Des chercheurs sont remontés jusqu’aux origines du cacao en analysant le génome du plus rare cacaoyer du monde. Leur étude pourrait permettre d’améliorer le rendement et donc de produire plus de cacao. © kamonrat, Fotolia

Planète

Chocolat : le cacao est consommé depuis plus de 5.000 ans

ActualitéClassé sous :agriculture , cacao , Chocolat

Une nouvelle étude dévoile les origines du plus rare cacaoyer du monde et nous met l'eau à la bouche. Potentiellement, une amélioration génétique pourrait ouvrir ainsi la voie vers d'autres possibilités comme celle de pouvoir profiter, en abondance, de l'un des plus savoureux chocolats.

D'où vient le chocolat que nous mangeons ? Beaucoup répondront de la Côte d'Ivoire, du Ghana, d'Indonésie ou du Brésil, en citant les principaux producteurs mondiaux. Mais Omar Cornejo, chercheur en génétique des populations à l'université d'État de Washington, et ses collègues ont creusé cette question beaucoup plus loin. Remontant, métaphoriquement, aux racines du cacao, ils ont découvert que la domestication du cacaoyer avait eu lieu durant la préhistoire en Amérique centrale, il y a 3.600 ans.

En analysant le génome de 200 spécimens de la variété criollo cultivés de nos jours, les chercheurs ont retracé l'histoire évolutive de ce cacaoyer, qui produit le cacao le plus rare, le plus savoureux et le plus recherché d'entre tous. Pour preuve, le criollo, considéré comme le « prince des cacaoyers », représente 1 à 5 % de la production mondiale de fèves. C'est aussi le premier à avoir été domestiqué. Les généticiens ont pu mettre le doigt sur une population ancestrale unique dont descend le criollo, qui poussait quelque part entre la Colombie et l'Équateur. Elle était constituée de 437 à 2.674 arbres de la variété curaray, l'un des dix groupes génétiques de cacaoyers.

La domestication controversée du cacao

D'après les résultats de cette analyse, la domestication du criollo s'est produite en Amérique centrale. Les chercheurs supposent qu'il a peut-être été transporté là depuis sa région d'origine en Amérique du Sud par des marchands. Cette découverte « améliore notre compréhension de la migration et de l'installation des humains en Amérique », déclare Omar Cornejo dans un communiqué. Les chercheurs précisent en effet que la date de domestication - estimée entre 2.482 et 13.806 ans, mais certainement plus proche de 3.600 ans -, est cohérente avec les traces de théobromine (un composé amer du cacao) trouvées dans les poteries olmèques (1.800 à 1.600 av. J.-C.) et l'histoire humaine de la région.

Leur analyse a été publiée le 16 octobre dans le journal Communications Biology. Notons cependant que dans une autre étude, parue le 29 octobre dans Nature Ecology & Evolution, des archéologues apportent des preuves d'utilisation de cacao il y a 5.300 ans dans le sud-est de l'Équateur. Des résidus carbonisés dans des poteries contiennent effectivement des traces de fèves de cacao, de théobromine et d'ADN de cacaoyers. Les archéologues estiment que la domestication a donc eu lieu là, en Amérique du Sud, et non en Amérique centrale. En somme, le débat reste encore ouvert.

Le cacao issu des fèves du criollo est considéré comme le plus fin du monde. © Crista Castellanos, Wikimedia Commons, CC by-sa 4.0

Améliorer le rendement du meilleur cacaoyer du monde

Mais ce n'est pas tout. En procédant à une analyse génétique exhaustive des cacaoyers criollo, Omar Comejo et ses collègues ont révélé que le processus de domestication de cet arbre avait favorisé la sélection de certains gènes liés à des traits désirables ; en l'occurrence : l'arôme du cacao, la résistance aux maladies, la production de théobromine (un stimulant doux) et d'anthocyanes, des pigments naturels également antioxydants.

La domestication du cacaoyer a eu un coût.

Mais cette domestication a eu un coût puisque les chercheurs ont constaté que la productivité des cacaoyers avait pâti de cette sélection. En effet, d'après les chercheurs, les populations de criollo ainsi créées par culture sélective ont accumulé des mutations contre-productives, voire délétères, qui ont diminué la bonne santé des sujets, réduisant le nombre de fèves produites par hectare par année. Ils soulignent toutefois qu'il n'y a pas eu de perte de qualité du chocolat fabriqué à partir de ces fèves.

Constatant que les populations de cacaoyers sont en déclin, les chercheurs souhaitent que leur étude puissent aider à identifier les gènes codant pour des traits recherchés, impliqués entre autres dans le rendement. « On aimerait trouver un moyen pour croiser les plantes ayant une grande productivité - comme l'iquitos [un autre grand groupe de variétés de cacaoyers] - avec le criollo, tout en conservant tous les traits désirables qui font du cacao criollo le meilleur au monde », déclare Omar Cornejo dans le communiqué de l'université.

  • En séquençant le génome de 200 cacaoyers criollo, des chercheurs ont identifié que l’évènement de domestication de cet arbre avait eu lieu il y a 3.600 ans en Amérique centrale.
  • Une meilleure connaissance du processus de domestication et de sélection génétique qu’elle entraîne permettra d’améliorer le rendement de ce cacaoyer, jusque-là négligé, tout en conservant sa qualité.
  • Cependant, une autre étude, archéologique cette fois, met en évidence l’utilisation du cacao dès 5.300 ans en Équateur, repoussant d’environ 1.500 ans la domestication de cet arbre et déplaçant géographiquement cet évènement.
Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi