Sciences

François Ier

12 septembre 1494 - 31 mars 1547

Roi de France

Classé sous :Homme , Époque moderne , rois de France

Biographie

Faits marquants

C'est le monarque emblématique de la Renaissance française ; bâtisseur de châteaux, protecteur des arts et des lettres, créateur d'une administration centralisée qui utilise le français comme langue officielle, François Ier est également un roi de guerre, en perpétuel conflit avec l'empereur germanique Charles Quint. Il est le premier souverain d'Occident à coopérer avec le sultan ottoman Soliman le Magnifique et à obtenir des privilèges de commerce avec la Turquie. Son règne est marqué par la diffusion des idées de la Réforme, notamment le calvinisme. François Ier s'intéresse aux voyages d'exploration : il envoie plusieurs navigateurs à la recherche d'une route maritime nord-atlantique vers l'Asie ; la quête d'un passage au nord de l'Amérique débouche sur la découverte du Canada.

Biographie

Né en 1494 à Cognac, sacré roi à Reims en janvier 1515, décédé en 1547 à Rambouillet, il appartient à la branche Valois-Angoulême dans la lignée des Capétiens. Il impressionne ses contemporains par ses qualités physiques exceptionnelles qui donnent une image de perfection du monarque et de l'État, à une période charnière où l'on associe encore corps du roi et « corps » de l'État : il représente l'idéal masculin de la Renaissance qui redécouvre l'Antiquité (mesurant presque deux mètres, François Ier est comparé à Hercule).

Qualifié de « fils aîné de l'Église » par le pape Léon X, le roi « Très Chrétien » signe en 1516 le concordat de Bologne qui fixe le statut de l'Église de France jusqu'en 1790 : le souverain français s'impose comme chef temporel de l'Église en nommant évêques et abbés, contrôlant ainsi l'ingérence de la papauté.

François Ier en 1515, peint par Jean Clouet. Musée Condé du château de Chantilly. © Wikimedia Commons, domaine public

La Cour et l’itinérance royale

Le développement de la Cour est l'une des caractéristiques du règne de François Ier : vitrine de la toute-puissance royale, c'est à la Cour que travaillent conseillers, secrétaires et notaires royaux ; c'est également le lieu où le souverain accorde charges et faveurs à la haute noblesse dans le but de mieux la contrôler. François Ier est un roi nomade : ses trente-deux années de règne sont marquées par des changements de résidence incessants. Les voyages sont un instrument de gouvernement car ils permettent au monarque d'établir un lien direct avec ses sujets et son territoire. La Cour est devenue itinérante, elle suit le roi dans ses déplacements : en temps de paix (la noblesse n'est pas sur les champs de bataille), ce sont environ quinze mille personnes qui gravitent autour de la famille royale. François Ier va faire construire ou restaurer de nombreux châteaux, le long de la Loire et en Île de France.

Le roi bâtisseur

Il poursuit le travail de ses prédécesseurs au château d'Amboise et surtout au château de Blois : il fait ajouter une nouvelle aile qui abrite le célèbre escalier côté cour et une double rangée de loges côté ville ; les innovations architecturales de Blois seront imitées dans tout le royaume, en particulier au château de Pau. Dès septembre 1519, débute la construction du château de Chambord : Léonard de Vinci a vraisemblablement participé à l'élaboration du projet, avec le plan en croix du donjon et l'escalier à double vis enroulé autour d'un puits de lumière. En 1528, François Ier fait abattre le donjon de la forteresse du Louvre, avec le projet de reconstruction d'un palais dans le style Renaissance. Les travaux démarrent un an avant sa mort et seront poursuivis par Henri II puis Catherine de Médicis. À partir de 1533 est édifié un nouvel hôtel de ville pour Paris et en 1539 débute la restauration du château de Saint-Germain-en-Laye. Sept châteaux sont bâtis ou remaniés en moins de quinze ans. Le grand projet de François Ier reste certainement la restructuration complète du château de Fontainebleau qui deviendra son lieu de résidence favori.

