Canal du Midi, platanes plantés sous le Premier Empire (1804-1815). Wikimedia Commons, domaine public.

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Quelle est l'histoire du canal du Midi ?

Question/RéponseClassé sous :histoire , Canal du Midi , Pierre Paul Riquet

Depuis l'Antiquité, plusieurs projets de réalisation d'un canal reliant l'océan Atlantique à la mer Méditerranée ont été imaginés. La conception d'un tel ouvrage constitue un véritable enjeu économique et politique, car il évite aux navires et marchandises de contourner la péninsule Ibérique. Ouvrage d'art exceptionnel, considéré par ses contemporains comme le plus grand chantier du XVIIe siècle, le canal du Midi (d'abord baptisé canal royal du Languedoc) révolutionne le transport fluvial et la circulation dans le sud de la France d'Ancien Régime.

Les projets de canal pour relier Atlantique et Méditerranée ont été nombreux et le plus souvent utopiques : Auguste, Néron, Charlemagne, François Ier, Charles IX, Henri IV ont tous été motivés par sa construction. Les plans de canal présentés au roi de France au XVIe siècle, sont abandonnés car ils sous-estiment la question de l'alimentation en eau et proposent un système de dérivation des rivières des Pyrénées (notamment l'Ariège) impossible à mettre en œuvre.

Le projet de canal de Pierre Paul Riquet

Le canal du Midi s'étend sur 241 kilomètres entre Toulouse et l'étang de Thau, près de Sète : c'est un canal à bief de partage (il doit franchir une hauteur entre deux vallées), avec un versant long de 57 km du côté Atlantique et l'autre versant de 189 km, vers la Méditerranée ; le bief de partage du seuil de Naurouze constitue la section la plus élevée. Cette nouvelle voie d'eau voulue et réalisée par l'entrepreneur Pierre-Paul Riquet, est le second canal français (à bief de partage) après celui de Briare qui relie la Loire et la Seine, à la demande d'Henri IV. Riquet propose à Louis XIV un « grand dessin visionnaire » : les moyens techniques mis en œuvre pour le creusement du canal et la construction des ouvrages d'art qui lui sont associés, sont exceptionnels pour l'époque. Les travaux débutent en janvier 1667, le canal est inauguré le 15 mai 1681 et finalement ouvert au trafic en juillet 1684, sur la totalité de son parcours.

Carte "Le canal royal de Languedoc pour la jonction des deux mers, Océan et Méditerranée", par Nicolas de Fer en 1716. Château de Versailles. © RMN - Grand Palais / Gérard Blot.

Fermier général du Languedoc, chargé de la perception de la gabelle, Pierre Paul Riquet n'a aucune formation technique mais il pratique l'expérimentation et l'observation du terrain. Dès 1660, il trouve la solution du principal problème : l'arrivée d'eau au point de partage pour alimenter les deux versants du canal. Grâce à sa connaissance de l'hydrographie de la Montagne Noire, Riquet imagine un ingénieux système d'irrigation : il espère récupérer les eaux de la montagne dans des barrages réservoirs, puis les acheminer vers le seuil de Naurouze grâce à des rigoles.

Portrait de Pierre Paul Riquet (1604-1680), auteur anonyme, vers 1651. Château de Versailles. © RMN - Grand Palais / Gérard Blot.

Sa technique reste assez empirique car tributaire de concepts pas toujours maîtrisés. Pour mener à bien son projet, il sait s'entourer de collaborateurs compétents : François Andréossy, ingénieur, dessinateur et cartographe du canal est à l'origine des écluses ; Pierre Campmas, fontainier de Revel qui a une grande connaissance des eaux de la Montagne Noire, va donner à Pierre Paul Riquet les clés de l'alimentation en eau du canal. Vauban, ingénieur, spécialiste de poliorcétique, très intéressé par la construction des canaux, va améliorer l'ouvrage du canal après l'avoir découvert en 1686.

Canal du Midi, écluses de Fonserannes, Béziers, (écluse octuple permettant le passage d'un dénivelé de 21,4 m sur 304 m de long). © canal-du-midi.org.

