Des corps mutilés, brisés, transpercés : c'est la macabre découverte des équipes de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) qui ont fouillé durant plusieurs semaines une série de silos datant du Néolithique moyen, plus de 4.000 avant notre ère. © Philipe Lefranc, Inrap

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Un massacre du Néolithique découvert par des archéologues en Alsace

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Scène de guerre à Achenheim, en Alsace : des archéologues de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) ont exploré des silos datant de 6.000 ans, où des Hommes ont entreposé des denrées alimentaires. L'un d'entre eux contenait des restes humains, abandonnés sans ménagement et témoignant d'un véritable massacre. La découverte montre la violence qui régnait en Europe au Néolithique moyen.

Plus de 300 silos, dont la plupart abritaient céréales ou autres denrées, ont été découverts par les archéologues de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) lors de cette fouille prescrite par l'État (Drac Alsace Champagne-Ardenne Lorraine), à Achenheim (Bas-Rhin). Ils se trouvent à l'intérieur d'une vaste enceinte, matérialisée par un puissant fossé en V, dont les entrées sont protégées par des sortes de bastions. Ce dispositif défensif évoque des temps troublés, une période d'insécurité qui, au Néolithique moyen, entre 4400 et 4200 avant notre ère, force les populations à se protéger.

La structure 124 est un vaste silo de près de 2,5 m de diamètre. Six individus y gisent, sur le dos, le ventre ou le côté, parfois entremêlés. Leurs positions laissent supposer qu'ils ont été abandonnés dans la fosse, sans autre ménagement... Ce macabre dépôt se compose de cinq adultes et d'un adolescent, tous des hommes. Les squelettes sont complets, même si certains ossements sont isolés.

Dans le bassin de cet homme adulte, se trouve encore la pointe d'une flèche qui l'a peut-être transpercé. © Philippe Lefranc, Inrap

Une violence collective contre les vivants et les morts

Tous présentent de nombreuses fractures aux jambes, mains, pieds, côtes, clavicules, crâne et mandibule. Trois membres supérieurs gauches d'adultes, exhumés l'un à côté de l'autre, et un bras d'immature (avec avant-bras et main), coupé à mi-humérus, attestent la présence de quatre autres individus. Cette violence collective porte sur les vivants, mais s'acharne aussi sur les morts. Ce dépôt de cadavres est constitué en un temps, et évoque une même tuerie, un même conflit.

La Préhistoire n'a sans doute jamais été un âge tendre. Toutefois, les premiers conflits ou violences de masse émergent entre 12.000 et 10.000 ans, dans des sociétés prénéolithiques. Les archéologues en ont retrouvé les traces au Djebel Sahaba (au Soudan) et à Nataruk (au Kenya). Depuis quelques années, les recherches sur la violence dans les premières sociétés agropastorales néolithiques se sont accélérées en Europe.

Les squelettes de la fosse présentaient tous de nombreuses fractures. © Michel Christen, Inrap

Une fureur guerrière à Achenheim et Bergheim

Vers 5000 avant notre ère, l'extermination de toute une communauté à Talheim (Bade-Wurtemberg, en Allemagne) en est un saisissant exemple, d'autant que les agresseurs appartiennent à la même entité culturelle que leurs victimes. Les tueries d'Asparn-Schletz, en Autriche, et de Herxhiem, dans le Palatinat, renforcent alors l'hypothèse d'une vaste crise à la fin de la culture dite « de la céramique rubanée ».

En France, la découverte de Bergheim, au nord de Strasbourg, en 2012, est l'illustration de ces carnages néolithiques. Dans une fosse, gisaient huit individus, décédés simultanément. Sous eux, au fond de la fosse, reposaient sept membres supérieurs gauches amputés au niveau du bras. Achenheim et Bergheim sont contemporains. Pourquoi ces mises à mort, cet acharnement sur des cadavres et ces mutilations, si ce n'est l'expression d'une fureur guerrière ritualisée ?

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