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La mort d’Ötzi : un crime au Néolithique ?

Dossier - Le mystère d'Ötzi, l'Homme des glaces
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L'histoire d'Ötzi, l'Homme des glaces, se lit comme une enquête policière. La découverte de cette momie dans les Alpes italiennes en 1991 est devenue pour les scientifiques une véritable énigme passionnante. Venez percer le mystère d'Ötzi grâce à notre dossier.

  
DossiersLe mystère d'Ötzi, l'Homme des glaces
 

L'Homme des glaces a été retrouvé à plus de 3.000 mètres d'altitude. Il semblait donc logique de penser qu'il avait succombé au froid en tentant de franchir la passe de Tisenjoch au sud Tyrol, une zone reculée qu'il ne devait, à l'évidence, pas fréquenter régulièrement. Aurait-il alors été pris dans une tempête de froid ? Les preuves récoltées par les scientifiques sur le corps d'Ötzi ont pourtant apporté un éclairage bien différent quant aux conditions de sa mort...

Les globules rouges sont les cellules du sang chargées de transporter l'oxygène des poumons jusqu'aux tissus, et de récupérer le dioxyde de carbone pour qu'il soit excrété par l'organisme par expiration, les deux molécules ayant de l'affinité pour l'hémoglobine. Ötzi, l'Homme de glace, ne souffrait apparemment d'aucune maladie du sang, et serait mort très vite après sa blessure à l'épaule. © Spectral-Design Fotolia

Lors de la réalisation des clichés radiographiques en 2001 par les professeurs P. Gostner et E. Ergater Viggl, un élément étonnant leur sauta aux yeux. Coincé près du poumon gauche, un petit objet radio-opaque semblait être planté dans les chairs. Cet objet ressemblait beaucoup à une pointe de flèche, identique à celles qu'Ötzi transportait avec son arc. En regardant de plus près le corps, les médecins repèrèrent en effet une lésion au niveau de l'épaule qui, de toute évidence, constitue le point d'entrée de la flèche, ayant pénétré par le dos.

Localisation de la pointe de flèche en radiographie standard. © Gostner P. et alii, New radiological insights into the life and death of the Tyrolean Iceman, Journal of Archaeological Science, 2011.

L'Homme des glaces serait mort d'une flèche dans le dos

Ötzi devient alors la victime probable d'un crime : on lui aurait décoché une flèche dans le dos. Les clichés réalisés à l'aide du scanner multicoupe à partir de 2007 allaient permettre de préciser davantage la nature de sa blessure. La reconstitution en trois dimensions a pu mettre en évidence une lacération importante de l'artère subclavière gauche due à la pointe de flèche, un vaisseau irriguant la partie postérieure de l'encéphale, la moelle spinale ainsi que le membre supérieur. Une telle déchirure est, encore de nos jours, fatale dans la grande majorité des cas en l'absence d'une chirurgie réparatrice rapide. Ce qui était bien sûr impossible à l'époque d'Ötzi.

Face à une blessure de cette envergure, notre pauvre Ötzi n'avait aucune chance de survivre au-delà d'une dizaine de minutes, l'hémorragie entraînant un choc hémodynamique fatal : le cœur s'emballe face à la chute brutale de la pression sanguine, la perfusion diminue, le coma s'installe rapidement puis la mort, soit par arrêt cardiaque, soit par exsanguination.

Autre élément plaidant en ce sens : la découverte de globules rouges par spectroscopie Raman (vieux de 5.300 ans !) au niveau de la blessure, et présentant de la fibrine, une protéine ayant un rôle lors de la cascade de coagulation. Lors d'une hémorragie, le fibrinogène (facteur 1 de la coagulation), sous l'action de la thrombine (facteur 2), entraîne la fabrication de la fibrine servant à la formation des caillotsHibernatus a donc bien souffert d'une hémorragie importante et, à l'évidence, mortelle. Cette découverte étonnante entraîne un flot de questions, dignes d'une enquête policière : qui a commis le crime ? Et pour quelle raison ?

Des traces de sang sur la scène du crime

Sur le couteau qui accompagnait Ötzi, des traces de sang ont été mises en évidence. Se serait-il battu contre son opposant ? Plus étonnant encore, certaines pointes des flèches de son attirail présentaient également des traces de sang, attribuées à deux autres individus, et sur son manteau, à un quatrième !

L'assassinat d'Ötzi glisse alors dans le sordide : le schéma d'une attaque de plusieurs individus semble prendre corps. Il aurait donc tenté de prendre la fuite pour échapper à ses agresseurs. Un scénario simple mais qui ne collerait pourtant pas avec certaines preuves découvertes, comme la présence dans son tractus digestif d'éléments d'un repas assez copieux composé essentiellement de viande de chèvre sauvage (Capra ibex) et de blé. En outre, les atteintes articulaires de ce brave vieil homme lui aurait-il permis de grimper à cette altitude, tout en se sachant poursuivi ?

Ces cellules, vues par microscopie à force atomique, ont la forme caractéristique des globules rouges. Sur les trois cellules que les scientifiques ont pu observer, l'une d'elles venait de la cicatrice au poignet, les deux autres ont été récupérées dans la blessure par flèche. © A. Zink et al., Interface

Autre élément qui va compliquer l'affaire, une blessure importante qu'aurait subi Ötzi au niveau de la tête (étude de 2013), avec des traces de protéines relatives à la coagulation sanguine et des globules rouges agglomérés sous la forme de caillots. Ce traumatisme cérébral à lui seul aurait pu également être fatal à l'Homme des glaces...

En d'autres termes, la chronologie des blessures reçues par Hibernatus reste encore à préciser, tout comme le mobile du meurtre. Le fait qu'il possède une hache de cuivre laisserait penser qu'il était un chef, ou en tout état de cause un membre important de sa communauté. Serait-ce là le mobile ? Aurait-on cherché à l'évincer ?

Toutes les hypothèses sont ici envisageables... jusqu'à ce que de nouvelles études viennent éclairer encore davantage la vie et la mort de cet étonnant Homme des glaces.