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Amérique latine : la chimie au secours des eaux

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La pollution par le mercure empoisonne de nombreux fleuves d'Amérique latine. Le projet Mercury s'attaque à ce problème spécifique avec, pour armes, des molécules aux propriétés littéralement "saisissantes". Il rassemble des chercheurs argentins, brésiliens, péruviens, britanniques, suédois et espagnols.

Sur la rivière Chili, au Pérou, des tests sont réalisés pour mesurer la teneur en mercure grâce à des détecteurs portables très particuliers. Ceux-ci sont munis d'électrodes "dopées" aux calixarènes, donc "sensibles" à ce métal.

Sur la rivière Chili, au Pérou, des tests sont réalisés pour mesurer la teneur en mercure grâce à des détecteurs portables très particuliers. Ceux-ci sont munis d'électrodes "dopées" aux calixarènes, donc "sensibles" à ce métal.

"L'Amérique latine pourrait bien vivre une catastrophe semblable à celle de Minamata tant certaines régions et rivières sont polluées par le mercure", estime Angela Danil de Namor, chimiste à l'université du Surrey (UK), coordinatrice du projet Mercury. Les célèbres garimperos, chercheurs d'or du bassin amazonien, ne sont pas seuls en cause. Incendies des forêts et surtout rejets urbains et industriels non traités participent grandement à la pollution des cours d'eau sud-américains par le mercure. Ce métal lourd, puissamment toxique, s'accumule dans la chair des poissons et finit par contaminer leurs prédateurs, homme compris, entraînant des troubles neurologiques et des retards de développement. La pollution a atteint des niveaux alarmants dans le bassin de l'Amazone, au Brésil, mais aussi dans certaines rivières du Pérou et de l'Argentine.

Soutenu par l'Union, Mercury s'attaque au problème grâce à la chimie supra-moléculaire et au phénomène dit de chélation : certains composés sont capables de se fixer sélectivement à d'autres, voire de les "encapsuler". C'est le cas des calixarènes, une famille de molécules cycliques découverte accidentellement - ce sont des sous-produits de la fabrication des bakélites - et qui fait l'objet d'une recherche intense dans le monde entier. Le groupe de Danil de Namor a synthétisé des calixarènes particuliers se liant aux formes solubles de métaux comme le mercure, le cadmium, le plomb ou le cuivre. Intégrés à des matrices solides recyclables, ils pourraient donc être utilisés dans des dispositifs de dépollution.

Or, comme l'explique Angela Danil de Namor, "les méthodes actuelles de dépollution sont inefficaces par manque de sélectivité, et les techniques d'analyse de la teneur en mercure sont trop coûteuses pour ces pays et peu pratiques."

Piège à mercure

De 1997 à 2000, un premier projet européen Inco(2) a été consacré au développement des molécules et de leur support. Lancé en 2002, pour une durée de trois ans, Mercury représente l'étape suivante : la mise au point d'outils et leur confrontation avec la réalité du terrain. Sites choisis : la rivière Chili au Pérou, les effluents de l'industrie pétrochimique de Bahia Blanca (Argentine) et le Rio Negro (Argentine).

Des détecteurs portables, utilisant des électrodes dopées aux calixarènes, donc "sensibles" au mercure, ont été mis au point. Mais la dépollution elle-même représente un changement d'échelle. Un nouveau matériau, de la silice dopée aux calixarènes, développée et testée avec succès au Royaume-Uni, pourrait permettre de constituer des membranes extractrices filtrant les effluents industriels. Une première étude de marché a montré que les agriculteurs, les industriels et les agences de protection de l'environnement seraient intéressés par ces outils de mesure et de filtration.

En parallèle, le laboratoire de biologie végétale de l'université de Barcelone - l'Espagne est également touchée par la pollution au mercure -, teste la capacité de certaines plantes d'origine sud-américaine à fixer le mercure dans leurs tissus, ce qui pourrait permettre de les utiliser comme "dépollueurs". Une crucifère de la famille du navet et du colza donne actuellement les meilleurs résultats.

Le troisième axe du projet, qui implique une équipe de pharmacologues péruviens, est une étude préliminaire pour un but plus lointain : utiliser les calixarènes comme agents thérapeutiques afin de purifier l'organisme des personnes contaminées.

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