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La période Bubaline

Dossier - Sahara néolithique
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L'Australopithèque savait beaucoup de choses, l'Homme a su qu'il savait, et cet homme moderne, en pleine phase de conquête, a eu, en plus de ses prédécesseurs, envie de faire savoir qu'il savait qu'il savait.

  
DossiersSahara néolithique
 

Le désert n'est pas décevant, lui, même ici, à ce seuil où il ne fait que commencer d'apparaître. Son immensité prime tout, agrandit tout, et, en sa présence, la mesquinerie des êtres s'oublie. "Pierre Loti"

Détails de la tête du grand boeuf au corps décoré de spirales.

Gazelle couchée. Tin Teghert. Les gravures du site de Tin Teghert, dans la grande dépression de Dider, appartiennent en grande majorité à la période bubaline et sont apparentés à celles du célèbre l'oued Djerat. Les grandes dalles sont couvertes de magnifiques gravures d' animaux (boeufs, girafes, gazelles, rhinocéros, autruches) d'un naturalisme parfait. La technique est soignée avec un trait poli et net.
L'originalité de Tin Teghert réside dans la présence de gravures de boeufs aux dimensions démesurées. L'un d'eux atteint 5,5 m de long et a le corps entièrement décoré de dessins spiralés, ce qui en fait une oeuvre unique. Le signe symbolique de la spirale est l'un des plus répandus dans toutes les cultures. Les dictionnaires des symboles accordent à la spirale une valeur de fécondité aquatique et lunaire. Une explication possible serait de voir dans certaines spirales un signe marquant des lassos utilisés pour la capture d'animaux domestiques ou sauvages.
Trois girafes cous tendus, broutant les feuilles d'un arbre. La hauteur est 0,80 m. Le style de la période bubaline est facilement identifiable. La principale caractéristique est la grande dimension des gravures qui atteignent facilement 1 ou 2 mètres, le record est une girafe 8 m de haut dans l'oued Djerat.

Les animaux sauvages constituent le thème favori des graveurs: girafes, buffles, rhinocéros, éléphants, autruches, gazelles.

Le site de Tin Teghert surprend par les représentations de hiboux et de chouettes. On dénombre une quarantaine d'exemplaires de ces oiseaux nocturnes alors qu'il sont quasiment inconnus ailleurs à part dans l'oued Djerat. Ces gravures d'oiseaux présentent un trait piqueté qui recouvre par endroit le trait poli de gravures plus anciennes ce qui laisse penser qu'elles appartiennent à un étage plus récent et correspondent à une évolution de la période bubaline.
Autruches à deux têtes. Les animaux doubles sont fréquents dans l'art rupestre. La plus part concernent des bovidés mais les autruches ne sont pas rares.

Les bovidés monstrueux à deux têtes peuvent être rapprocher de certains mythes, notamment du mythe peul de Kumen.

 Têtes de girafe Chaque année les Peuls revivent certains épisodes de ce mythe au cours d'une cérémonie, le Lotori, qui exige la présence d'une représentation d'un boeuf bicéphale.
Grand buffle antique. Région d'Aramat. Photo F. Soleihavoup. Archéologia. La période à laquelle sont rattachées ces gravures porte le nom de bubaline à cause de nombreuses gravures représentant un boviné sauvage d'aspect redoutable : le grand buffle antique qui a disparu de nos jours.
Ce bovidé possède des cornes spectaculaires (un crâne découvert lors de fouille présente un cornage de 3,60 m d'envergure) qui ont du certainement impressionner l'imaginaire des graveurs.

Appelé naguère Bubalus (d'ou le nom de la période) puis Pelorovis antiquus il ne pourrait être en fait qu'un ancêtre du buffle africain actuel, d'ou une nouvelle dénomination proposée par certains auteurs: Syncerus caffer antiquus.

Peut être un buffle antique comme le fait penser l'encornure. Sefar. On a longtemps considéré que le buffle antique avait disparu très tôt ce qui en faisait un fossile directeur de la période la plus ancienne.

Cependant des découvertes récentes notamment en Libye dans le secteur des Aramat de peintures de buffles antiques dans des styles caractéristiques de la période bovidienne finale (style d'Iheren-tahilahi) laissent supposer que ce grand buffle sauvage à vécu bien plus tard, certainement jusqu'à la fin du Néolithique, et qu'il a continué d'être chassé par les populations des périodes pastorales.

Les mamelles gonflées d'une vache. Tin Teghert. Les gravures de Tin Teghert (comme celles de l'oued Djerat et du Messak Libyen) sont rapportées à la période bubaline et attribuées selon les théories classiques à des populations de chasseurs vivant bien avant la domestication des bovins (avant 7500 BP). Cependant on remarque le présence d'un bon nombre de gravures de bovidés qui semblent incontestablement domestiques et dont le style ne diffère en rien de la faune sauvage.

Ceci laisse à penser que ces oeuvres sont ne sont pas la production de chasseurs, mais d'un groupe culturel maîtrisant l'élevage tout en continuant à pratiquer la chasse. Ceci a pour conséquence de sensiblement rajeunir ces gravures et de les ramener aux alentours de 6500 BP.

Personnages de Tin Teghert. On peut supposer que deux des personnages sont munis de masques que le graveur aurait rendus par un polissage accentué de la roche. Un de ces personnages possède une queue postiche.
Les gravures de style bubalin de Tin Teghert et de l'oued Djerat au Tassili sont à rapprocher de celles du Messak Libyen et de l'atlas saharien, ce qui peut s'expliquer par l'appartenance des graveurs à une même grande famille.

L'examen des gravures ainsi que des études linguistiques permettent de penser que ces graveurs appartenaient à des populations d'origine Afrasienne et parlaient une proto-langue dont vont plus tard dériver de nombreuses langues dont le berbère.

Les linguistes ont pu reconstituer dans cette proto-langue, dont le foyer est situé entre le Nil nubien et les plateaux éthiopiens, des termes relatifs à la domestication. Ces populations vont entamer une migration vers l'ouest en direction du Maghreb et du Sahara central en traversant le désert occidental d'Egypte et en se servant de leurs troupeaux comme "garde manger ambulant".

Selon J.L. Le Quellec " les gravures anciennes du Sahara septentrional et central furent vraisemblablement réalisées par des populations afrasiennes, famille linguistique dont la fragmentation est également à l'origine de l'Egyptien antique ce qui expliquerait " l'air de famille " signalé entre les deux régions.