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Facebook : quand le bavardage permet de comprendre notre société

Dossier - Comprendre Facebook
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Comprendre les médias sociaux et leur fonctionnement social et psychologique comme technique, tel est l’enjeu de ce dossier, qui s'appuie essentiellement sur l'exemple de Facebook.

  
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Pour de nombreuses personnes, Facebook est le reflet de la société moderne, et permet d'observer ses évolutions. Le réseau social est un réseau de données sur la vision et la pratique de la vie telles qu'elles sont aujourd'hui. Peut-on adhérer à tout ce qui se fait sur Facebook, sous prétexte que c'est la société ? Facebook, tendance ou tendancieux ?

Facebook, reflet de notre société. © Alessio85, Flickr CC by 2.0

Facebook, microcosme sociétal

Récemment, un professeur d'université britannique faisait état d'une recherche qui n'aurait pas été possible de mesurer sans Facebook : son étude portait sur le phénomène consistant à « se rouler une pelle » entre amis par jeu, pour afficher son amitié et de publier la vidéo ou les photos de ce baiser sur les sites sociaux. Le professeur Eric Anderson, maître de conférences au département de l'Éducation de l'université de Bath veut y voir un signe du déclin de l'homophobie chez les nouvelles générations... Les avocats voient même désormais dans les échanges sur Facebook l'une des principales raisons des divorces et surtout de preuves apportées aux divorces, sans voir qu'en fait Facebook ne fait que mettre en évidence des choses qui se sont déjà délitées par ailleurs. Facebook n'est que le lieu documenté de notre société moderne. Pratique bouc-émissaire ou document ultime - parce qu'écrit et visible - de la vie des gens.

Il faut raison garder, nous rappelle le sociologue Dominique Cardon. « Sur Facebook, on peut toujours trouver quelque chose pour confirmer qu'on a raison. » Le risque est de passer de la sociologie à la « tendançologie », de faire des sites sociaux les boucs-émissaires de nos relations tourmentées et difficiles, parce que les incidents y prennent une inscription qui leur donne une importance qu'ils n'avaient pas nécessairement. Reste que les réseaux sociaux constituent un corpus d'archives (en temps réel) assez passionnant pour comprendre les mentalités et les pratiques, explique le chercheur. Les sites sociaux permettent d'observer beaucoup de choses, pour autant qu'on se donne les outils et méthodes nécessaires. « Est-ce qu'internet à travers les blogs de cuisine peut nous donner une idée des transformations des pratiques culinaires de français ? »

Facebook n'a rien de révolutionnaire pour les sciences sociales

Pour autant, relativise le chercheur, si on trouve plein d'exemples de ce qu'Internet apporte aux sciences sociales, rien de ce qu'y s'y trouve n'est inconnu des sciences sociales. Il n'y a pas de révolution par les données. L'utilisation des bases de données confirme des intuitions, des analyses, permet d'affiner les chiffres, mais ne révolutionne pas la connaissance. « C'est le cœur des sciences sociales : elles sont tout le temps décevantes ! »

Certes, avant on connaissait la vie privée par les documents archivés par la police et les tribunaux, aujourd'hui, le corps de l'information n'est plus dans les archives administratives, mais dans les témoignages directs des gens.

« On peut chercher à anoblir les bavardages sur Facebook pour qu'ils deviennent objets de sciences. Ils sont certes une matière riche pour la compréhension des fonctionnements et des transformations sociales. Mais il ne faut pas pour autant que cela leur enlève leur sens premier : celui d'être essentiel aux échanges sociaux ». Qu'importe alors si nos échanges sur Facebook ne sont pas l'expression la plus haute de la pensée humaine, ce n'est certainement pas leur but...