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Les graveurs de la Tadrart

Dossier - Sahara néolithique
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L'Australopithèque savait beaucoup de choses, l'Homme a su qu'il savait, et cet homme moderne, en pleine phase de conquête, a eu, en plus de ses prédécesseurs, envie de faire savoir qu'il savait qu'il savait.

  
DossiersSahara néolithique
 

Il faut aimer le désert, mais ne jamais s'y fier entièrement, car le désert est une pierre de touche pour tous les hommes : il éprouve chacun de leur pas, et tue qui se laisse distraire. Le désert est plus grand maitre que les maitres Paolo Coelho

Trois girafes qui commencent à s'ensabler (Tin abedine) La Tadrart, certainement la plus belle région du Tassili mais aujourd'hui la plus aride, fut particulièrement fréquenté à toutes les époques du Néolithique. Ses nombreux oueds étaient appréciés des pasteurs qui ont laissés traces de leur passage. L'art rupestre se localise essentiellement au niveau de l'ouverture de l'oued In Djaren et à l'entrée de ses principaux affluents qui étaient au Néolithique les principaux axes de circulation mais aussi les principaux lieux de pâturage des troupeaux. Si on trouve en Tadrat de nombreuses et très belles peintures, cette région est surtout célèbres pour les gravures, certainement les plus belles de la période pastorale.
Le style de cette gravure où un chasseur avec un bâton de jet se fait rattraper par un éléphant est celui des bovidiens blancs ( In Djaren) On retrouve sur ces gravures des boeufs domestiques mais aussi toute la faune sauvage avec une prédominance pour les éléphants et les girafes dont les représentation sont nombreuses dans l'oued In Djaren. Les gravures ne sont pas uniformes et n'ont pas toutes été réalisées par le même groupe, mais on peut rattacher la plus grande partie à la période bovidienne europoïde. La technique et les dimensions sont proche de la période bubaline, mais le style est bien celui d'artiste appartenant à des populations engagées depuis longtemps dans le pastoralisme.
Fresque montrant 8 éléphants gravés (In Djaren) L'éléphant occupe une place à part dans ces gravures. Il est intéressant de constater que dans les traditions orales actuelles un géant mythique est mis en relation avec l'éléphant. Il s'agit d'Amerolqis à qui est attribué l'invention des principaux traits de la société touarègue (chants, tifinagh et langue tamahaq). Dans les récits son gigantisme va de pair avec un comportement très libertin qui lui permet des performances sexuelles hors du commun mais incompatibles avec les possibilités de ses partenaires. Pour s'assurer une progéniture il est contraint de s'accoupler à la plus grosse créature existante, une jeune femelle éléphante, seule capable de survivre à ses assauts.
 Éléphant en train de déféquer ( détail de la fresque) Il est remarquable que la légende d'Amerolqis soit contée de jours par les Touaregs qui n'ont pas vu d'éléphants depuis des générations à part ceux des gravures. De partout en Afrique chez les populations encore en contact avec ces animaux il existe une relation d'exclusion femme-éléphant liée à la fécondité. En général les femmes doivent éviter de voir cet animal. Les mythes des Touaregs précisent que leurs ancêtres étaient des géant, auteurs des gravures rupestres, qui vivaient "au temps où le pierre était molle" , les rochers n'ayant durci qu'à l'époque où le héros fondateur succéda à ces géants. Amerolqis est un des noms donnés à ce héros, encore appelé selon les lieux Aniguran ou Amamellen. Jabbaren, un des sites principaux du Tassili N'Ajjer, porte d'ailleurs le nom d'un de ces géants (ijobbaren) car on y trouve des personnages gigantesques.

L'hypothèse la plus probable est que les paléoberbères et les protoberbères, ancêtres des Touaregs actuels, ont vécu dans un milieu culturel où des mythes de ce type avaient encore cours. (source J. L. Le Quellec).

Poissons - In Djaren

On trouve même des poissons sur les parois de la Tadrat. Les graveurs connaissaient parfaitement la faune aquatique, un des poissons est vu de profil, l'autre avec une vision aérienne, ce qui est rare.

Les animaux domestiques sont très présents.

Boeuf avec des cornes en lyre. Le dessin de la robe est rendu par des lignes spiralées (Tin Abedine) et sur l'image de droite, les colliers et pendeloques caractéristiques de la domestication sont très visibles (Tan Ekli)

Ithyphalle (du grec ithus -droit et phallos -pénis), de nombreuses gravures de toutes les période représentent dont le pénis révèle une érection ostentatoire. Au Néolithique les rythmes de la nature étaient associées à la nécessaire fécondité des hommes comme des bêtes, gage de la survie. Ces images sexuelles ne sont pas autres choses que les témoignages d'une invocation aux forces occultes.

Trois hommes aux profils europoïde avec des cranes rasés et barbus, deux sont des ithyphalles armés dont un avec une lance touchant presque son sexe. In Djaren.

Chez de nombreuses populations africaines actuelles, des phallus artificiels sont encore portés par des hommes lors de cérémonies.