Château de Blois, escalier monumental de François Ier. © Wikimedia Commons, domaine public

Le roi et les arts

Il contribue à la diffusion de la Renaissance italienne en France : de nombreux artistes italiens sont au service du souverain, dont Benvenuto Cellini et Léonard de Vinci qui demeure au Clos Lucé près d'Amboise, de 1516 à 1519. Les peintres Rosso Fiorentino et Le Primatice ont travaillé dans le château de Fontainebleau : la Galerie François Ier est conçue comme un vaste ensemble destiné à glorifier la monarchie française. Elle fait de Fontainebleau un centre artistique majeur, réalisant la grande ambition du roi qui s'y fait représenter en « vainqueur de l'Ignorance ». C'est sous le règne de François Ier que la collection d'œuvres d'art des rois de France, aujourd'hui au Louvre, se constitue réellement (Michel-Ange, Titien, Raphaël, Vinci font partie des œuvres réunies par le souverain).

Le protecteur des Lettres

En 1518, François Ier décide de la création d'un grand « cabinet de livres » installé au château de Blois. Il favorise le développement de l'imprimerie en fondant l'Imprimerie royale et la charge d'imprimeur du roi (pour le français) : grâce au graveur Claude Garamond, l'imprimerie royale innove dans une écriture à caractères romains plus lisibles. En 1536, le roi décrète que tout livre imprimé en France doit avoir un exemplaire déposé à la Bibliothèque Royale dont l'intendant Guillaume Budé a pour mission d'enrichir la collection. Budé est l'initiateur du corps des Lecteurs royaux, abrité dans le Collège « des trois langues » (français, latin, grec), futur Collège de France. François Ier subventionne des poètes tels Clément Marot ; sa sœur Marguerite de Navarre protège de nombreux écrivains comme Rabelais. Elle est l'auteur de l'Heptaméron, recueil de contes inachevés publiés après sa mort.

En marche vers un État centralisé

En 1539, François Ier signe l'ordonnance de Villers-Cotterêts qui fait du français, la langue officielle exclusive de l'administration et du droit, en lieu et place du latin. L'ordonnance impose aux prêtres du royaume d'enregistrer les naissances en tenant à jour un registre des baptêmes. C'est la création officielle de l'État Civil en France et les premiers enregistrements de filiation que l'on puisse dater à l'échelle européenne.

Ordonnance de Villers-Cotterêts, 1539, première page (enregistrement des baptêmes et langue française pour tous les actes administratifs). © Wikimedia Commons, domaine public

Le roi engage des réformes financières déterminantes : les besoins monétaires croissants (guerres d'Italie) et la taille devenue un impôt permanent incitent François Ier à centraliser les institutions fiscales. Le Trésor de l'Épargne reçoit tous les revenus du domaine royal : des offices de receveurs, contrôleurs, comptables sont créés en 1524, pour gérer la « recette des finances extraordinaires ». Seize recettes générales sont créées en 1542 sur l'ensemble du royaume (elles sont trente-deux en 1789) ; elles sont dirigées par le Conseil du roi et contrôlées par la chambre des Comptes. Le problème récurrent de la monarchie française jusqu'au XVIIIe siècle est son incapacité à anticiper les dépenses car la notion de budget n'existe pas. François Ier va approuver et encourager la vénalité des offices : depuis Louis XI, la monarchie a créé et vendu les charges d'officiers pour répondre à des besoins administratifs croissants. L'office est une délégation du pouvoir royal à une personne privée et la vente de cette délégation à des milliers d'officiers va permettre de construire un puissant appareil d'État centralisé. Les droits perçus sur les ventes et mutations d'offices représentent un revenu considérable pour la monarchie. La bourgeoisie est très intéressée par l'acquisition de charges d'officiers car elles permettent, entre autres privilèges judiciaires et fiscaux, d'accéder à la noblesse de robe. On peut souligner l'apport déterminant de François Ier dans la structuration d'une administration royale dont les officiers sont en quelque sorte les ancêtres des fonctionnaires actuels.