Des moyens financiers et humains très importants

Colbert et Louis XIV sont séduits par l'intérêt politique, économique et militaire du canal et décident de financer les études de faisabilité du projet dont le coût s'élève à 3,6 millions de livres. Convaincu, Louis XIV ordonne la construction du canal du Midi (canal royal du Languedoc) en 1666. Dans un premier temps, Pierre Paul Riquet va engager sa fortune personnelle puis un financement est trouvé à hauteur de 40% pris en charge par l'Etat, 40% par les Etats provinciaux du Languedoc et 20% par Riquet qui demande en contrepartie, la propriété et les droits d'exploitation du canal. Dans un contexte d'affirmation de l'absolutisme royal, le canal du Midi se situe dans le cadre de la réorganisation économique voulue par Colbert. Le lien entre Atlantique et Méditerranée, sans contourner la péninsule ibérique, affaiblit la puissance économique du royaume d'Espagne et génère de formidables profits que Louis XIV et Colbert devinent dès la conception du projet.

Canal du Midi, écluse ronde d'Agde (n° 61 sur 63), dessinée sur la carte de Nicolas de Fer ci-dessus ; cliché J.L. Zimmermann. © Wikimedia Commons, domaine public.

Durant quatorze années, 12.000 ouvriers travaillent à la réalisation du canal : les hommes et femmes employés sur le chantier (ouvriers et paysans locaux) sont répartis en sections, comprenant des ateliers administrés par un contrôleur général. La construction du canal est un travail excessivement pénible et épuisant : il est manuel, à la pelle et à la pioche ; la terre est transportée dans des paniers, la poudre est utilisée pour faire exploser la roche. Le colossal chantier du canal requiert de nombreux corps de métiers : maçons, tailleurs de pierre, forgerons, maréchaux-ferrant... 

Canal du Midi, pont-canal du Répudre à Ventenac-en-Minervois, construit entre 1676 et 1680 ; cliché Arno Lagrange. © Wikimedia Commons, domaine public.

Dès sa mise en service, le canal est utilisé pour le commerce, le transport des voyageurs et le courrier. Des bateaux tirés par des chevaux sur les chemins de halage, permettent aux passagers de voyager pour une somme modique, dans des délais relativement courts et en toute sécurité. Le canal relance le commerce du blé et du vin en Languedoc ; il permet aussi la circulation de marchandises provenant d'autres régions du royaume. Le tarif du transport varie selon le type de marchandises (blé, vin, bois, charbon...).

Canal du Midi, tunnel du Malpas, par Raynal en 1836. © Photo repro DDM.

Même si le canal du Midi impulse une véritable dynamique économique au Languedoc, il ne va pas devenir la voie fluviale internationale imaginée par Riquet, Colbert et Louis XIV. Il est magnifié par l’Encyclopédie de Diderot et d'Alembert en 1765, qui le compare aux constructions romaines. Pendant tout le XVIIIe siècle, il demeure le seul canal européen de cette taille. L'américain Thomas Jefferson, ambassadeur en France et futur président des Etats-Unis, vient étudier le canal du Midi en 1789 : il envisage la réalisation d'un ouvrage similaire pour relier le fleuve Hudson au lac Erié. Au XIXe siècle (entre 1838 et 1856), il est prolongé jusqu'à l'Atlantique par le canal latéral à la Garonne, sur 193 kilomètres. L'ensemble de ces deux canaux ainsi que de leurs embranchements, s'appelle le canal des Deux Mers. Le canal du Midi comporte des ouvrages remarquables qui lui confèrent un intérêt patrimonial exceptionnel ; pour cette raison, il est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1996.

Carte : canal du Midi + canal de Garonne = canal des Deux Mers ; auteur Pinpin, 2007. © Wikimedia Commons, domaine public.

Chiffres clés

  • 15 novembre 1662 : Riquet écrit à Colbert pour lui proposer son projet de canal royal du Languedoc
  • 1662 : début des travaux de bornage sur le tracé du canal
  • octobre 1666 : édit de création du canal signé par le roi Louis XIV
  • 1er octobre 1680 : mort de Pierre-Paul Riquet
  • 15 mai 1681 : inauguration du canal
  • 1789 : le canal royal du Languedoc rebaptisé par les révolutionnaires, devient le canal du Midi
  • 14 ans de travaux (1666 - 1680)  effectués par 12.000 ouvriers (et ouvrières)
  • 241 km de longueur, 2 m de profondeur, 16 à 20 m de largeur (au miroir), 10 m de large au fond du canal (au plafond)
  • 328 ouvrages d'art (63 écluses, 130 ponts, 55 aqueducs, 7 ponts-canaux, 6 barrages...)
  • 45.000 arbres plantés le long des berges
  • 7 décembre 1996 : inscription au patrimoine mondial de l'Unesco
"Carte du canal de Languedoc depuis Toulouse jusqu'à l'étang de Marceillette", par Jacques Nicolas Bellin en 1764. Bibliothèque nationale de France, département cartes et plans. © gallica.bnf.fr / BnF.
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