendant quelques semaines, laissant incuber leurs œufs durant toute la saison sèche.

Sean Doody, lui, est préoccupé par la disparition des varans, victimes des grenouilles toxiques. « Si les varans meurent et que leurs terriers se remplissent, cela met en péril tout l'écosystème de ces terriers », s'inquiète-t-il.

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