Planète

Les vers de terre accusés à tort d'émettre trop de gaz à effet de serre

ActualitéClassé sous :climatologie , lombric , ver de terre

Les vers de terre ont peut-être été accusés à tort. Certains suggèrent qu'ils sont des sources d'émission de gaz à effet de serre, tandis qu'une nouvelle étude met en exergue le contraire. Retour sur un débat toujours ouvert...

Il existe plus de 5.000 espèces de vers de terre. Ces individus dispersent les bactéries et les minéraux dans le sol, et sont primordiaux à la santé des sols. © Michael Linnenbach, Wikipédia, GNU 1.2

sLe lombric rampe dans le sol et ne fait pas de bruit. S'il n'attire pas vraiment le regard, il est pourtant essentiel à la santé des sols, et joue même un rôle sur le cycle du carbone global. Les sols stockent plus de 1.500 milliards de tonnes de carbone par an. Le ver de terre agit comme un décomposeur : il fragmente les détritus du sol, fabrique de l'humus (un moyen de stockage du carbone dans le sol) et participe ainsi à la minéralisation de la matière organique par les bactéries, fournissant ainsi les nutriments nécessaires aux plantes environnantes. Toutefois, ce processus biogéochimique implique l'émission de dioxyde de carbone dans l'atmosphère.

Le réservoir « sol et détritus » émet 50 milliards de tonnes de dioxyde de carbone par an. La question de savoir si l'activité des lombrics amplifie l'émission de CO2 dans l'air devient de plus en plus importante. En effet, à la sortie de l'âge glaciaire, il n'y avait pas de lombrics en Amérique du Nord. Ils ont été introduits par les Européens, et font partie intégrante du paysage américain à présent. Par ailleurs, l'agriculture, notamment celle sans labour, favorise la prolifération de vers de terre. S'ils sont donc des émetteurs de CO2, il convient de limiter leur croissance.

Certaines espèces de vers de terre produisent des turricules comme ici en photo. Ce sont les agrégats de leurs déjections, véritables puits de carbone. © Lamiot, Wikipédia, GNU 1.2

Dans une étude parue en février 2013 dans Nature Climate Change, une équipe menée par la chercheuse Ingrid Lubbers suggérait que les terrains abritant des lombrics sont des émetteurs nets de CO2. La différence entre émission et captage du carbone y est positive : dans ces sols, les vers de terre augmentent de 33 % l'émission de CO2 dans l'atmosphère. D'après une nouvelle étude, publiée dans les Nature Communications, le phénomène serait bien plus complexe. Ces animaux pourraient être faussement accusés.

Un bilan net de carbone nul

L'étude d'Ingrid Lubbers dressait le bilan de plusieurs dizaines de publications scientifiques et parvenait à la conclusion que si les vers stimulaient la séquestration du carbone, ils augmentent le bilan net d'émission de gaz à effet de serre du sol. Or, l'équipe du chercheur Weixin Zhang stipule que la contribution des vers de terre au bilan net du cycle du carbone n'est pas aussi simple. Les études prises en compte par l'équipe d'Ingrid Lubbers n'étaient que des études de court terme. Elles ne considéraient pas le stockage du carbone réalisé en profondeur par les vers.

Zhang et son équipe ont recueilli les données de deux espèces de ver durant 23 jours. Ils ont ensuite ajouté de la matière organique, des feuilles en décomposition, et ont pris des mesures pour encore 31 jours. L'équipe a ainsi calculé la quantité de dioxyde de carbone libérée dans l'atmosphère, et celle stockée dans le sol. Bien que les vers aient libéré beaucoup de carbone dès le début, ils en ont ensuite tellement stocké (en produisant leurs déchets) qu'in fine le bilan carbone était nul.

Le débat est donc toujours ouvert. Aujourd'hui, ce que l'on peut affirmer avec certitude, c'est que le ver de terre joue un rôle essentiel dans la physique des sols, et son utilité comme compost naturel est vérifiée. Pour ce qui est de son bilan carbone... Disons seulement qu'il n'est pas à craindre pour l'avenir, jusqu'à preuve du contraire.

Cela vous intéressera aussi