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Le Néolithique

Dossier - Sahara néolithique
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L'Australopithèque savait beaucoup de choses, l'Homme a su qu'il savait, et cet homme moderne, en pleine phase de conquête, a eu, en plus de ses prédécesseurs, envie de faire savoir qu'il savait qu'il savait.

  
DossiersSahara néolithique
 

Le Néolithique peut être considéré comme l'apothéose dans l'évolutions des sociétés préhistoriques après ces 2 à 3 millions d'années où le genre Homo a dû acquérir le bipédie et la technologie de la pierre, la parole et le feuEn chemin, il a découvert la conscience et l'angoisse de la mort, créé ses premiers mythes et ses premières religions. Le Néolithique assiste à l'accélération de tous ces processus conduisant au progrès. Partie d'une société de prédation, l'Humanité évolue vers la sécurité de la production pour aboutir aujourd'hui à l'impasse de la surconsommation. (Malika HACHID)

La période du Néolithique en Afrique est connue surtout par la source documentaire incomparable qu'est l'art rupestreLe Sahara est le plus vaste musée en plein air du monde. Cet art rupestre ne correspond pas à une brève période d'activité. Il s'étale sur une longue durée pendant laquelle il n'a cessé d'évoluer.
Dans une chronologie devenue classique on considère des périodes archaïques, bubaline et tête ronde, contemporaines de chasseurs traquant la grande faune sauvage notamment le grand buffle (datation située dans le grand humide antérieure à 7500 BP), suivies d'une période pastorale où règnent les bovidés (entre 7000 et 4500 BP) puis surviennent deux périodes appartenant à la proto-histoire: la période caballine qui voit l'introduction du cheval et les fameux Garamantes (entre 3500 et 2000 BP) et enfin la période caméline lorsque le dromadaire fait son apparition. Ces animaux donnent des repères écoclimatiques et socioculturels.

Depuis les années 1980 des chercheurs, tels A. Muzzolini ou J.L. Le Quellec proposent une chronologie plus courte dans laquelle les périodes bubaline et pastorale ne sont en fait que des visions d'un vaste ensemble regroupant des styles différents. Ils s'appuient sur un argument de poids : la présence de boeufs domestiques dans tous ces styles, avec pour conséquence un rajeunissement de l'art rupestre dont le début est estimé après l'aride mi-Holocène (7500 - 7000 BP).
Cette chronologie a le mérite de s'élever contre le préjugé d'un évolutionnisme culturel linéaire qui voit se succéder le stade des chasseurs, celui des éleveurs et enfin des agriculteurs et où le chasseur est toujours considéré comme un primitif et un sauvage associé à une mentalité archaïque. Au contraire pour l'ethnologue Marshall Sahlins, le paléolithique était l'âge d'abondance, nos ancêtres chasseurs ne consacraient que quelques heures à la chasse, ils acquéraient facilement de la nourriture puisqu'ils n'étaient pas nombreux. C'est le mythe du paradis terrestre qui est resté dans toute les religions.

Les choses ne sont pas aussi simples et les séparations entre les périodes pas aussi évidentes. Les chasseurs-cueilleurs ont cohabité avec les pasteurs pendant très longtemps. Dans l'Afrique subsaharienne l'idée de succession doit être remplacée par celle de coexistence.

Il y a 50 ans à peine, les Bushmen du Kalahari et les Pygmées de la grande forêt équatoriale vivaient exclusivement de chasse et de cueillette à peu prés de la même façon que nos très lointains ancêtres du Paléolithique. Dans le même temps et à une distance de quelques kilomètres des villages d'agriculteurs éleveurs vivaient en autosubsistance comme ceux du Néolithique. Ces communautés paléolithiques et néolithiques n'ont pas disparu avec l'urbanisation massive et désordonnée du dernier quart de siècle. Conservatisme et adaptation à des normes nouvelles, ces deux formes d'esprits antagonistes chez les Occidentaux sont étroitement liées en Afrique noire non seulement dans le cadre d'un groupe social donné, mais encore - et surtout - dans la tête des urbanisés ayant accédé à un mode de vie moderne. (Marianne Cornevin).
De nos jours dans les grandes capitales africaines des hauts fonctionnaires sont capables de mener à bien des réformes imposées par les politiques d'ajustement structurel (informatisation des procédures de gestion par exemple) tout en conservant un rôle actif dans la vie traditionnelle de leur ethnie. De même les pasteurs nomades et les caravanes croisés durant ces voyages mènent une existence comparable à celle des artistes auteurs de tous ces témoignages.L'absence pour le moment de datation directe des peintures et des gravures (les dates données ne proviennent que des objets trouvés lors de fouilles effectuées sur les sites dont rien ne prouve qu'ils sont de l'époque des artistes) ne permet pas de départager les deux chronologies. Les différentes périodes seront présentées en respectant la terminologie classique.
Site de Telimorou, région de Fada (Ennedi) Différents sites visités en Libye (secteur des Aramat), Algérie (plateau du Medak et région de Dider au Tassili N'Ajjer, Tadrar), et au Tchad (massif de l'Ennedi) vont illustrer les principales périodes. Les sites de peintures (à l'exception des sites "têtes rondes") se situent généralement dans des vallées où les rivières ne coulent plus aujourd'hui que très rarement et seulement sur quelques kilomètres au gré des orages. Les principaux sites de gravures se trouvent par contre dans le lit des oueds.
Grotte, région d'Aroué (Ennedi)Les grottes et les abris où l'on peut contempler des peintures se trouvent le plus souvent au pied des escarpements, à diverses hauteurs et précédés d'une terrasse dominant une grande plaine.

