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Les pasteurs noirs

Dossier - Sahara néolithique
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L'Australopithèque savait beaucoup de choses, l'Homme a su qu'il savait, et cet homme moderne, en pleine phase de conquête, a eu, en plus de ses prédécesseurs, envie de faire savoir qu'il savait qu'il savait.

  
DossiersSahara néolithique
 

 Depuis toujours, les véridiques, les esprits libres, ont habité le désert. Nietzsche : Ainsi parlait Zarathoustra

La grande période pastorale du Sahara a connu plusieurs vagues de peuplement et de migrations. A chacune d'elles correspond en règle générale un type anthropologique et peut être déjà une ethnie socioculturelle qui s'est exprimée dans sons style propre. Dans le domaine des peintures le peuplement se manifeste d'abord par des groupes humains mélanodermes, peu à peu rejoints par des blancs et des groupes mixtes ou métissés. Mais tous ces groupes sont des pasteurs et présentent une grande unité culturelle autour de l'élevage des bovins comme en témoignent toutes ces peintures.

On peut donc voir dans la civilisation bovidienne saharienne l'origine de l'Afrique actuelle où Touareg, Bambara, Sarakollés, Peul, Dogon Éthiopien et autres, pour être différents, n'en sont pas moins tous africains nés de la même matrice préhistorique. (Malika HACHID).

Au départ de la période deux types d'hommes mélanoderme cohabitent. Le premier est résolument négroïde. L'une des représentation les plus caractéristiques est le "grand archer" de Tin Aboteka ci-contre. Le second est aussi mélanoderme, mais cette négritude est atténuée, la musculature plus allongée, souvent même élancée. Cette différenciation établie par l'art rupestre a été confirmée par l'étude des squelettes issus des fouilles notamment à Tin hanakaten. Ces personnages aux traits fins ont soulevé beaucoup d'interrogations, ils apparaissent maintenant comme des ancêtres possibles des Peuls comme le pensait déjà Henri LHOTE.

Ce sont des représentations de bovins qui attirèrent l'attention d'Amadou Hampâté Bâ lors de sa visite de l'exposition des fresques du Tassili n'Ajjer. Petit fils d'un silatigui ou grand maître en initiation pastorale, Hampâté Bâ avait assisté dans son enfance à plusieurs cérémonies rituelles. Par la suite il avait fréquenté l'école coranique puis française et enfin avait été lui même initié par un des derniers grands silatigui. Il s'est attaché toute sa vie à recueillir les légendes et les mythes des peuples africains animistes jusqu'à devenir un des derniers dépositaire d'une civilisation orale.. En fonction de ses connaissances, il décrypta immédiatement plusieurs peintures bovidiennes à première vue incompréhensible pour un observateur européen.

Chez ces peuples bovidiens le troupeau était source de tous les mythes : le boeuf n'est pas seulement un animal, il est considéré comme un parent. Aujourd'hui encore les Peuls donnent un nom à chaque bête et répugnent à se nourrir de sa chair, ne consommant que son lait. Le pastorat nécessite tout un apprentissage, il est entouré de beaucoup de rites. L'attachement au monde animal est très fort. Le silatigui comprend le langage des animaux qui sont à leur tour en relation avec les éléments de l'universLes Peuls ne constituent pas la seule ethnie africaine présentant des similitudes avec les pasteurs bovidiens du Sahara, certains mythes autour du boeuf se retrouvent chez de nombres peuples pasteurs de l'Afrique de l'est. Il existe très certainement un fond mythique paléoafricain.

Le pastoralisme étant le mode de vie de ces tributs peules, il était normale que leurs mythes se développent autour de leurs bêtes domestiques. Parmi les objets revêtant un caractère presque sacré identifiés par Hampâté Bâ on trouve le récipient à lait. Le monde chez les Peuls provient d'une goutte de lait, chaque groupe de pasteurs avait une grand calebasse contenant le lait trait placé sous l'autorité d'une "gardienne du lait".

Pour des raisons certainement climatiques les ancêtres des Peuls durent peu à peu quitter un Sahara engagé dans l'aridité pour se replier vers le Sahel plus humide, mais ils gardèrent leurs mythes intacts pendant près de 7000 ans jusqu'à l'arrivée de l'Islam.

Site de Jabbaren

Il est intéressant de noter que l'Afrique noire a conservé des "poches de survivance" d'un passé néolithique révolu ailleurs depuis longtemps. La comparaison des données préhistoriques avec les mythes et les manifestations religieuses des ethnies ayant conservé un mode de vie traditionnel permet des interprétations de figurations rupestres.

Le groupe noir du type dit de Tachekelaouat se caractérisent par une petite taille, des membres grêles et une chevelure crépue portée en auréole autour de la tête comme les pygmées. Il pourrait avoir constitué une troisième variété de peuplement mélanoderme.

Un thème récurrent de ces peintures est celui des archers. Ceux ci sont souvent figurés en pleine course, l'arc tenu à la main ou bandé vers l'avant, le carquois accroché à la taille. Dans le groupe chaque archer est présenté dans une position différente : l'un court, l'autre bondit, un troisième semble voler.
 Archer en compagnie du lévrier local, le sloughi.Les communautés se disputaient parfois des territoires de chasses ou de pâturages. L'arc devait être utilisé aussi bien pour la chasse que pour les combats. Au Sahara central des pointes de flèches apparaissent dans des gisements datés de 7000 BP à 6000 BP (8000 BP pour les plus vieilles). L'arc n'est donc probable qu'aux VII - VI millénaire BP.
Avec le début de l'age des métaux dans le Nord Ouest de l'Afrique, vers le IIe millénaire avant J.-C., des personnages armés de lances apparaissent dans l'art rupestre. Ces figures de guerriers attestent d'un pastoralisme plus belliqueux. Cette fresque de la grotte de d'aroué dans l'Ennedi est caractéristique du bovidien final dans ce massif. Les lanciers semblent porter des masques ainsi que des étuis péniens.
Les personnages en file : un thème classique de l'Ennedi
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