Alors que le gouvernement japonais a confirmé sa volonté de rejeter dans l’océan Pacifique, les eaux contaminées issues de la centrale nucléaire de Fukushima, des chercheurs de l’université Tsinghua (Chine) simulent le parcours du tritium dans les eaux. © XtravaganT, Adobe Stock
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Fukushima : le Japon va rejeter les eaux contaminées dans l'océan

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[EN VIDÉO] Le tritium des eaux de Fukushima se disperse dans l’océan Pacifique  Le gouvernement japonais a confirmé son intention de rejeter dans l’océan Pacifique, à compter de 2023, plus d’un million de mètres cubes d’eaux contaminées issues de la centrale nucléaire de Fukushima. Ces eaux ont notamment servi à refroidir les réacteurs entrés en fusion en mars 2011. Les responsables assurent qu’elles seront, d’ici là, débarrassées d’une grande partie des polluants qu’elles contiennent. Sauf du tritium, un isotope radioactif de l’hydrogène. Alors des chercheurs de l’université Tsinghua (Chine) se sont intéressés à son devenir. © Science China Press 

L'autorité nucléaire japonaise vient d'approuver le plan de rejet des eaux contaminées de l'accident Fukushima dans l'océan Pacifique. L'eau, bien que retraitée, contiendra encore du tritium, un élément qui a peu d'impacts sur les humains tant qu'il est en faible concentration.

Le gouvernement l'avait annoncé en 2021, mais cette fois le plan de rejet des eaux contaminées de Fukushima vient d'être approuvé par l'autorité de sûreté nucléaire japonaise. Ces eaux correspondent à toute l'eau qui a été nécessaire pour refroidir trois des réacteurs dont le cœur était entré en fusion lors de l'accident qui eut lieu à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi le 11 mars 2011 : nappes souterraines, injections d'eau douce ou d'eau de mer ou même eau de pluie. Au total, cela représente 1,3 million de tonnes, pour l'instant stockées dans de gigantesques réservoirs tout autour de la centrale.

Tepco, le producteur japonais d'électricité, prévoit de filtrer l'eau contaminée pour éliminer les isotopes nocifs à l'exception du tritium, qui est plus difficile à éliminer. Cet isotope de l'eau sera malgré tout dilué avant d'être relâché petit à petit dans l'océan Pacifique. Une grande partie de l'eau a déjà été en majorité décontaminée, notamment grâce au retrait du césium radioactif.

Le site de la centrale de Fukushima. © Christian Aslund/EyeEm, Adobe Stock

L'eau traitée répond aux normes nationales, sauf pour le tritium

Supervisé par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le rejet sera étalé sur quatre décennies, permettant de limiter la concentration en tritium dans les eaux proches de la centrale. Selon l'AIEA, ce projet sera « en pleine conformité avec les normes internationales » et ne va causer « aucun dommage à l'environnement ». Il débutera dès 2023 après la construction d'un conduit sous-marin d'un kilomètre de long qui amènera l'eau contaminée directement loin des côtes. Une opération qui devient urgente, alors que près de 140 mètres cubes d'eau contaminée sont produits chaque jour sur le site.

Malgré tout, la décision d'évacuer ces eaux par la mer reste critique, non seulement par les voisins directs du Japon, la Chine et la Corée du Sud, mais aussi par les pêcheurs locaux qui craignent une chute de leurs ventes. La décision de passer par cette voie avait été privilégiée, plutôt que par l'évaporation dans l'air, car elle est déjà pratiquée lors des conditions normales de fonctionnement des centrales, à moindre échelle. 

Pour en savoir plus

Comment les eaux issues de Fukushima se répandront dans l’océan Pacifique

Article de Nathalie Mayer publié le 02/12/2021

Le gouvernement japonais l'a confirmé. D'ici deux ans, il commencera à rejeter plus d'un million de mètres cubes d'eau contaminée issue de la centrale nucléaire de Fukushima. L'opération devrait s'étaler sur plusieurs dizaines d'années. Des chercheurs montrent comment les polluants contenus dans cette eau vont se disperser dans l'océan Pacifique.

En mars 2011, trois réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima entraient en fusion. Pour les refroidir, une seule solution, les inonder d'eau. De pas moins de 200 mètres cubes d'eau par jour ! Une eau contaminée qui a depuis été stockée dans des citernes. Et que les Japonais s'apprêtent à rejeter dans l'océan Pacifique. Pour avoir une idée de l'impact que l'opération pourrait avoir sur la vie marine, mais aussi sur la santé humaine, des chercheurs de l’université Tsinghua (Chine) ont simulé le processus de diffusion des éléments radioactifs dans les eaux.

L'étude montre qu'après 120 jours, les polluants contenus dans ces eaux issues de la centrale nucléaire de Fukushima (du tritium, notamment, affirment les responsables) se seront déjà dispersés sur 30° de latitude et 40° de longitude. Au bout de 1.200 jours, ils atteindront la côte des États-Unis et celle de l'Australie. Couvrant tout le Pacifique Nord. Puis ils pénètreront le Pacifique Sud. Et l'océan Indien au bout de 2.400 jours. L'ensemble de l'océan Pacifique pouvant être touché dans un intervalle de 3.600 jours.

L’eau qui sera rejetée dans l’océan Pacifique par le biais d’un tunnel sous-marin aura été au préalable plusieurs fois traitée. Elle restera cependant chargée en tritium, un isotope radioactif de l’hydrogène que les technologies actuelles ne permettent pas d’éliminer. © Casimiro, Adobe Stock

Plus de tritium aux États-Unis qu’en Asie

Les chercheurs notent aussi qu'en un point donné, les concentrations en polluant ont tendance à augmenter rapidement, puis à se stabiliser pendant un long moment. À un niveau ne dépendant pas nécessairement de la distance qui sépare ce point de Fukushima. Ainsi, la pollution du côté de Shanghai (Chine) devrait, par exemple, se stabiliser à un niveau plus élevé que celle de San Diego (États-Unis).

Le phénomène s'explique par la configuration des courants océaniques à proximité du Japon. La ville de Fukushima, en effet, est située au confluent du courant de Kuroshio, vers le nord, et du courant d'Oyashio, vers le sud. De fait, la plupart des polluants ne migrent ni vers le nord ni vers le sud, le long des côtes, mais ils se propagent plutôt vers l'est. Ainsi, passé un certain temps après le rejet des eaux traitées, la concentration d'éléments radioactifs près de l'Amérique du Nord pourrait devenir préoccupante.

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