Avez-vous déjà compté le nombre de vers de terre qui grouillent sous vos pieds ? Une équipe de 141 scientifiques, eux, s’y sont attelés pour dresser un atlas inédit des espèces et de leur abondance dans le monde. Une compilation de données riche en surprises.

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Les vers de terre sont des organismes essentiels aux écosystèmesécosystèmes terrestres. Ils brassent la matièrematière organique et minérale, aèrent le sol et favorisent le recyclagerecyclage des nutrimentsnutriments (azoteazote, phosphorephosphore, calciumcalcium...) utilisés par la végétation. Ils contribuent également à enfouir le carbonecarbone en profondeur dans les sols, jouant ainsi un rôle de puit de carbone. Ce petit monde souterrain reste pourtant peu connu et les données scientifiques sont éparpillées dans le monde. Une équipe de 141 chercheurs s'est attelée à rassembler les informations disponibles pour dresser une cartographie de la diversité et de la biomassebiomasse des vers de terreterre.

Une base de données monumentale

Les scientifiques, dont les travaux ont été publiés le 25 octobre dans la revue Science, se sont livrés à un véritable travail de fourmifourmi : ils ont récolté des données portant sur 6.928 sites dans 57 pays, recensant l'espèce et le nombre de vers de terre dans le site étudié. « Nous avons obtenu trois fois plus de données que ce que l'on espérait », rapporte Helen Phillips, écologiste des sols au German Center for Integrative Biodiversity Research à Leipzig (Allemagne), qui a participé à l'étude. Il a fallu ensuite compiler cette montagne de données, de formats disparates, en une base compréhensible et exploitable. Car, si les vers de terre sont relativement bien répertoriés en Europe, il n'en n'est pas de même pour les zones tropicales. « À chaque fois qu'on y creuse un trou, on découvre une nouvelle espèce », s'amuse Helen Phillips, sur le site de Science.

La répartition de vers de terre dans le monde. B : nombre d’espèces. C. abondance (nombre de vers par m<sup>2</sup>). D. Biomasse totale (g/m<sup>2</sup>). © Helen Phillips et al., <em>Science</em>, 2019
La répartition de vers de terre dans le monde. B : nombre d’espèces. C. abondance (nombre de vers par m2). D. Biomasse totale (g/m2). © Helen Phillips et al., Science, 2019

Jusqu’à 2 kg de vers de terre par mètre carré

La première découverte, c'est que les vers de terre constituent une biomasse considérable : il s'en trouve en moyenne entre 1 et 150 grammes par mètre carré, et jusqu'à 2 kgkg dans certains endroits, notamment en France, un de pays les mieux dotés. Mais, contrairement à ce qui est observé chez la plupart des espècesespèces aériennes, leur abondance est plus élevée dans les régions tempérées que dans les régions tropicales (150 individus par mètre carré en moyenne contre cinq sous les tropiquestropiques). Les vers des régions tropicales étant cependant très gros, la biomasse est tout aussi élevée. À l'inverse, la diversité est plus importante sous les tropiques (60 espèces par site en moyenne contre une quinzaine seulement dans les régions tempérées).

Les variables ayant le plus grosse influence sur la diversité, l’abondance et la biomasse de vers de terre (couverture végétale, altitude, nature du sol, précipitations, température, rétention d’eau). © Helen Phillips et al., <em>Science</em>, 2019
Les variables ayant le plus grosse influence sur la diversité, l’abondance et la biomasse de vers de terre (couverture végétale, altitude, nature du sol, précipitations, température, rétention d’eau). © Helen Phillips et al., Science, 2019

Le ver de terre, victime du réchauffement climatique

Contrairement à ce que présumaient les scientifiques, ce sont d'abord les variables climatiques (température et humidité) qui influencent le plus fortement l'abondance et la diversité des communautés de vers de terre, et non les propriétés du sol ou le couvert végétal comme supposé jusqu'à présent. La conséquence, c'est que le changement climatiquechangement climatique pourrait avoir une large répercussion sur ces animaux. Or, « la modification des populations de vers de terre aurait des effets en cascade sur tous les autres écosystèmes », s'inquiètent les auteurs.

« La baisse du nombre de vers de terre est bien plus préoccupante que la disparition du rhinocérosrhinocéros blanc, alertait déjà en 2018 Bruno David, président du Muséum national d'histoire naturelleMuséum national d'histoire naturelle de Paris, dans l’Opinion. La diminution rapide de l'abondance des espèces les plus communes prépare le lit à des futures extinctionsextinctions. De ce point de vue, il s'agit bien d'anéantissement biologique ».