Les sphères en céramique de Jérusalem contenaient divers substances, dont des huiles en ce qui concerne le récipient dont est issu ce tesson. © Matheson et al, 2022
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Des grenades explosives existaient déjà au Moyen Âge !

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Que contenaient de petits récipients sphériques provenant de la Jérusalem du XIIe siècle ? Des résidus de graisse animale, de couleurs et de métaux lourds laissent penser que ces céramiques avaient de multiples usages dont certains étaient explosifs !

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Les contenants en céramique datant du IXe au XVe siècle au Moyen-Orient sont couramment trouvés au cours de fouilles archéologiques. Ceux qui ont intéressé une équipe de recherche qui publie un article dans PLoS One sont des contenants dont la base est conique, le corps sphérique et qui comportent un étroit goulot se terminant sur une petite ouverture. L'analyse de résidus de ce type de restes a déjà montré que ces céramiques, parfois ornées, pouvaient par exemple contenir des mélanges médicinaux, des denrées telles que du miel et du vin et des liquides précieux tels que de l'encre et des parfums.

De la médecine à la guerre

Plusieurs archéologues ont par le passé suggéré que les contenants aux parois les plus épaisses étaient utilisés en tant que grenades à main. Des analyses isolées de résidus ont été effectuées sur plusieurs restes de contenants mais aucun consensus n'a été véritablement établi quant à leur fonction. Les auteurs de l'étude récemment publiée ont analysé les restes de quatre contenants provenant de Jérusalem, datant des XIe et XIIe siècles et attribués à la culture mamelouke.

La deuxième céramique contenait une substance médicinale fermentée à base d'huile végétale et de graisse animale

D'après les résidus présents sur les tessons, l'une des céramiques contenait probablement des huiles et la deuxième contenait une substance médicinale fermentée à base d'huile végétale et de graisse animale. La troisième était sans doute scellée avec de la résine de conifère et contenait probablement, elle aussi, une substance médicinale colorée et parfumée composée notamment de mercure et de soufre.

Sur le quatrième tesson, les auteurs ont également détecté la présence de soufre, qui était incorporé dans des substances médicinales anciennes, mais qui était également l'un des composants de matériaux thermiques, incendiaires et explosifs.

Les restes du quatrième récipient analysé suggèrent que ce dernier contenait un mélange explosif. L'absence de décoration ainsi que la pointe conique et le corps sphérique de l'objet sont cohérents avec cette hypothèse. © Matheson et al, 2022

L'utilisation du soufre conjointement avec des graisses et des huiles servait à fabriquer des armes incendiaires dès le Ve siècle avant J.-C. et son utilisation est rapportée dans des récipients égyptiens du XIIe siècle qui sont supposés avoir été des engins explosifs. Des résidus de mercure ont également été détectés sur ce quatrième tesson et même si cet élément peut être incorporé à des mélanges médicinaux, il est aussi un résidu de fulminate de mercure qui est un explosif. Les analyses ont par ailleurs révélé la présence de nitrates et de phosphore, qui peuvent être des résidus de mélanges incendiaires et explosifs.

Le quatrième tesson est le fragment d'un engin explosif

Bien que les auteurs ne puissent pas exclure que ces résidus résultent de substances médicinales ou de parfums, ils suggèrent plutôt que le quatrième tesson est le fragment d'un engin explosif. Ils expliquent en effet que les parois épaisses de ce récipient auraient en effet fourni la résistance nécessaire au confinement d'une pression croissante avant la détonation. De plus, le récipient n'était pas décoré et sa forme et son poids sont optimaux pour la confection d'une grenade à main. Cette hypothèse est enfin cohérente avec les archives historiques qui rapportent l'utilisation de grenades par l'armée de Saladin lors du siège de Jérusalem, en 1187.

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