Le roi sur la route des Indes

En 1524, François Ier mandate le navigateur florentin Giovanni Verrazano pour trouver un passage maritime nord-américain en longeant la côte, de la Floride jusqu'à Terre-Neuve ; les terres abordées prennent le nom de Nova Gallia. Désormais tout voyage d'exploration vers l'Amérique va être destiné à rechercher une voie fluviale ou terrestre permettant de traverser ce continent. Commandité par le roi, le navigateur malouin Jacques Cartier explore l'embouchure du Saint-Laurent en août 1535, pensant emprunter un nouveau passage vers la Chine. Des Indiens iroquois lui ont affirmé qu'au-delà du fleuve s'étendait un espace terrestre aux limites indéterminées, nommé Canada. Un fort est établi sur le site de Stadaconé (futur Québec) puis Cartier atteint le site de Hochelaga (futur Montréal) en octobre 1535. Le choix d'une base coloniale française doit tenir compte des possessions espagnoles et portugaises existantes en Amérique : la France est surveillée par les deux couronnes car François Ier ne veut pas se conformer à la bulle du pape de 1493, qui reconnaît le partage des terres découvertes entre Espagnols et Portugais. En 1533, le pape Clément VII précise que la bulle ne concerne que les terres déjà découvertes et non celles qui pourraient l'être ensuite par d'autres couronnes. Autant dire que l'expédition de 1541, organisée par le corsaire protestant La Roque de Roberval pour le roi de France, va intéresser l'empereur Charles Quint, le roi du Portugal Jean III et Henry VIII d'Angleterre. Roberval (accompagné par Cartier) est chargé par François Ier de construire « villes et forts, églises et temples en Nouvelle-France ». Ce n'est pas un simple voyage d'exploration mais bien le point de départ d'une entreprise coloniale commanditée par un souverain. La tentative de colonisation se heurte à l'hostilité de la population de Québec : Cartier choisit alors le site de Cap-Rouge (Terre-Neuve) pour tenter d'installer cinq cents colons. Roberval arrive à Terre-Neuve en juin 1542 et s'installe au fort construit par Cartier mais les rigueurs de l'hiver et l'hostilité des Indiens contraignent Roberval à abandonner Cap-Rouge en août 1543. Le site présentait plusieurs avantages : l'existence apparente de métaux précieux identifiés par Cartier, la fertilité des sols, la richesse en gibier et le potentiel de pêche, garanties de viabilité d'une colonie. Cependant les voyages vers le Canada (ou Nouvelle-France) sont abandonnés après 1543 car la guerre reprend entre François Ier et Charles Quint.

Un règne de conflits

Après sa victoire à Marignan en 1515, François va faire face à Charles qui règne (depuis 1516) sur les Pays-Bas, l'Autriche, l'Espagne et son empire colonial. En 1519, Charles et François sont candidats à la couronne impériale germanique : ce titre honorifique donne un pouvoir diplomatique très important à son détenteur. Charles est élu et devient Charles Quint, après avoir acheté le vote des sept princes électeurs allemands avec des lettres de change. François Ier doit également composer avec le roi Henry VIII d'Angleterre, allié de l'un ou l'autre camp au gré de ses intérêts diplomatiques. L'antagonisme permanent des deux souverains catholiques va faciliter la diffusion de la Réforme dans l'empire germanique et en France. Il permet aussi une extension territoriale de l'empire ottoman jusqu'au royaume de Hongrie. Pour affaiblir Charles Quint, François Ier conclut en 1536, une alliance politique et commerciale avec Soliman le Magnifique et scandalise ainsi l'ensemble de la Chrétienté. Le dernier conflit entre les deux souverains européens s'achève par une paix signée en 1544 ; François Ier meurt le 31 mars 1547, son fils Henri II lui succède.

Pistes de lecture

  • Jack Lang : François Ier. Paris, Perrin Tempus, 2009.
  • Gonzague Saint Bris : François Ier et la Renaissance. Paris, Poche, 2010.
  • Franck Ferrand : François Ier roi des chimères. Paris, Flammarion, 2014.
  • Didier Le Fur : François Ier. Paris, Perrin, 2015.