Il n'est pas nécessaire que la falaise soit haute ou que le bloc de grès présente d'imposantes surfaces planes pour trouver de l'art rupestre. Il semble que le biotope ait plus d'importance que la qualité des parois.

Scène de chasse à l'antilope. Cet art est intimement lié à l'environnement des sites et tout randonneur remarquera qu'il y fait souvent "bon vivre"et camper.Certaines de ces grottes sont encore utilisées par les nomades comme consignes à bagages.

Les boeufs polychromes de Jabbaren (Ajjer)

La couleur naturelle du grès est jaune . Hors abris il est fortement patiné en rouge, couleur dominante du paysage avec le blanc jaune du sable. La palette des couleurs n'est pas très riche. Elle est limitée par les ressources locales. Le rouge domine et provient de nodules d'ocre naturel (schistes de couleurs diverses) qui par endroits affleurent en grandes quantités. Les couleurs les plus souvent employées sont les différentes nuances de rouge, de violacé, de jaune. Ce sont les couleurs des schistes les plus communs. Le gris, le bleu, le vert olive, qui apparaissent notamment dans les peintures de masque, proviennent également de schiste dont l'existence est plus rare. Quant au blanc les peintres devaient aller le chercher en quantité importante dans les gisements de kaolin peu nombreux qui pouvaient être très éloignés des sites. Un filon de terre blanche (kaolin) affleure au sommet de l'abka Tafelet (plateau du Medak).

La cueillette est un important appoint, notamment celle des graminées sauvages. On retrouve du matériel de broyage en quantité, meules et molettes sur le sol des terrasses.

L'abondance de ce matériel prouve que la croissance naturelle normale des graminées sauvage à forte valeur alimentaire suffisait à la consommation sans qu'il soit nécessaire de recourir aux procédés contraignants de l'agriculture.

Il y a 8000 ans on cueillait à l'automne les épis du petit mil qui avaient poussés tout seuls.

Les hommes du néolithique n'étaient pas des primitifs comme beaucoup imaginent les hommes préhistoriques. Ils avaient la foi et la croyance qui transcendent la vie quotidienne. Les défunts n'étaient pas abandonnés mais soigneusement déposés en terre. Des fouilles sur le site de Tin Hanakaten, au sud est de Djanet, ont révélé des squelettes placés dans un caisson de pierre recouvert d'un amas de blocs datés de 8000 BP. Mais ce qui attire le plus l'attention, ce sont les centaines de sépultures que l'on peut voir dans tous les recoins du Tassili N'Ajjer que les Touaregs désignent sous le nom de idebnan.
La sépulture la plus simple est le tumulus. c'est le type le plus répandu au Sahara et celui qui se conserve le mieux. Il s'agit d'un simple amoncellement de pierres homogènes ayant l'allure d'une élévation au sommet conique ou en sphère.
La sépulture "à couloir et enclos" est le type de tombe le plus grand, le plus complexe et le plus caractéristique du Tassili N'Ajjer.

Il se compose d'une allée-couloir et de deux cercles, le plus petit entourant le tumulus, le deuxième tout l'édifice. Les dimensions de ces sépultures peuvent atteindre 150 m. Ces monuments sont presque tous orientés vers l'est, l'orientation étant donnée par l'allée couloir. Souvent ces tumuli à couloir et enclos sont construits sur un relief pour être vu de loin tel celui de Tikoubaouine ci contre.

Un autre type de tombe se présente sous la forme de pierres dressées en cercle entourant une sorte de tumulus central. Le tumulus est la plus ancienne tombe qui soit. Celui de Tin Hanakaten est datée de 7900 BP. Des datations effectuées lors de fouilles de tumuli identiques dans l'Air au Niger ont donné des dates de l'ordre de 6000 BP, soit en pleine période pastorale.