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Le Néolithique ne manque pas de sel

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La plus ancienne exploitation de sel connue à ce jour en Europe a été découverte et datée par des chercheurs du Laboratoire de chrono-écologie(1) et du musée roumain d'histoire et d'archéologie de Piatra Neamt, sur le site moldave de Poiana Slatinei .(2) « Une première, explique Olivier Weller, archéologue spécialiste du sel, car on ne pensait pas que le sel était exploité dès le Néolithique ancien. » Cette découverte, les chercheurs la doivent à un impressionnant monticule de charbons de près de trois mètres de haut, témoin de cette activité du passé. Ils y ont prélevé neuf échantillons pour leurs datations au carbone 14, qui attestent d'une exploitation continue dans le temps : entre 6050 et 5500 avant J.-C.3. (3)

Sénégal : Récolte du sel dans les marais salants de Fatik. IRD - Barrière, Olivier

Olivier Weller de tourner en dérision la difficulté majeure du terrain : « Le sel, notre objet de recherche, est dissous ! Nous pratiquons une archéologie de l'invisible. »Pour mieux comprendre la présence de ces charbons, il faut oublier marais salants et mines de sel et visualiser la source d'eau salée d'alors qui, soumise à évaporation par le feu, permettait cette production. Mais habituellement, subsistent des bris de moules en terre cuite, qui servaient à cristalliser et à mouler le sel en pains. Ici, aucun. « On sait aujourd'hui par nos observations ethnographiques, poursuit le chercheur, qu'il existe en Nouvelle-Guinée des techniques de fabrication du sel à partir de sources salées sans récipients ni fourneaux. »

Les scientifiques ne sont pas au bout de leurs surprises, car ils ont découvert en 2005 un autre site d'exploitation à quelques kilomètres du premier. La production ne semble pas seulement répondre à des besoins nutritionnels. Elle aurait pu aussi servir à échanger ou stocker des richesses, réguler les tensions sociales dans ce contexte de colonisation néolithique... Pour étayer ces nouvelles hypothèses, d'autres analyses - chimiques, palynologiques... - serviront à préciser les savoir-faire et l'ampleur de l'organisation socio-économique qui se cache derrière ces monticules. Dans tous les cas, l'exploitation de sel semble avoir été particulièrement dynamique au Néolithique, une géopolitique du sel qui nous échappe encore !

Magali Sarazin

1 . Laboratoire CNRS / Université de Besançon.
2. Travaux financés par le programme interdisciplinaire sur l'eau du département des Sciences de l'homme et de la société du CNRS et par une mission archéologique du ministère des Affaires étrangères.
3. Étude publiée dans Antiquity : Consulter le site web

Contact :

Olivier Weller
Laboratoire de chrono-écologie, Besançon
oweller@univ-fcomte.fr

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