Même si elle estime qu’il n’y a aucun danger pour la santé, l’Autorité de sureté nucléaire va enquêter suite à la publication de chiffres indiquant une concentration anormalement élevée de tritium dans les eaux de la Loire en janvier 2019, en aval de cinq centrales nucléaires. © Guillaume Besnard, Fotolia

Planète

Contamination radioactive de la Loire : faut-il s’alarmer ?

ActualitéClassé sous :Pollution , radioactivité , tritium

Il y a quelques jours, une association révélait avoir mesuré, en janvier dernier, une « contamination radioactive anormalement élevée » dans les eaux de la Loire. Du tritium générant une activité de l'ordre de 310 becquerels par litre. Le chiffre est bien au-dessus du niveau d'alerte. Mais que cela signifie-t-il en réalité ?

Ce mardi 18 juin 2019, le Collectif Loire Vienne Zéro Nucléaire publiait son premier bilan du suivi de la radioactivité dans les cours d'eau et les eaux de consommation. Un bilan faisant état d'une présence « quasi systématique » de tritium dans les échantillons d'eau prélevés depuis décembre 2017. Mais surtout, une concentration en tritium dans l’eau de la Loire équivalente à 310 becquerels par litre (Bq/L) mesurée par l'Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest (Acro) en janvier 2019.

« La présence quasi systématique de tritium dans les eaux en aval des centrales nucléaires nous inquiète. Les consommateurs devraient avoir droit à une eau non contaminée », déclarent les responsables du Collectif dans un communiqué. Ils demandent également l'ouverture d'une enquête afin de déterminer l'origine de ce tritium.

Une demande que le Collectif base sur le niveau d'alerte fixé par l'Union européenne. Pour le tritium, celle-ci fixe en effet une référence de qualité de 100 Bq/L. De quoi légitimer les inquiétudes du collectif ? Les choses ne sont peut-être pas aussi simples. Car il est bon de rappeler que ce niveau d'alerte ne correspond en aucun cas à une limite sanitaire. Il s'agit simplement d'un niveau à partir duquel il est bon de commencer à se poser des questions. Le niveau habituel ne dépassant pas les quelques becquerels par litre, voire quelques dizaines de becquerels par litre en aval des centrales nucléaires qui produisent du tritium au cœur de leurs réacteurs.

Pour être exposé à des radiations équivalentes à une radio du thorax, il faudrait boire plusieurs dizaines de litres d’une eau du robinet à quelque 300 Bq/L de tritium par jour pendant un an. © rcfotostock, Fotolia

Pas de danger pour la santé

Rappelons d'abord que le tritium est un isotope radioactif de l'hydrogène. Il n'émet pas de rayons gamma, mais un rayonnement bêta - soit un électron - de très faible énergie : moins de 6 keV en moyenne. Son parcours dans la matière se limite donc à quelques microns seulement.

La demi-vie est d'environ 12 ans. Et il a tendance à se combiner à l'oxygène pour former de l'eau tritiée (3H2O). De quoi faciliter sa pénétration dans les organismes. Mais aussi... son élimination. Sa période biologique n'est que d'environ 10 jours et il est finalement assez rare qu'un noyau de tritium se désintègre durant son parcours dans un organisme. Ainsi la radiotoxicité du tritium reste très faible. D'ailleurs, l'Organisation mondiale de la santé fixe le seuil de potabilité de l'eau à quasiment 10.000 Bq/L !

Pourquoi alors un niveau d'alerte à 100 Bq/L ? Parce que certains estiment que la toxicité du tritium est sous-évaluée et qu'il manque des données relatives aux éventuels effets cancérogènes du tritium. Mais surtout, parce que le tritium s'avère particulièrement mobile dans l'environnement. Résultat, les concentrations en tritium sont susceptibles de trahir des rejets accidentels d'une installation nucléaire. Et c'est pourquoi le Code de la santé publique ordonne qu'une enquête soit menée au-delà de ce niveau. Afin de déterminer s'il ne cache pas quelque chose de plus inquiétant.

  • Une concentration en tritium de 310 becquerels par litre (Bq/L) a été mesurée dans l’eau de la Loire en janvier 2019.
  • Le niveau d’alerte fixé par l’Union européenne est de 100 Bq/L.
  • Une enquête va être menée afin de préciser l’origine de ce tritium.
Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi

Kezako : quels sont les effets de la radioactivité sur la matière ?  La radioactivité est un phénomène physique naturellement présent dans l'Univers. Elle est due à des noyaux atomiques instables qui se désintègrent et dégagent des rayonnements divers plus ou moins pathogènes. Unisciel et l’université de Lille 1 nous éclairent, avec le programme Kezako, sur les risques et les effets de ces rayonnements.